Valérian et la Cité des mille planètes

Valérian et la Cité des mille planètes
2017
Luc Besson

Depuis la sortie d’Avatar en 2009, Luc Besson n’avait qu’une obsession : mettre sur pied un trilogie de SF à l’ambition inédite, explosant le record du plus gros budget jamais alloué à une production française. Avec un budget frôlant la barre des 200 M€ (230 M$ de base, 177 M$ après réduction d’impôts), le film explose en effet tous les compteurs, et les intérêts étaient colossaux pour Europacorp, espérant battre leur record détenu par Lucy qui avec un coût cinq fois moindre avait terminé sa course avec 463 M$ dans le monde. Se basant sur une BD culte de Mézières et Christin apparue en 1967 et dont est directement inspiré Star Wars, l’objectif était presque modeste, mais malgré un casting international, une campagne marketing écrasante, l’un des meilleurs scores de l’année en France et des critiques loin d’être mauvaises, le film n’a même pas atteint les 250 M$ dans le monde. Si John Carter nous a bien apprit une chose, c’est que SF, gros budget et qualité ne suffisent pas à faire un succès. Alors quand en plus un classique devient un simple divertissement…

Bien que les aventures de Valérian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) ne se limitent pas à la réalité qui a vu naître le premier, venant elle du moyen-âge et ayant une technologie capable de voyager à travers le temps, leur mission se passera ici au XXVIII° siècle alors que Valérian a reçu une vision d’alerte d’un peuple inconnu et qui n’a apparemment jamais existé : les Pearls. Pourtant, au retour d’une mission, alors que les différents gouvernement de la galaxie s’étaient rassemblé sur Alpha, la cité des mille planètes, des extraterrestres d’origine inconnue identiques aux Pearls de la vision de Valérian vont kidnapper le commandant en chef des humains (Clive Owen).

Il y a plusieurs façons d’être riche scénaristiquement, et clairement le choix a été fait d’alléger au mieux la trame principale pour laisser le temps au spectateur de se familiariser avec un univers colossal. Entre les dizaines d’espèces extraterrestres possédant chacune une culture et un mode de vie spécifique, les centaines de planètes habitées et les huit siècles d’histoire à rattraper, les possibilités sont infinies. Voulant sans doute jouer la carte de la sécurité pour son premier film, Luc Besson a ainsi choisi une simple histoire de complot avec un jeu du chat et de la souris entre les deux principaux protagonistes. Beaucoup seront déçus de voir l’univers aussi peu exploité, esquissant l’extinction d’une civilisation sous un emballage de milice inter-galactique basique, d’autant qu’encore une fois humaine, mais c’est en réalité un choix judicieux puisque cela permet de s’approprier la mythologie en douceur, se laissant porter par l’ambiance. Le film est visuellement dingue, enchaînant les plans magnifiques et les design superbes là où Star Wars affiche des planètes minimalistes et un bestiaire quasi intégralement raté. On échappe pas totalement à l’aspect jeux-vidéo mais c’est globalement très réussi. Les personnages n’ont en revanche rien de mémorable entre un héros trop arrogant, un méchant vide et des guests putassiers (Alain Chabat, Ethan Hawke et Rihanna ne servent absolument à rien), mais Loreline sauve la mise entre ses yeux étourdissants et sa voix suave. Un premier contact solide donc, très loin de son potentiel mais c’était aussi ça le but, prévoyant un développement d’envergure. Le projet de suites n’est pas encore au point mort, alors espérons que les scores au Japon soient bons, mais surtout les ventes de DVD, Blu-ray et démat pour que l’aventure continue.

