Equals

Equals
2016
Drake Doremus

Source de toutes nos souffrances, nos sentiments nous poussent parfois à commettre des erreurs, des crimes parfois même. Devrions-nous nous en séparer quitte à perdre ce qui fait de nous des êtres humains ? Voilà un thème dont il a été moult fois question en science-fiction, bien que la réponse ne varie jamais : c’est une aberration qui vide notre existence de sens. Pratiquement pas sorti en salle malgré des têtes d’affiche qu’on ne présente plus, le film explore à son tour ce fascinant débat.

La prochaine grande évolution de notre société sera-t-elle l’émancipation de nos pulsions primaires ? Dans un contexte post-Troisième Guerre Mondiale où la majeure partie de la population fut décimée, une décision radicale fut prise : la création d’un monde aseptisé où les émotions sont réprimées, idéologiquement et culturellement dans un premier temps, puis chimiquement si besoin est. Destruction des liens familiaux, isolement des individus, suppression des contacts physiques, uniformes et uniformisation des niveaux de vie. Pourtant, des personnes atteintes du SOS (Switched On Syndrome, ce qui veut dire que les gens souffrent de DEN – Déficience Émotionnelle Neurologique) sont régulièrement détectées, mettant en danger l’équilibre en place. Jusqu’alors employé et citoyen model, Silas (Nicholas Hoult) va se mettre à ressentir des choses pour sa collègue Nia (Kristen Stewart).

Oh qu’il est difficile de passer après Equilibrium et The Giver tant le film ne tient pas une seule seconde la comparaison… Si les bases du concept sont correctement posées et que l’univers créé est solide, le film n’a clairement pas un développement à la hauteur des modèles du genre. Dans Equilibrium il y avait une force de répression bien plus oppressante et le film avait une portée qui allait bien au delà du simple individu, sans compter son efficacité redoutable lors des séquences d’action. Quant à The Giver, en plus de proposer un univers infiniment plus riche allant jusqu’à des concepts métaphysiques, sa violence psychologique assorti d’un calme glaçant lui donnait un impact formidable, d’autant plus de part sa poésie si touchante. Ici, entre deux redites pas très inspirées, on se contentera d’une romance sympathique mais qui ne changera pas la face du monde, basant de surcroît la majorité de son développement final sur la connerie de ses protagonistes. Quand Guy Pearce dit de ne pas bouger, on ne bouge pas bordel ! Le concept est bon – on le savait déjà – et le casting solide – c’était une évidence – mais en dehors de ça on est clairement sur du sous-produit pas très abouti.

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Un jour dans la vie de Billy Lynn

Un jour dans la vie de Billy Lynn
2017
Ang Lee

Réalisateur qui n’est jamais là où on l’attend, Ang Lee nous revient enfin après l’immense succès de L’Odyssée de Pi d’il y a quatre ans, choisissant d’adapter le roman de Ben Fountain sur la guerre en Iraq. Passé complètement inaperçu avec moins de huit millions de dollars récoltés en dehors de la Chine (où il a fait 23 M$), le film avait tout de même fait un peu parlé de lui pour son aspect technique, se targuant d’arborer une résolution 4K à 120 images par secondes, le tout en 3D, soit l’équivalent de 40 fois plus de détails par secondes qu’un film normal. Oui mais voilà, quand strictement aucune salle française n’est en mesure de le diffuser dans ce format, et pratiquement aucune dans le monde, ça reste purement théorique.

Comme le titre l’indique, le film nous propose de découvrir une journée dans la vie du jeune Billy Lynn (Joe Alwyn). Héros de guerre, lui et le bataillon du colonel Dime (Garrett Hedlund) ont été convié par un homme d’affaire (Steve Martin) pour l’inauguration de son nouveau stade, accompagné par un certain Albert (Chris Tucker) chargé de négocier l’adaptation cinématographique de leur histoire en Iraq. Bien loin de se soucier des festivités, son esprit sera tiraillé entre le souvenir de ce jour avec son capitaine Shroom (Vin Diesel), sa sœur (Kristen Stewart) et la petite chearleader qui lui a tapé dans l’œil.

