Resident Evil : Chapitre Final

Resident Evil : Chapitre Final
2017
Paul W.S. Anderson

Partant d’un concept prometteur mais torpillé et assez bancal au final, la saga Resident Evil, adaptation cinématographique d’une franchise vidéo-ludique, a immédiatement divisé à la sortie du premier film. Pur fan service encore plus foutraque, le second opus avait été acclamé par les fans et signé le divorce de tous les cinéphiles, et c’est là le drame de la saga au cinéma. Dès le troisième opus, il n’y avait plus que des fans hardcore répondant présent, et alors qu’Extinction était de très loin le meilleur, le public restant ne fut pas si enthousiaste. Alors quand le retour de Paul W.S. Anderson a provoqué une explosion au box-office avec Afterlife, parodie épileptique, complètement vide scénaristiquement et fusillant les idées les prometteuses jusqu’alors mises en place, le public s’est lui-même condamné à la médiocrité. Après un Retribution incompréhensible et bordélique pour tout néophyte, l’idée de voir une conclusion à la hauteur était un luxe impensable, surtout avec aux commandes celui qui a raté les débuts et flingué la licence depuis son retour.

Oubliez la promesse d’une guerre épique entre les créatures d’Umbrella Corporation (Iain Glen) et la résistance menée par Alice (Milla Jovovich) et Claire (Ali Larter), le combat est éclipsé. On retrouve Alice quelques années plus tard, qui va apprendre par la Reine Rouge que l’humanité va s’éteindre dans 48 heures mais qu’un remède pourrait être répandu dans l’atmosphère pour mettre enfin un terme au virus T et sauver les survivants. Il se trouverait dans les locaux d’Umbrella dans le complexe ultra sécurisé où tout a commencé : la Hive.

L’histoire étant depuis le début assez anecdotique, ce qui n’empêche pas de l’avoir oublié, le film a l’intelligence de démarrer ce tout dernier volet de la franchise par un résumé assez bien fait de tout ce qu’il s’est passé, du personnage de Alice et des enjeux généraux. Puis c’est le drame… Le dernier opus était sorti cinq ans avant, permettant d’avoir allègrement oublié les pires tares, mais la violence de l’incompétence explose tous les records ici. La première séquence est une scène d’action où Alice affronte des créatures mutantes, et pas un seul plan ne dépassera les trois secondes, et souvent moins de une. Une frénésie outrancière, absolument indigeste et illisible, et pas une seule scène d’action y fera exception, massacrant sans répit nos pauvres mirettes et nous donnant presque la nausée tant la caméra est insupportable à bouger autant. Pour le reste, le scénario est comme toujours écœurant de simplicité, les acteurs caricaturaux, l’éclairage dégueulasse et les situations sont rageantes à force de nous jouer la carte de « ah, j’aurais dû te tuer avant ! ». Eh bah arrête de parler connard alors ! Tous les pires clichés des pseudos twists à la mords moi le nœud y sont, surtout le coup des méchants qui discutent ou font n’importe quoi, donnant l’occasion aux héros de se sauver avec une pirouette confondante de bêtise. C’est lourd, redondant, amateur, ennuyeux et la conclusion de la franchise n’apporte rien. C’est à se demander si les jeux sont si mauvais, ou alors ne valent-ils peut-être que pour le défouloir que propose la chasse aux zombies. Encore est-il qu’en dehors d’un troisième volet sympathique, la saga aura malheureusement brillé pour son vide ahurissant et ce dernier chapitre est même le plus lamentable de tous.

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Kong Skull Island

Kong Skull Island
2017
Jordan Vogt-Roberts

Dans la course au filon en or massif, celui qui rassure les actionnaires et qui pérennise à lui seul toute une industrie, Legendary Picture a tenté de se trouver son univers étendu à lui. Cette fois, il n’est pas question de super-héros comme pour Disney ou la Warner, ni de monstres humanoïdes comme la tentative ratée du Dark Universe d’Universal, mais de créatures démesurées. Démarré avec Godzilla en 2014, le bestiaire vise à proposer un affrontement « au sommet » dès 2020 entre le gros lézard et le roi des singes dont il sera question ici, idée qui s’annonce pas mal foireuse dans la mesure où on retombe sur les pires problèmes de Batman V Superman ou Civil War où des gentils sont censés se foutre sur la gueule. Projet de longue date qui devait à l’origine être un préquel au King Kong de 2005, il devient ici le deuxième volet de cet univers, à moins que… Eh oui, on parle aussi d’y greffer les robots et les monstres de Pacific Rim, appartenant aussi au même studio, mais cela dépendra grandement des scores de la suite et je ne parierais clairement dessus.