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Le Royaume interdit

Le Royaume interdit
2008
Rob Minkoff

Parce que les films d’arts-martiaux ça va bien cinq minutes mais rares sont ceux ayant la profondeur d’un Ip Man, j’avais snobé ce film en son temps, loin d’avoir prit la mesure de son potentiel. En mars dernier sortait The Warriors Gate, un film apparemment très inspiré du concept de celui-ci, et comme sa sortie en salle fut marginale et que le DVD n’est toujours pas disponible, je me suis finalement rabattu sur l’original. Finalement non, selon ce que l’on en fait, l’idée n’était pas si bonne.

Américain de 17 ans du XXI° siècle, Jason (Michael Angarano) était passionné de films d’arts-martiaux et connaissait tout de la culture asiatique, passant ses journées à Chinatown dans une boutique spécialisée. Un jour, le gérant du magasin va lui confier une tâche primordiale : ramener un bâton à son propriétaire. De qui s’agit-il ? Nulle autre que le Roi Singe (Jet Li) en personne, personnage mythique du folklore chinois. Jason sera alors téléporté dans la Chine médiévale, à l’époque sous le joug de Jade, le seigneur de la guerre et ennemi juré du Roi Singe. Pour l’aider à rapporter le bâton magique, libérer son propriétaire de son sortilège et sauver le peuple chinois, le moine T’sa-Ho (Jackie Chan) lui prêtera main forte.

Le film vendait clairement du rêve en barre : deux légendes du cinéma d’arts-martiaux réunis pour une plongée dans la fable la plus célèbre de Chine. Mieux encore, le choix narratif pour nous faire vivre cette histoire est le plus immersif possible puisqu’il positionne un héros banal et contemporain qui se retrouve lui-même propulsé dans la grande histoire. Cela donne un côté Karaté Kid au film, et ce n’est pas une mince référence. Seulement trois problèmes majeurs viennent gâcher la fête : trop de combat tue le combat, la téléportation dans l’ancien temps n’a aucun sens et l’histoire qu’on y découvre est décevante. Au lieu de simplement s’imprégner de la culture et de l’ambiance, on nous fait revivre un conte farfelu ponctué de divinités, magie et prophéties sortant de nulle part. C’est ultra stéréotypé, maladroit et confus. On frise par moment le théâtre de guignols. Certains paysages sont magnifiques et le confortable budget permet d’éviter de sombrer totalement dans de la série B caricaturale, mais on en est tout de même pas loin.

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Dragon inside me

Dragon inside me
2017
Indar Dzhendubaev

Tout est dit dans le titre : un dragon à l’intérieur de moi. Le principe du film est basique au possible, s’agissant d’un Twilight-like où le beau et séduisant vampire, qui pourrait bien se jeter sur votre cou, non pas pour l’y déposer un baiser mais pour vous ponctionner « seulement » quelques 7-8 litres de sang, se transforme ici en un dangereux dragon, encore une fois séduisant et tout et tout, et là encore très dangereux puisque pouvant vous broyer, vous éviscérer et même vous brûler vif.

Princesse d’un royaume nordique, Miroslava était promise à Igor, descendant du célèbre tueur de dragon qui avait mit fin à leur existence il y a une centaine d’années. Depuis la mort du soit-disant dernier dragon, plus personne n’avait entonné leur chant, et c’était en fait la véritable raison de leur disparition. Fier de sa lignée, Igor aura l’impudence de faire sonner le chant, rappelant Arman à sa condition de dragon, vivant jusqu’alors reclus dans leur repère secret. Capturant Miroslava lors du cérémonial de son mariage, il était censé la tuer à son retour, mais l’amour possède bien des étranges pouvoirs.