Des films sur la guerre en Iraq, on en a eu un sacré paquet, et on pensait à juste titre en avoir fait le tour. Du coup, si on en montre quelques passages via des flash-back histoire de, le film se concentre plus sur le ressenti qu’en ont les gens. Ainsi, il montre le point de vu des soldats, parfois motivés par la gloire ou l’adrénaline mais conscients de la merde qui les entoure et du flou concernant la raison de leur présence là-bas ; celui des médias et du système, là pour abrutir les masses et engrangé du pognon sur le dos de leurs compatriotes sous couvert d’un pseudo patriotisme ; et celui du peuple, partagé entre l’indifférence, l’adulation et le rejet, bien que globalement l’association militaire / héros est bien ancré dans les esprits. Si le film fait un bon travail de décryptage des divers styles de pensées, ça reste néanmoins assez superficiel au même titre que la critique du fonctionnement d’Hollywood, ultra standardisé, sans pour autant arriver à s’émanciper des codes du genre. « Il y a forcément une romance dans tout film hollywoodien ». Bah oui mais vous faite pareil ! Le film critique la mascarade instrumentalisée du gouvernement américain tout en se concentrant sur les frivolités d’un immense spectacle filmé comme tel. En quoi ce film est-il moins superficiel que ce genre d’événement ou que les grosses productions d’Hollywood ? En rien. Le casting est énorme, la réal pas dégueulasse et les messages portés par le film sont louables, mais le traitement n’est pas raccord, on note beaucoup de redondances et l’angle choisit n’est pas passionnant. De bonnes intentions mais le résultat ne suit pas.

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Get Out

Get Out
2017
Jordan Peele

En février dernier, le cinéma horrifique a connu un séisme inédit. Après un démarrage surprise spectaculaire aux Etats-Unis avec 33 M$ pour un budget de 4,5 M$, le film a connu le meilleur maintien de l’histoire pour le genre et s’apprête à finir sa course à domicile à 176 M$. Si à l’international le film fut moins phénoménal, il devrait tout de même dépasser les 250 M$ dans le monde, le plaçant parmi les films d’horreur les plus lucratifs jamais vus. Les gens sont vraiment fous…

Dans le contexte actuel où le racisme est toujours omniprésent malgré la fin de la ségrégation, Chris, afro-américain, n’était pas très rassuré à l’idée d’aller voir la famille blanche de sa nouvelle petite amie, s’imaginant deux sudistes prêts à se jeter sur lui fusil à la main. Finalement, bien au contraire, il fut chaleureusement accueilli et tout le monde semblait enchanté par son exotisme. Un peu trop même.

Il est vrai qu’aux Etats-Unis il y a eu récemment beaucoup d’incidents à connotation raciste, mais de là à se jeter sur le premier film traitant du sujet… La première scène montre un noir se faisant agressé, donc on sait d’emblée qu’il va clairement se tramer quelque chose et que les victimes seront noires. Et puis après on rencontre les parents, notamment la mère (Catherine Keener) dont le métier donne directement les clefs du dénouement, même si une petite nuance aussi originale que scientifiquement débile échappera aux esprits logiques. L’idée du film est vite fait amusante et polémique, la scène du « bingo » est glaçante et globalement l’ambiance angoissante est assez réussie, sans compter un petit humour qui va bien, mais il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer outre mesure. Derrière son revêtement aguicheur ça n’est rien de plus qu’un film d’horreur lambda, sympa mais pas si efficace.

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Extrême Soutien

Petite interlude au milieu de mes critiques au format papier ou vidéo, voici un petit sketch tiré d’une véritable anecdote qui est arrivée à l’un de mes amis. #Mais_c’est_terrible_!

Si la vidéo vous plait, n’hésitez pas à en faire part en lâchant un commentaire et en mettant un pouce bleu, voir carrément la partager et vous abonner si ça n’est pas encore fait. Sur ce, bonne vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=wwPegcl5zDc

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Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur

Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur
2017
Guy Ritchie

Alors qu’en France tout le monde à le regard tourné vers la suite des aventures de Kaamelott qui se fait attendre depuis huit ans déjà, le mythe du roi Arthur revient une nouvelle fois au cinéma. Une énième fois serait-on tenté de dire tant le personnage accapare nos produits culturels entre une pléthore de films et de séries de tous horizons. Pire, les américains avaient déjà fait de la légende un gros film épique à énorme budget pas plus tard qu’en 2004, et nombreux étaient ceux à être dubitatifs à l’annonce du projet. Il faut dire que si Guy Ritchie est un grand réalisateur qui a un don pour dépoussiérer des histoires bien connues et en faire une juteuse licence, on l’attendait plus sur un troisième Sherlock Holmes qui se fait languir. Enfin avec tout juste 120 M$ péniblement arrachés dans le monde en trois semaines face à un budget monstrueux de 175 M$, son projet de saga autour des chevaliers de la table ronde est de toute façon enterré.