Malgré la confusion qui peut régner suite à la scène d’introduction, le film ne se passe pas en 1944 (scène maladroite qui ne fait qu’introduire le personnage de John C Reilly) mais en 1973. En pleine Guerre Froide où la course aux satellites et aux boosts technologiques fait rage entre les Etats-Unis et la Russie, Bill Randa (John Goodman) va en profiter pour faire financer un projet (par Richard Jenkins) d’expédition en faisant planer une menace (bidon du coup au final ?) de découverte proche de la part des russes. Persuadé d’y trouver des monstres géants (ah bon pourquoi ? Pas sûr que les scénaristes le savent…) il va s’y faire escorter par le général Packard (Samuel L Jackson) et ses hommes (incluant Toby Kebbell et Thomas Mann), un « spécialiste » de la traque (Tom Hiddleston) et une photographe random (Brie Larson) qu’on se demande qui l’a autorisé à monter à bord.

Rien que le principe de faire un préquel à King Kong n’a aucun sens : comment peut-on oublier une telle île si elle a déjà été découverte ? En plus, le film se passait dans les années 30, donc ça ne colle pas. Bien évidemment, ce postulat a été oublié, mais dans ce cas quel est l’intérêt de placer l’histoire en 1973 ? Non parce que si le but est de rattacher le film à Godzilla, et ça l’est, pourquoi ne pas le situer dans la même timeline ? Non parce que pour rappel c’est un film contemporain, donc se déroulant aux alentours de sa date de sortie en 2014. Le pire c’est qu’au final le film n’apporte rien à la mythologie de Kong puisqu’on redécouvre l’île une énième fois, et force est de constater que même visuellement le résultat est moins probant que dans la dernière itération. On a bien quelques idées visuelles vachement sympas comme le coup de l’araignée aux pattes de bambou, les autochtones camouflés ou encore les créatures souterraines, mais pour ce qui est de l’originalité on repassera. Se fondre dans le paysage n’a rien d’inédit, et les grands lézards sont assez lambda. Pire, côté technique pure certaines modélisations sont mauvaises, les CGI transpirent de partout et Kong ne convainc pas une seconde. Le film joue la carte de la démesure et il aurait dû offrir un sacré spectacle entre la pression des enjeux et son énorme budget de 165 M$, mais difficile de crier au génie. Les personnages sont des stéréotypes atroces et les acteurs ne font pas honneur à leurs réputations, la mise en scène est plate, les effets spéciaux trop criards et le scénario n’a aucun sens, pure prétexte pour faire un tour sur l’île. Même en étant en quête de grand spectacle décérébré pour se reposer, il faudrait avoir des exigences extrêmement basses pour se contenter d’un blockbuster si vide et bâclé, décuplant tous les défauts de Godzilla sans en avoir toutes les qualités. Dur…

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Pour un garçon

Pour un garçon
2002
Paul Weitz, Chris Weitz

Il n’y a pas à dire, nous ne sommes pas égaux en termes de charisme. Probablement l’un des acteurs les plus sympathiques qui soit malgré une palette de jeu très limitée, Hugh Grant fait partie de ceux qui arrivent sans mal à porter seul un film. Adaptation d’un roman à succès britannique, le film fut aussi un joli succès avec près de 130 M$ au box office pour un budget plus de quatre fois inférieur. Pourtant, que ce soit dans la filmographie de l’acteur ou des frères Weitz, le film n’aura pas laissé une marque impérissable.