Avant de parler des problèmes inhérents à ce genre de production pour midinettes, il est important de souligner les efforts réalisés car une production russe à 28 M$ de budget affichant des effets-spéciaux solides et même des décors assez jolis, c’est plus que rare. Même en terme de réalisation le film impressionne à plusieurs occasions avec vers la fin une transition absolument dingue entre deux personnes exactement à la même échelle et à la même place dans le cadre suivant la même trajectoire dans deux décors complètement différents mais possédant tout deux des dispositions strictement identiques sur les côtés, comme si on retrouvait un alignement de montagne parfait à plusieurs milliers de kilomètres d’écart, mais là il s’agit du ciel et des falaises et d’un lac et ses berges. Une prouesse de précision sidérante. On a même le droit à une narration parallèle en ombre chinoises, et dieu sait que c’est beau. On aurait envie de s’arrêter là et de dire bravo pour la recherche visuel et artistique, mais un film c’est avant tout une histoire, et bigre qu’elle est mièvre… Une romance téléphonée, une fin devinable avant même que l’histoire ne démarre, des situations clichées au possible et des dialogues navrants malgré des acteurs presque bons. On a beau retourner la question dans tous les sens en saluant l’ambiance viking et la direction artistique sublime, c’est purement du Twilight dans tout ce qu’il a de meilleur et de pire à offrir. Y mettre un dragon ne suffit par voler plus haut.

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Parlons Ciné – Pronostiques 2017-2018

Comme il y a presque quatre ans (voir ici), je retente ma chance en avançant des pronostiques sur les chiffres au box-office des prochains films à venir. Basés sur le calendrier américain, mes pronostiques s’attaquent aux quatre prochains mois, allant de The Shape of the Water débarquant ce 01 décembre jusqu’à Ready Player One qui sort le 30 mars 2018. Pour ceux que ça intéresse, voici mes prédictions en vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=f6QEYxRcCEU&t=25s

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Good Time

Good Time
2017
Ben Safdie, Joshua Safdie

Il semblerait que la plus grande peur d’un acteur soit d’être cantonné au même type de rôle, craignant presque de voir sa carrière basculer à cause d’un trop gros succès qui réduirait ses options. Depuis son rôle de beau-gosse vampire dans Twilight, Robert Pattinson fait son maximum pour détruire son image de gentil garçon, multipliant les rôles de tarés psychopathes, ce qui ironiquement risque de lui coller à la peau. Comme pratiquement tous ses derniers films, celui-ci était lui aussi présenté à Cannes, et même s’il est ressorti avec un simple prix pour sa BO, il n’a laissé personne indifférent. Et clairement il ne pourrait en être autrement.

Quand notre capacité de concentration ne permet pas de se focaliser sur quelque travail que ce soit, il ne reste pas trente-six solutions pour s’en sortir, et c’est dans cette optique que Connie (Robert Pattinson) s’était réorienté comme petit braqueur avec son frère autiste Nick. Seulement alors qu’ils avaient réussi à se faire la malle avec un joli butin, un dispositif de sécurité dans le sac va faire tourner court leur réjouissance, les précipitant dans une course-poursuite avec les forces de l’ordre dont Nick ne s’en sortira pas. Inapte à la vie carcérale classique, il sera passé à tabac par des codétenus et conduit dans un hôpital. Une occasion en or pour Connie de le faire s’évader, mais la nuit ne sera pas de tout repos et rien ne se déroulera comme prévu.

Un truand qui part libérer son frère attardé, ça paraît léger comme scénario, mais en réalité le film est d’une immense richesse et se veut comme une plongée sous adrénaline dans le monde de la nuit. Connie étant lui-même en cavale, aller seul pour secourir son frère est complètement dingue, nous mettant sous tension permanente. Chaque passage est un choc perpétuel, nous scotchant au fauteuil lors de la sortie de l’hôpital qui pue l’angoisse à chaque instant, les emmerdes pleuvent sans arrêt et l’accumulation ne s’arrêtera qu’à la toute fin, ne lâchant rien avant le tombé de rideau. Chaque idée prise est pleinement justifiée et pourrait très bien aboutir, mais les embrouilles arrivent toujours de manière surprenante, tout en trouvant une pirouette de dernière seconde pour que la folie continue. À ce niveau de précision, c’est simplement du pur génie. Pour le style brutal et l’humour noir, le film fait un sans-faute et ose absolument tout, taclant le détournement de mineur ou le racisme dans une banalité ahurissante. Alors c’est sûr, tout le monde n’est pas prêt à voir ça et ce genre de trip sous acide ne passionnera pas tout le monde, mais mon dieu que c’est original et prenant !