Histoire ayant potentiellement prit place au V° siècle, le film se déroule sous le règne de Vortigern (Jude Law), frère de l’ancien roi Uther Pandragon (Eric Bana) qu’il a lui-même assassiné pour accéder au trône. Sa plus grande peur est de perdre un jour le pouvoir, le roi légitime étant le fils d’Uther, porté disparu depuis près de trente ans et qui pourrait revendiquer l’épée d’Excalibur. Bien loin de se douter du destin hors du commun qui pourrait l’attendre, Arthur (Charlie Hunnam) a grandit et s’est épanoui dans un bordel, s’y forgeant une vie de vagabond libre et insouciant.

Rah que ce film m’embête. D’un côté il raconte une histoire qu’on connaît bien trop et le scénario ne la rend pas suffisamment nouvelle pour susciter un réel intérêt, de l’autre c’est probablement la plus grosse claque sensorielle de ces dernières années. Alors que l’introduction laisse perplexe, on passe ensuite à une phase de vieillissement accéléré du héros : une séquence survitaminée, oppressante et épique. Malheureusement, on aura toujours un peu de mal à rentrer dans le film, puis on enchaîne ensuite avec une scène du même niveau, aussi bluffante, mais de surcroît très drôle, non sans rappeler les meilleurs passages de Ant-Man. Et c’est comme ça tout le film : on décroche puis on reprend fois mille avec une réalisation colossale et l’une des bande-son les plus nerveuses jamais entendue. La course dans les rues en mode go pro sous acide est complètement dingue, l’utilisation d’Excalibur est monstrueuse avec des mouvements de caméra d’une rare violence tout en gardant une maîtrise et une lisibilité surnaturelles, toute la fin nous scotch à notre fauteuil et globalement le film a une classe ahurissante. Et mon dieu cette BO ! D’un autre côté, si on a rarement vu un Arthur aussi charismatique et badass, la plupart des acteurs secondaires sont totalement oubliables malgré les présences de Djimon Hounsou et Aidan Gillen. Seule Astrid Berges-Frisbey tire son épingle du jeu en campant une sorcière aussi redoutable que séduisante, chose étonnante – et qui m’aurait marqué si cela avait été dit durant le film – puisqu’elle campe apparemment le personnage de Guenièvre. On se retrouve donc devant un film à l’histoire et aux protagonistes – hormis le héros et sa promise – peu mémorables, mais on ne peut pas rester insensible pour autant face à un montage ultra dynamique, une réalisation déroutante et nerveuse ainsi qu’un travail sur le son d’une ampleur rarement atteinte. Reste à savoir ce qui compte le plus, mais je ne peux que saluer un tel impact.

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Il a déjà tes yeux

Il a déjà tes yeux
2017
Lucien Jean-Baptiste

Après avoir connu un joli succès avec son premier film Première Etoile, le réalisateur et acteur Lucien Jean-Baptiste a connu des temps plus sombres avec ses deux films suivants, mais le voici renouant avec le succès, le film ayant dépassé la barre du million d’entrée avec une belle marge (1,2). Il reprend le thème qui l’avait porté à ses débuts, à savoir un choc culturel sur fond de racisme.

Avec le stress grandissant dans notre société moderne, le taux de fertilité est en chute libre et de plus en plus d’hommes et de femmes se découvrent stériles, sans compter le fait que l’âge moyen lors de l’arrivée du premier enfant ne cesse de grimper avec des risques toujours plus importants. Dans ce contexte où l’adoption devient la solution d’un nombre croissant de couples, l’offre ne correspond pas toujours à la demande. C’est ainsi que Paul (Lucien Jean-Baptiste) et Salimata (Aïssa Maïga), couple noir, va se voir confié un petit Benjamin, caucasien blond aux yeux bleus. Ouverts d’esprit, ils l’accueilleront à bras ouverts, mais c’est pour l’entourage que le choc ne passera pas.