Campant inlassablement les grands enfants à la vie facile, Hugh Grant incarne ici Will, un rantier coulant des jours tranquilles entre son train-train quotidien et ses conquêtes sans importances. Un jour il va avoir une épiphanie : les mères célibataires sont les femmes les plus incandescentes, et quoi de mieux pour les aborder que de se faire passer soi-même pour un père célibataire ? Au cours d’une sortie avec l’une d’elles, Will va se retrouver avec un certain Marcus (Nicholas Hoult), 12 ans, fils de Fiona (Toni Collette), une amie de sa conquête. Lui qui ne supportait pourtant pas les enfants, il va devenir sans le vouloir l’ange-gardien de Marcus.

Il n’y a pas meilleure école que l’école de la vie. Si quelqu’un n’aime pas les enfants, mettez-le à leur contact et il comprendra alors la mesure de son erreur. Une belle idée qui véhicule pas mal de jolis messages et le film dégage globalement une bonne humeur agréable, mais ça reste léger. Les personnages sont assez lisses et stéréotypés, Nicholas Hoult est carrément mauvais dans son premier rôle et surtout l’histoire est problématique. Tout est cousu de fils blancs, prévisible à souhait et le personnage de Rachel Weisz arrive bien trop tard et peine à convaincre. Sans aller jusqu’à dire qu’on s’ennuie, il est dommage de constater que le film manque de substance quand l’idée de base est si bonne et que tant de talents sont réunis. On pouvait s’attendre à un petit bijou sur le sens de la vie, mais il faudra se contenter d’une petite comédie sympathique sans grande ambition.

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L’Homme qui rétrécit

L’Homme qui rétrécit
1957
Jack Arnold

Dans notre société moderne qui ne cesse de plaindre les droits de la gente féminine, il y a pourtant une forme de pression sociale qui leur est étrangère : la taille. Si une femme belle trouvera un prétendant quelle que soit sa taille (hauteur bien sûr, une naine passe toujours mieux qu’une obèse), pour l’homme c’est tout le contraire. Tant qu’il est grand, même s’il est enrobé ou tout sec, il séduira plus facilement qu’un homme de petite taille, même si ce dernier est plus musclé et plus beau. Plus qu’un signe de virilité, c’est la nature même de l’homme qui est défini par sa taille.

Dans ce contexte où un petit homme n’en est pas vraiment un, Scott Carey (Grant Williams) va vivre une descente aux enfers terrible. Exposé à un nuage radioactif lors d’une virée en mer (encore un coup de Chirac ?), il va commencer à subir quelques modifications physiques quelques mois plus tard. Beau mâle de 1m83 au sommet de sa forme, six mois plus tard il avait perdu cinq kilos et trois centimètres. Rien d’alarmant à première vue, mais le phénomène va s’accélérer, rétrécissant à vue d’œil d’un jour à l’autre…

C’est fou ça, un nuage radioactif et pouf, ça peut vous donner de supers-pouvoirs. Comment ça rétrécir n’est pas un super-pouvoir ? Ah bah si, demandez à Ant-Man ! Symptomatique de son époque, le prétexte pour faire rétrécir le héros est donc assez bidon. La question n’est alors plus si l’histoire est réaliste mais si elle est intéressante. Comment les gens vont réagir, notamment le principal concerné, et jusqu’où va-t-il rétrécir ? La première partie, bien que reposant sur des bases invraisemblables, se laisse suivre sans mal, d’autant que les personnages principaux sont assez charismatiques. Le spectateur, sachant d’emblée que le rétrécissement est effectif, se positionne de lui-même comme omniscient et s’amusera de la bêtise première des médecins et scientifiques. Un peu potache, le film est par moments sympathique, nous perdant déjà plus dans les moments plus solennels. Sans trop en dévoiler, la seconde partie se la joue pas mal Jules Vernes, mais sans en avoir le panache. Pour l’époque les effets sont globalement bluffants, mais il n’empêche que le film n’aura pas su au final traiter de façon intéressante son sujet, perdant le côté humain à l’image de la fille du cirque qu’on ne reverra jamais. En basculant dans le grand spectacle, le film y sacrifie son caractère humain et son réalisme, n’arrivant plus à gérer les rapports de taille-force et insultant l’intelligence et l’odorat des chats. Visuellement le film propose des concepts jamais vus à l’époque et c’est assurément révolutionnaire, mais le reste pèche indéniablement et je ne suis pas sûr que l’intérêt soit encore là.