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Justice League

Justice League
2017
Zack Snyder & Joss Whedon

Dire que ce film était attendu serait un doux euphémisme tant les héros DC sont légendaires, et un film réunissant les plus emblématiques d’entre eux est quoi qu’il en soit un événement majeur dans l’histoire du cinéma. En dehors de l’erreur Suicide Squad, l’univers DC initié avec Man of Steel était jusqu’alors un sans-faute : les aventures de l’homme d’acier étaient exceptionnelles ; l’affrontement au sommet de Batman V Superman était très bon, voir excellent dans sa version remontée de 3h qui corrige pratiquement tous les problèmes de la sortie ciné ; et enfin Wonder Woman, superbe surprise qui apportait un réel vent de fraîcheur dans le paysage, tout en conservant le même style sombre et pesant que dans les précédents longs-métrages. Seulement en sortant des films plus adultes et violents que Disney et ses Marvel, la Warner a constaté que les recettes peinaient à égaliser celles de la concurrence. Les décisions en interne d’alléger le ton faisaient trembler les fans, puis quand le réalisateur des Avengers a remplacé Zack Snyder au pied levé suite à un drame familial, le studio lui a autorisé des reshoots d’envergure, allant jusqu’à modifier certains aspects du scénario, sans compter la post-prod intégralement gérée par Joss Whedon. La crainte de le voir accoucher d’un projet aseptisé était immense, mais la menace venait de l’intérieur.

Malgré la scène étrange avec la terre qui semble bouger, à la fin de la bataille contre Doomsday, Superman (Henry Cavill) est bien mort, plongeant le monde entier dans la peur : même un dieu peut tomber. La recrudescence des délits ne fut pas le seul effet indésirable de cette perte, des êtres démoniaques sont eux aussi apparus, attirés par la peur des gens. Sbire de Darkseid, la terrible menace qu’a découvert Lex Luthor (Jesse Eisenberg) grâce à la technologie kryptonienne, Steppenwolf va profiter de la mort du plus grand protecteur de la Terre pour l’envahir et rassembler « L’Unité », une ancienne force scellée dans trois cubes d’énergie dispersés parmi nos peuples. Pour le stopper et ramener la paix, Bruce Wayne / Batman (Ben Affleck) va réunir une équipe de méta-humains : Diana Prince / Wonder Woman (Gal Gadot), Barry Allen / Flash (Ezra Miller), Arthur Curry / Aquaman (Jason Momoa) et Victor Stone / Cyborg (Ray Fisher).

Ce qui a fait d’Avengers un si grand succès, c’est qu’au bout de cinq films à apprendre à connaître individuellement chacun des héros, on les voyait enfin pour la première fois ensemble. Alors certes, c’était débile de savoir que chacun existait sur le même plan et qu’un seul bougeait quand le monde entier courait un immense danger, causant beaucoup d’incohérences, mais ça donnait plus d’impact au rassemblement. Ici, dès le second film de l’univers le rassemblement était déjà énorme, désamorçant l’effet « wahou » et ne nous créant pas initialement d’attache à certain personnages. Le résultat est immédiat : avec la première scène on se rend d’autant plus compte d’à quel point Superman est génial, de même que Batman façonnant la Justice League avec Wonder Woman ont tout deux un charisme de dingue, mais de leurs côtés Flash est vite fait marrant, Cyborg n’est qu’un ordinateur dispensable et Aquaman est carrément osef. On nous tease en arrière-plan la venue d’autres justiciers comme Green Lantern, nous faisant comprendre que quantité n’est pas gage de qualité en qu’en réalité le Justice League qu’on attendait tous a déjà eu lieu et s’appelait Batman V Superman, notamment dans sa seconde version. Le film n’est pas complètement en lui-même une déception puisque la création du groupe est très intéressante, les effets-spéciaux sont au niveau, le ton et le style graphique sont respectés (pas de sacrilège donc) et les protagonistes sont bien là avec Lois Lane (Amy Adams), Martha Kent (Diane Lane), Alfred (Jeremy Irons) et l’inspecteur Gordon (J.K. Simmons). Le vrai point négatif du film, c’est surtout son histoire, épisode transitif pour échauffer la League : point de Darkseid, seulement un sous-fifre stéréotypé qui veut classiquement détruire le monde. Entre la création du groupe – devant au passage introduire des personnages qui n’ont pas eu droit à leur propre film – qui prend au bas mot 1h15 et une histoire lambda oubliable, le film semble n’être qu’une simple mise en bouche sans envergure, alors même que le film aurait dû être un point culminant.