On a tous en tête l’image du couple blanc bobo parisien allant adopter un petit africain, et il était « amusant » de proposer un renversement des rôles. Malheureusement, le film ne dépassera pas son prédicat. Le film entier repose sur des gags et des situations plus dramatiques autour du décalage racial, montrant que tout le monde est raciste et dans tous les sens. Oui, le monde est étriqué et dès qu’on sort un minimum de sa zone de confort c’est la panique. Tant qu’il y aura des hommes sur Terre, il y aura des conservateurs, des rétrogrades ou au contraire des progressistes carrément laxistes voir contre-productifs. Le film ne fait qu’énoncer des faits et rit pauvrement avec, au point d’en perdre toute crédibilité comme avec la dernière partie. Au milieu de ça, Zabou Breitman et Vincent Elbaz en font des caisses et nous perdent régulièrement entre leur caractères poussés à l’extrême et les innombrables moments gênants. Attention mesdames et messieurs, voici le film le plus subversif et profond de l’année !

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La Grande Muraille

La Grande Muraille
2017
Yimou Zhang

Depuis quelques années le paysage cinématographique mondial subit un changement d’une ampleur colossal : marché de niche il y a de ça dix ans, la Chine est devenu aujourd’hui la première source de revenu au monde pour le cinéma, dépassant les Etats-Unis. Si pour l’instant cet essor bénéficie surtout aux grosses productions hollywoodiennes il y a de plus en plus de films locaux qui arrivent à tirer leur épingle du jeu, au point même que l’an dernier The Mermaid s’était classé 14° plus gros succès mondial de l’année en franchissant la barre des cent millions d’entrées. Si jusqu’à présent ce genre de percée était trop rare pour pouvoir réellement tabler dessus et oser investir massivement sur un unique projet de grande ampleur, cette fois la barrière est tombée et c’est parti pour un show à 150 M$.

Vieille légende chinoise, le film met en scène une histoire sur l’origine de la fameuse Muraille de Chine, cet édifice de plus de 8 850 km de longueur, ce qui en fait la plus grande construction humaine jamais vue. Elle fut en réalité bâtie pour non pas repousser les hordes mongoles mais pour faire face aux assauts de créatures divines venant tous les 60 ans punir la cupidité d’un ancien empereur chinois. Mercenaire d’occident à la recherche d’une arme dévastatrice appelée la Poudre Noire, William Garin (Matt Damon) va se retrouver enrôlé de force dans cette guerre.

Oh mon dieu quel scandale, d’où le rôle principal d’un film chinois est tenu par un blanc américain ? Et pourquoi est-ce qu’il y a aussi le chilien de Narcos et Willem Dafoe ? Alerte au whitewashing (terme utilisé pour désigner la propension qu’à Hollywood d’attribuer des rôles prévus pour des gens issus des minorités à des blancs) ! Voilà le genre de débat stérile et stupide qui avait fleuri à l’annonce du projet. Juste fermez-la et attendez de voir le film pour juger ! C’était des occidentaux à la recherche d’une arme chinoise, d’où leurs présences, fin de la discussion. Et de toute façon osef, on parle d’un film sur des guerriers habillés en Power Ranger qui affrontent une horde de monstres extraterrestres, alors on est pas à ça près. Imaginez juste une seconde le même film sans stars internationales ? Sur les 330 M$ que le film a récolté dans le monde, pratiquement la moitié ne vient pas de la Chine, et il est évident que ce score aurait été largement plus faible sans cela, donc on ne peut que leur donner raison, d’autant que ça ne change rien à la qualité de l’œuvre. Il n’y a qu’à voir la version de 1959 de Ben-Hur pour en être convaincu. Sur quoi peut-on juger le film alors ? La qualité du spectacle. Entre les plans aériens, les reconstitutions en studio grandeur nature et l’utilisation des plus beaux paysages de Chine, sans compter des effets spéciaux pas forcément à la hauteur du budget mais qui ont le mérite de ne pas donner envie de vomir, c’est visuellement très réussi. Plus encore, si le scénario est au mieux débile, l’histoire nous permet de varier les plaisirs entre deux attaques sur la Muraille très différentes, un voyage en ballon et la visite de la cité impériale. Que demande le peuple ? Du pur divertissement décérébré et décomplexé.