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Le Redoutable

Le Redoutable
2017
Michel Hazanavicius

Il y en a qui tendent vraiment le bâton pour se faire battre. Après avoir reçu rien de moins que l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film, Michel Hazanavicius avait sorti en grandes pompes The Search, un film sur les massacres en Tchétchénie qui fut l’un des plus gros fours de l’histoire avec moins du dixième du budget d’amorti. Un sujet dont tout le monde se fout royalement visiblement, et l’homme n’a pas su changer la donne. Qu’a t-il trouvé comme sujet populaire pour se refaire une santé et faire oublier que les recettes totales de son dernier film furent la moitié de son propre salaire ? Eh bien le voilà nous montrant à quel point Jean-Luc Godard est et a été un connard fini. Verdict ? Tout juste cent mille entrées, soit encore une fois moins du dixième du budget brut d’amorti et même pas la moitié du salaire du réalisateur seul d’amorti (sans compter le cachet de sa femme Bérénice Bejo qu’il met dans tous ses films).

Adapté du roman de Anne Wiazemsky (Stacy Martin), épouse de Jean-Luc Godard (Louis Garrel), le film parle donc de leur histoire, qui a prit place à l’occasion de leur film La Chinoise, échec critique et publique. Dans un contexte de cinéma figé qui ennui de plus en plus les gens et où la rue gronde à la veille de mai 1968, le film revient ainsi sur un amour délicat entre une jeune actrice qui aimerait s’épanouir et un vieux Godard dépassé et aigri qui aimerait voir le monde brûler, n’hésitant pas lui-même à mettre le feu.

Coupable de la pire chose qui soit jamais arrivée au cinéma française, la nouvelle vague, Godard avait visiblement bien plus à se reprocher. Bobo bourgeois aveuglé par son petit confort personnel, il était pourtant le premier à créer cette vague de haine de 1968 où la citoyenneté est morte dans les pavés arrachés pour fracasser du policier et détériorer les biens d’autrui, qui de leur côté ont riposter avec une démesure amenant à toujours plus violence. Très vite, on en vient à se questionner sur l’intérêt d’un tel projet tant Godard n’a aucun charisme entre sa laideur, son cheveu sur la langue, mais surtout son antipathie à toutes épreuves, rabaissant continuellement tout le monde et crachant à la figure de ceux qui ont la folie d’avoir un avis différent. Le seul moment où on a envie de l’écouter est lorsqu’il compare les juifs d’aujourd’hui aux nazis d’hier, faisant le parallèle entre les massacres des soldats SS et les attaques actuelles sur la Palestine. Mais le vrai problème du film nous vient surtout de sa conception, se foutant ouvertement de notre gueule. À un moment, les personnages dans le film parlent des dérives du cinéma sur la gratuité des scènes de sexe, tout en étant eux-même complètement gratuitement à poil lors de ce passage. De même, à plusieurs moment des gens dans le film interpellent Godard sur le caractère chiant de ses dernières productions, et le film est à son tour sacrément chiant entre un rythme atroce et l’absence d’évolution des protagonistes. La démarche est visiblement satyrique, parodique, mais le sujet était tout simplement mauvais, surtout de cette manière. Ni le sujet ni les personnages n’arrivent à créer un autre sentiment que l’ennui ou le dégoût, et mise à part mettre en lumière le caractère abjecte d’un des réalisateurs les plus surcoté du cinéma, je ne vois pas à quoi bon.

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Borg/McEnroe

Borg/McEnroe
2017
Janus Metz Pedersen

Alors déjà que ce qu’il s’est passé l’année dernière dans le milieu sportif en général, c’est beaucoup trop loin et j’en ai pas grand chose à carrer, mais alors du tennis d’il y a presque 40 ans, il aurait pu y avoir le meurtre du meilleur joueur de tous les temps en plein match que je n’en saurais absolument rien. Bref, les conditions étaient optimales pour se pencher sur une rivalité apparemment mythique puisque je peux ainsi juger le film sans avoir à l’analyser comme une adaptation d’histoire vraie et pouvant garder une part d’inconnu sur le destin de chacun.