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L’Expérience interdite – Flatliners

L’Expérience interdite – Flatliners
2017
Niels Arden Oplev

S’il y a bien une expérience qui devrait être interdite, c’est bien celle du remake honteux. Parce que oui, autant pour moi, contre toutes attentes il s’agit effectivement d’un remake, alors que la logique voudrait que ce soit une suite au premier L’Expérience interdite de 1991 puisque Kiefer Sutherland, investigateur de l’expérience et protagoniste principal, revient. Pire, il ne sert à rien, fait de la simple figuration et aucune mention ne sera faite au film original. Et visiblement, ils se sont dit que quitte à nous lubrifier l’anus, autant nous la mettre le plus profond possible.

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Remplacement casting :
>> insert (Ellen Page, Diego Luna, Nina Dobrev, James Norton, Kiersey Clemons) ;
Ctrl+V

De toute ma vie de spectateur, rarement me suis-je senti autant prit pour un pigeon. Faire un remake est une chose, copier point par point le film original sans même essayer de le cacher une seule seconde, c’est quand même plutôt putassier. Durant le premier quart d’heure, constatant une réelle recherche scientifique pour expliquer les NDE (Near Deth Experience, ou en français EMI, Expérience de Mort Imminente) par le biais de scan neuronales pour voir quelles zones du cerveau s’activent de façon post-mortem, chose inédite, on veut y croire. Mais aussitôt abordé aussitôt sabordé, le thème sera d’emblée oublié pour revenir à de la copie sans âme, nous resservant les esprits-vengeurs avec à la clé les mêmes intrigues, les mêmes rebondissements et la même conclusion, le tout avec une cohérence plus mauvaise que jamais. Par exemple la sœur dont les réactions sont stupides, mais surtout le fait que tous les « revenants » arborent la même tête de noyé. Le côté « horreur » est aussi plus appuyé que dans l’original, délaissant le psychédélique du purgatoire pour de l’enfer plus primaire. Et évidemment, c’est fait de la façon la plus basique possible, à grand coup de musique stressante suivie d’un jump scare minable. Dans l’absolu, si le film était sorti en dehors de tout contexte, il s’agirait simplement d’un film d’horreur lambda assez mauvais où se sont perdus trop de talents, expliquant pourquoi cette série B a eu les honneurs d’une sortie en salles, mais le film étant le remake d’un film déjà très oubliable qu’il mime avec une paresse ignoble, cela rend le résultat carrément intolérable.

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Marjorie Prime

Marjorie Prime
2017
Michael Almereyda

Qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? Qu’est-ce qui nous identifie en tant qu’individu ? Somme nous simplement la somme de nos souvenirs et de nos émotions ? Si tel était le cas, suffirait-il de copier ces données et les implanter dans une machine pour nous redonner vie sous une autre forme ? Ou peut-être est-ce une manipulation des intelligences artificielles pour qu’on leur donne plus de crédit que ce que l’on devrait, leur permettant ainsi d’immiscer le doute et potentiellement prendre un jour le pouvoir.