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La Mécanique de l’ombre

La Mécanique de l’ombre
2017
Thomas Kruithof

Même si je suis passé à côté de sa sortie au cinéma, j’avais pas mal d’attentes autour de ce film qui semblait enfin faire un peu évoluer le paysage filmique français. La bande-annonce claquait pas mal, le casting alléchait et on sentait une ambiance stressante pour une histoire de complot de grande ampleur. Au passage pas bravo à ladite BA qui en montrait, avec le recul, beaucoup trop tant on y retrouve déjà toutes les révélations majeures, incluant même le dernier plan du film. Il y avait à la base de belles promesses, mais pas grand chose à l’arrivée.

Au chômage depuis deux ans à cause d’un petit problème d’alcool aujourd’hui derrière lui, Pastis Duval (François Cluzet) voyait enfin la lumière au bout du tunnel. Surgit de nulle part comme par magie tel un sauveur, un certain Clément (Denis Podalydès) va lui offrir sur un plateau un job en or, facile et payé royalement : plus de 6000 € par mois pour retranscrire sur papier des écoutes téléphoniques. À un tel tarif on ne cherche pas à savoir si c’est moral ou légal, ni même qui sont réellement ses employeurs. Jusqu’à la cassette numéro six tout du moins…

Dès la première séquence la logique du film laisse perplexe. Au pied du mur à cause d’un collègue branleur et d’employeurs lui demandant un dossier pour le lendemain matin, alors même qu’il n’était pas attendu avant longtemps et que rien n’avait été commencé, on le voit abattre seul un travail monstre une nuit durant. On le retrouve deux ans plus tard, apparemment licencié parce qu’il avait bu pour tenir le coup cette nuit-là. Et d’un coup d’un seul le voilà déclaré alcoolique. Était-ce quelque chose de récurant ? Faut-il être bourré pour être un bon employé consciencieux ? Quand on voit la suite, on se dit qu’il aurait mieux valut qu’il continue à boire. Si on trouve son poste amoral voir illégal, vouloir partir est stupide puisque quelqu’un prendra notre place derrière. Pour faire bouger les choses, il faut agir de l’intérieur, or le personnage principal ne fait que fuir ou subir ici. Pire, il ne semble pas comprendre le fonctionnement du monde et son comportement suicidaire va à l’encontre de ce qu’il dit. Et quand tout le monde fait n’importe quoi, même un commissaire de police (Sami Bouajila), on décroche. C’est dommage car le principe des écoutes téléphoniques avait un emballage très sophistiqué, soignant beaucoup son « où, quoi, comment » avec une belle idée de retournement. Le casting est aussi très bon et la musique  est excellente, participant grandement au ton pesant du film. C’est donc d’autant plus dommage quand la cohérence est constamment malmenée et que le fond déçoit.

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Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar

Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar
2017
Joachim Rønning, Espen Sandberg

Devant l’énorme succès de la franchise, le studio Disney avait hâte de relancer la machine à billets, mais entre le départ du réalisateur de La Fontaine de Jouvence et les refus des autres candidats, les choses ont traîné avant de donner le feu vert au tandem de Kon-Tiki. Finalement, alors que le film devait sortir en 2015, il n’entra en tournage qu’en février de cette même année avant de se finir en janvier 2016 lors de reshoots. Faute de place dans l’agenda des sorties, il ne nous arrive que maintenant, mais cela veut dire que l’équipe a eu plus d’un an de post-production pour soigner au maximum son film. Face au résultat final, on se demande bien à quoi ils ont occupé leur temps…

Les choses semblaient enfin sourire au capitaine Jack Sparrow (Johnny Depp), lui qui venait de retrouver son Black Perle ainsi qu’une flotte colossale à la fin de ses dernières aventures. Oui mais voilà, incapable de lever les sorts d’emprisonnement, lui et son équipage vont de galère en galère, laissant le champ libre à un Barbossa (Geoffrey Rush) devenu maître des océans. Un règne qui sera bientôt menacé par une vieille connaissance, le chasseur de pirates Salazar (Javier Bardem), mort suite à une confrontation avec Jack il y a bien des années. En partie libéré de la malédiction qui le retenait bloqué sur les lieux de son décès, il va chercher à se venger.