Le film se concentre sur un événement majeur dans l’histoire du tennis : le tournois de Wimbledon de 1980 où le suédois Björn Borg (Sverrir Gudnason), numéro un mondial, concourait pour son cinquième titre d’affilé à seulement 26 ans (38 pour l’acteur), tandis qu’en face se dressait un autre prodige en pleine percée, l’américain numéro deux mondial John McEnroe (Shia LaBeouf), de cinq ans son cadet (soit 21 ans, et 30 pour l’acteur).

Quand on s’attaque à ce genre de film, la peur principale qu’on pourrait avoir serait qu’il ne s’adresse qu’aux fans, passant trop vite sur certains événements de peur d’ennuyer le spectateur aguerri mais délaissant les néophytes. Eh bien rassurez-vous d’emblée, même si j’ai été déçu de constater que le développement se concentrait à 80% sur Borg contre seulement 20% pour McEnroe, je ne me suis jamais senti perdu, comprenant bien qui sont les protagonistes (incluant Stellan Skarsgard en manager de Borg), d’où ils viennent et quelles sont leurs motivations. Plus que d’immenses sportifs ayant chacun marqué à sa manière le sport, leurs parcours atypiques sont passionnants et on voit l’intérêt de raconter leurs histoires et en quoi le tournois de Wimbledon de 1980 fut à ce point décisif et historique. Les acteurs, bien que largement trop vieux pour leurs rôles, sont à la fois ressemblants (d’après les images d’époques montrées à la fin) et bien interprétés, retranscrivant cette pression colossale, la rage intérieure et le dépassement de soi. D’un point de vue cinématographique, le film est aussi très réussi, composant avec une narration non linéaire, une réalisation intimiste quand c’est nécessaire et un montage très dynamique qui nous fait oublier les interminables heures que durent un match à ce point disputé. On se sent happé par cet événement sur-médiatisé qui dépasse de loin les deux pauvres joueurs, on se passionne pour l’histoire et les personnages et le film est très bien fait en terme de mise en scène et de montage.

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Le Sens de la fête

Le Sens de la fête
2017
Eric Toledano, Olivier Nakache

Je ne comprend pas. Je n’ai pas compris avant et je ne comprend pas après. Affichant certes un casting sympa, étant réalisé par un tandem qui compte plus de succès que de bons films et étant sorti durant la période propice des vacances de la Toussaint, le film n’allait à priori pas bider, mais personnellement la bande-annonce m’avait dissuadé plus qu’autre chose, enchaînant des gags faciles et déjà vus. Et puis paf, après trois abusifs millions d’entrées, la surprise du chef : une avalanche des nominations aux Césars (neuf, dont meilleur film). Heureusement, le film n’a rien reçu, mais rien que d’être nominé était une blague de mauvais goût.

Après l’organisation de colonies, place maintenant aux mariages. Gérant d’une société événementielle sur l’ancienne union sacrée, Max (Jean-Pierre Bacri) a la fâcheuse tendance à vouloir faire plaisir à autrui, ce qui inclus prendre une assistante qui insulte tout le monde, embaucher son épave de beau-frère, accepter un chanteur remplaçant (Gilles Lellouche) à la carrière inexistante ou encore un photographe (Jean-Paul Rouve) si désagréable que plus personne d’autre ne veut travailler avec lui. Une équipe de bras cassés (incluant William Lebghil et Alban Ivanov) à laquelle se rajoute un marié (Benjamin Lavernhe) qui veut mettre son grain de sel de partout. Le désastre était annoncé.