Le film se déroule dans un avenir assez proche (aux environs de 2070 d’après diverses informations) alors qu’une nouvelle technologie a fait son apparition : les primes. Intelligence artificielle évolutive, elle se sert d’hologrammes pour redonner vie à des personnes disparues. Souffrant de la solitude et pleurant toujours la mort de son mari (Jon Hamm), Marjorie, une vieille femme elle-même non loin du trépas, a choisi de s’offrir les services d’un prime pour retrouver son Walter, lui donnant même l’apparence de sa grande époque, au début de leur relation. Pas très à l’aise avec cette simulation s’efforçant au mieux d’être ce qu’elle n’est pas, la fille de Marjorie (Geena Davis) et son époux (Tim Robbins) vont néanmoins y trouver un miroir à qui se confier.

Le jour où on ne pourra plus faire la distinction entre l’homme et la machine sera le jour de notre extinction, à moins que ça ne soit l’inverse. Que se passerait-il si les machines elles-même n’étaient plus conscientes de ne pas être humaines ? À vouloir les faire à notre image, c’est exactement ce qu’il se passe, dotant que basées sur trois valeurs les y incitant : l’écoute, la compassion et l’apprentissage. En plus d’apporter une vision intéressante sur le besoin de survivre dans la mémoire d’autrui, le film aborde quelques thèmes existentiels passionnants, les traitant en plus avec une certaine douceur, voir poésie. Malheureusement, en tant que film en lui-même le résultat est loin de pleinement convaincre. La réalisation est minimaliste, le traitement de l’image pauvre, le rythme somnolant et certaines transitions passent mal, perdant durant quelques minutes le spectateur, ne comprenant pas toujours ce qu’il vient de changer. Une brillante idée intelligemment traitée, mais difficile pour autant de s’en satisfaire entre un concept étiré jusqu’à épuisement et une mise en forme trop faible.

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Max

Max
2015
Boaz Yakin

Après deux ans d’attente, ce joli succès qui a plus que doublé son budget sur le seul territoire américain est arrivé en France directement dans les bacs en même temps qu’une pseudo suite du même acabit que les Home Alone 3 et 4 ou les 5 suites de Beethoven à partir du troisième « opus ». Un dédain inquiétant de la part des distributeurs, finalement assez largement injustifié.

Déjà que la fibre patriotique est énorme aux Etats-Unis, grandir dans une famille où le patriarche est un héros de guerre ne pouvait conduire Kyle  (Robbie Amell), le fils aîné, qu’à devenir un militaire et espérer y faire ses preuves. Devenu maître chien et déployé en Iraq, il tombera malheureusement au cours d’une mission, prit dans une embuscade. Malgré tous ses efforts pour prévenir les troupes et sauver son maître, son fidèle chien Max ne se remettra jamais de sa perte, sombrant dans une grave dépression. Incapable de servir sur le front, il sera confié à aux parents de Kyle (Thomas Haden Church et Lauren Graham) et à son frère, espérant y trouver une nouvelle raison de vivre.

On parle souvent des hommes qui risquent leurs vies, mais jamais assez des compagnons canins ou équidés qui ont sacrifié tant des leurs pour nous aider. Si le film est ultra classique entre la teen romance, les méchants dangereux, le chien-chien super gentil mais qui se fait rejeter par le père suite à des malentendus l’incriminant, les moments de stresse où on se dit que le monde est trop injuste et compagnie, le postulat de départ donne plus d’impact. Comme d’habitude, les jeunes sont cons mais voient clair tendis que les adultes se vautrent dans leurs certitudes et leurs principes qui font qu’ils ne se remettent jamais en question. Du basique à outrance, mais une fois encore le chien est adorable, les acteurs sont plutôt bons, le personnage de Carmen est génial et les décors sont sympas. Du film familial classique avec sa mascotte choupi, mais pourtant ça continue de marcher et on en ressort jouasse.