Six ans d’attente pour ça ? Sans même savoir que les fameux retours de William Turner (Orlando Bloom) et Elizabeth Swann (Keira Knightley) allaient se résumer à de simples caméos, surtout la seconde qui ne prononcera pas mot, on sent très vite que ce film n’ira pas. Dès les premières minutes on se rend bien compte que la qualité de la réalisation en a prit un sacré coup : on subit des zooms, des mouvements brusques, des phases honteusement accélérées et des ralentis bien vilains. C’est souvent indigeste, jamais épique, et par moment ça devient carrément illisible à l’image de la bataille navale de nuit. On ne ressent plus la grandeur des navires, la beauté de l’océan ou la force des éléments, mais la baisse de niveau n’est pas que visuelle. Niveau incohérence et inconsistance, l’écriture de ce film se pose là. Une maison, ça ne se tire pas comme ça ; le coup de la boussole est impossible dans la mesure où le compas a largement voyagé et changé de propriétaire ; on dit que le Pearl est le bateau le plus rapide au monde mais est rattrapé la scène suivante ; tout ce qui entoure les morts n’a aucun fondement et tout ce qui fait avancer l’intrigue est le fruit de coïncidences. Pire, les personnages ne sont plus que l’ombre d’eux même entre un Sparrow pathétique et un Barbossa dont la traîtrise redondante lasse. On s’intéresserait bien aux deux jeunes (Brenton Thwaites et Kaya Scodelario) s’ils n’étaient pas autant stéréotypés. Avec en prime le méchant le moins charismatique de la saga, on est copieusement servi. De très loin la pire cuvée et on espère que le réalisateur des trois premiers films revienne y mettre de l’ordre.



Disponible en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/edit?o=U&video_id=Po96X07-YXQ

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Quelques minutes après minuit

Quelques minutes après minuit
2017
Juan Antonio Bayona

Mondialement reconnu grâce à L’Orphelinat puis enchaînant derrière sur un très grand succès, au point de ce voir confier l’un des plus gros blockbuster de l’an prochain, Jurassic World 2, Juan Antonio Bayona a néanmoins essuyé une sacrée claque avec son dernier long-métrage, sorte de conte pour enfants. C’est bien simple, en dehors de son Espagne natale, le film fut un bide partout ailleurs et les 48 M$ de budget initial n’ont même pas été amortis. Il faut dire que le genre a été pleinement écumé et il est difficile de se démarquer, même quand on ressort avec autant de Goya (équivalent espagnol des Oscars).

Faire face à la maladie c’est difficile, surtout quand ça touche un proche et d’autant plus quand on est un enfant. En plein déni et cherchant un moyen de penser à autre chose qu’au cancer qui ronge sa mère (Felicity Jones), le jeune Conor va s’enfuir dans son imaginaire, s’inventant un arbre géant qui viendrait le voir tous les jours à minuit sept. Ce dernier lui racontera trois histoires censées l’aider.

Oh qu’il est difficile de passer après Le Labyrinthe de Pan et Le Secret de Terabithia ! Les trois films sont thématiquement strictement identiques : un enfant s’invente un monde pour affronter la mort. Or ce film est à des années lumières du génie créatif du premier et n’approche en rien de la force poétique du second. La seule chose que l’on retiendra de ce film, hormis la présence commerciale de Sigourney Weaver et la fausse joie de voir le nom de Liam Neeson s’afficher au générique, n’étant en fait que la voix de l’arbre, c’est les très belles présentations animées des deux premières histoires, non sans rappeler le style épuré mais magnifique de la présentation des reliques dans Harry Potter 7. Je dis bien deux et non trois car après deux belles leçons sublimement mises en scène, la troisième histoire n’en est pas une et sera jeté en mode « ah oui mince on avait annoncé trois histoires ! Bah tant pis… « . Pour le reste, les effets spéciaux se limiteront à l’arbre, bien fait mais vite lassant et on a connu conteur plus passionnant, l’histoire de l’enfant est très lisse, les personnages creux, les acteurs transparents et côté émotion c’est le néant absolu. On dirait une petite nouvelle péniblement étirée pour un long-métrage bien vide et qui ne tient pas une seconde la comparaison avec les modèles du genre.

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