Quand on dresse un tableau où aucun membre ne va, impossible de feindre la surprise quand ça dérape. La question n’était donc plus si, mais quand, comment et à quel point. Et malheureusement, les réponses sont toutes décevantes : cela se passe de la manière la plus prévisible possible et le délire n’est pas exploité du tout, brossant à la surface en faisant simplement ce à quoi on s’attendait. Qui dit attente dit envie, donc d’un certain point de vue c’est une bonne chose, mais les gags sont très éculés et on s’ennui au bout d’un moment à force d’avoir constamment raison sur ses pronostiques. Être bousculé à l’occasion a du bon, mais ça n’arrivera tout simplement pas. Le film traîne sur la longueur, fait parfois de l’exposition d’esbroufe (le coup des bougies) et n’essaye même pas de nous surprendre. Le casting n’est pas si fort, chacun nous refourguant sa sauce habituelle, et même si on a plaisir à les voir ça reste convenu. Le cadre du mariage n’est pas neuf, l’humour est facile et le rythme est en dents de scie. Une comédie qui fait le taf, mais sans inspiration ni fulgurances.

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Jim la Houlette

Jim la Houlette
1935
André Berthomieu

Ah qu’est-ce qu’on ne fera pas pour séduire une femme ? Nègre de l’écrivain Brotonneau, Moluchet (Fernandel) s’est entiché de la femme de son patron pour qui il laisse de petites notes poétiques chaque jour. Un amour « caché », bien que quand on est le seul autre homme du secteur il est assez inconcevable de ne pas faire le rapprochement, mais un jour l’occasion de briller à ses yeux va s’offrir à lui. À force de sortir inlassablement les mêmes romans à l’eau de rose, les ventes de Brotonneau se sont effondrées et son agent va avoir une idée pour se faire de la pub : et si le célèbre cambrioleur « Jim la Houlette » dérobait le manuscrit de son prochain roman ? Moluchet va donc se faire passer pour le plus médiatisé des gangsters, mais les choses vont mal tourner.

Amis de la finesse, bonsoir et au revoir. Digne de figurer au théâtre, cette histoire rocambolesque ne fais ni dans la demie-mesure ni dans la sur-intellectualisation : on va au plus simple, au plus direct, et on hésite pas à en faire des caisses pour que le spectateur le plus débile comprenne tout immédiatement et sache où le film veut aller. Le mystère entourant Jim la Houlette se dissipera dans la seconde où son personnage (encore anonyme) fera son entrée et entre la maladresse de l’un et les fantasmes d’une autre, la suite sera limpide. Une prévisibilité assez énorme, mais le film reste pas mal divertissant et efficace entre les situations cocasses et les personnages hauts en couleur. Pour passer le temps donc.

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Bright

Bright
2017
David Ayer

Après avoir tué le game des séries, le géant de la vidéo-à-la-demande Netflix s’est attaqué au cinéma, pour l’instant sans avoir le même impact. Sorti en décembre dernier, ce film était leur grand test, leur ultime blockbuster : une énorme production télévisuelle à 90 M$ avec un Yes Man populaire derrière la caméra et son lot de vedettes devant. Si le démarrage de 11 millions de vues en trois jours fut correct, le total trois mois plus tard est déjà plus alarmant avec tout juste 20 millions. Il est vrai que le bouche-à-oreille fut sévère, mais il était encore loin du compte.

Mélange de film policier classique, de SF d’anticipation avec des histoires de prophétie, le tout dans un univers d’héroïque-fantaisie où se côtoient humains, orques, elfes et fées,  le film suit un duo de flics de Los Angeles, un humain, Daryl Ward (Will Smith), et le seul orque recruté dans les forces de l’ordre, Nick Jakoby (Joel Edgerton). Alertés par des comportements bizarres puis pris dans des tirs de feu, ils vont tomber sur un lieu de culte et surtout sur l’objet de toutes les convoitises capable de réaliser tout ses vœux : une baguette magique. Entre la cupidité de leurs collègues et une ville entière prête à tuer père et mère pour mettre la main dessus, Ward et Jakoby vont se retrouver seuls à devoir gérer la situation.