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Wonder Woman

Wonder Woman
2017
Patty Jenkins

Apparue dans l’affrontement de Batman V Superman, la guerrière amazone a enfin droit à son film solo introductif. Et rien que ça c’est problématique. Possédant les DC Comics, source de super-héros au moins aussi riche que celle des Marvel de Disney, la Warner a voulu copier le phénomène des Avengers, mais sans reproduire la stratégie qui en a fait un succès si retentissant. Avant de faire un quelconque rassemblement, il y a eu pas moins de cinq films, dont quatre introductions de protagonistes majeurs. Un seul film de moins avant la Justice League me diriez-vous donc, mais non seulement Suicide Squad est un épisode à part, mais en plus BvS avait déjà des allures de Justice League en réunissant ses trois piliers principaux et n’avait que Man of Steel en guise d’introduction à l’univers. Le tout donnait l’impression d’une création de franchise à l’arrache, plaçant hasardeusement ses films sur le calendrier. Pas de quoi être serein donc malgré deux premiers films très bons vu le naufrage du spin-off censé être sur des « méchants », surtout avec toute la promo féministe autour du film et la crainte de se retrouver face à un insipide Captain America bis, mais on tient finalement là l’un des meilleurs films de super-héros de la décennie.

Fille de Zeus et de la reine des Amazones (Robin Wright), la princesse Diana (Gal Gadot) a grandi à l’écart du monde dans leur royaume, se préparant au jour où le vil Arès, dieu de la guerre, refera surface pour répandre sa haine sur les hommes. Lors de l’été 1918, le monde entra en contact avec leur île pour la première fois : pourchassé par les allemands, le pilote américain Steve Trevor (Chris Pine) s’échoua sur l’île, leur apportant la nouvelle d’une guerre mondiale terrible ayant déjà plusieurs dizaines de millions de morts. Persuadée que derrière le général allemand Ludendorff (Danny Huston) se cache Arès, Diana va décider de partir avec Steve pour mettre fin à ses agissements.

Voilà près d’un siècle que Diana est devenue la Wonder Woman, soit autant d’histoire palpitantes à raconter, d’autant que le premier super-héros de la Justice League à être entré en action après elle est Batman, probablement arrivé il y a seulement une vingtaine d’années, ce qui fait de Diana la seule défense de l’humanité pendant au bas mot 80 ans, lui donnant ainsi une légitimité totale quant à être la seule intervenante. Raconter ses origines était un passage obligé, mais choisir de replacer cet événement durant la Première Guerre Mondiale est original, détonnant d’autant plus qu’aucune femme n’avait de position sociale élevée à l’époque. Meilleure combattante et princesse de son royaume, elle va débouler dans le vrai monde comme un bulldozer qui ne se laisse pas faire, arrivant aussi avec une naïveté extraordinaire. Une femme forte mais qui ne connait la vie que d’un point de vue théorique et idéaliste, créant bien des situations comiques de par sa soif d’apprendre et de tout découvrir. Elle fera montre d’une maladresse touchante, montrant que derrière sa force colossale et ses pouvoirs se cache une jeune femme exaltée et passionnée. Comme dans Première sortie et Un Monde entre nous, le film tire tout le potentiel comique et dramatique d’une telle situation, lui conférant par moments une certaine légèreté. Un style efficace, une histoire solide, des personnages forts, un casting prestigieux (incluant David Thewlis), une bande-son très réussie avec un thème mémorable, une réalisation et des effets-spéciaux propres : un sans-faute. Les femmes peuvent effectivement se réjouir puisque non seulement un blockbuster d’envergure a fait le pari de mettre une héroïne à la tête d’un film, chose rarissime, mais en plus le film s’avère être une immense réussite artistique et technique.

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