Il ne faudra pas plus de deux minutes pour savoir que l’intégralité des idées du film sont mauvaises. Avoir un film contemporain réaliste parlant de créatures magiques aussi implantées dans l’imaginaire collectif que les elfes ou les orques, non seulement ça dénote mais le film n’en fait rien. Les elfes deviennent simplement la caste évoluée et riche, que d’aucuns feraient immédiatement le parallèle avec les juifs, tandis que les orques sont la racaille pauvre, autrement dit les noirs et les arabes pour là encore faire un raccourci raciste, mais croyez-moi c’est clairement le ressenti qu’on a devant le film. Des parallèles malaisants et qui ne servent pas à grand chose, si ce n’est introduire de manière très maladroite et superficielle des créatures et de la magie en puisant dans l’imaginaire collectif plutôt que de tenter de recréer quelque chose d’original. Quand un film aussi sombre et qui se prend autant au sérieux vous parle de prophétie, baguette magique et bright, c’est absolument ridicule. D’ailleurs, le fameux coup du Bright d’où nous vient le titre est la désignation des élus capables de se servir des baguettes magiques, autrement une personne lambda la touchant meurt instantanément. Là aussi, l’univers jure carrément avec l’ambiance du film. Le coup des races est donc une excuse pour parler de notre société et de ces dérives, mais le problème c’est que même le héros est un connard bourré de préjugés racistes, et il n’évoluera pratiquement pas. Même à la fin, son duo de flic ne marche toujours pas, d’autant qu’une pseudo révélation – qu’on attendait depuis le début avec le type dans la voiture – vient déséquilibrer de façon dantesque le rapport de force.

L’écriture du film est donc très mauvaise, nous racontant une banale histoire de flics qui tentent une extradition en milieu hostile, les personnages n’ont aucune consistance et ont une logique invraisemblable, notamment la fille elfe qu’ils se trimbalent. Elle a constamment la baguette à portée de main et ne fait pas confiance aux flics, et pourtant elle restera bien sagement à leurs côtés en attendant une épiphanie de mes couilles. Pareillement, le personnage de Kandomere (Edgar Ramirez) n’est là que pour teaser on ne sait trop quoi (enfin dès le début le projet était annoncé comme une trilogie, mais c’est pas une raison pour nous refourguer un personnage énigmatique juste pour la frime) ; on a Jay Hernandez qui cachetonne comme un gros mac ; et cerise sur le furoncle, la grande vilaine du film, campée par une Noomi Rapace trop « dark », est juste là pour matérialiser la menace des Inferni sans autre recherche scénaristique. Une faiblesse d’écriture lamentable aux ficelles si colossales que le moindre rebondissement est un calvaire de prévisibilité, mais malheureusement le reste est d’une paresse plus affligeante encore. Toutes les deux scènes on nous refourgue de l’action à la pelle en mode bourrage total, mais seulement quand la luminosité est aux fraises et que les mouvements de caméra sont trop brutaux, tout devient absolument illisible. Les maquillages des races sont ignobles et en terme de direction artistique c’est là aussi le désert de l’inspiration, nous balançant des néons bleus de partout. Un mélange des genres qui n’a aucun sens, un spectacle brouillon au possible et un scénario à la rue : le film est un naufrage artistique comme on voit rarement, alors pitié arrêtez les frais et ne lancer pas les suites, c’est un pur gâchis de temps, d’argent et d’énergie.

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L’Odyssée de Charles Lindbergh

L’Odyssée de Charles Lindbergh
1957
Billy Wilder

Figure de l’aviation qu’on a quelque peu oublié depuis le temps, Charles Lindbergh (James Stewart) a marqué l’histoire, et pas qu’un peu. S’il ne sera pas question ici de la grande tragédie du procès du siècle sur un certain incident survenu quelques années après, le film va ici s’intéresser à ses exploits de pilote d’avion dans sa jeunesse.

Tiré de son autobiographie sortie trois ans seulement avant le film, et pour lequel Charles avait reçu le prix Pulitzer, le film revient sur son projet fou dans les années 20 de relier New-York à Paris en avion, exploit aéronautique encore jamais atteint. Jusqu’alors livreur postal par avion, il va entendre parler d’un concours récompensant le premier homme à réussir une traversée de l’Atlantique par les airs. Entre un vol estimé à 40h, le défi était à la fois technique et humain, d’autant que Charles n’avait fait que des vols inter-continentaux, mais plus qu’un challenge c’était pour lui un rêve.

Quand quelqu’un est passionné, pour peu qu’il soit un bon orateur il en devient passionnant. Si le texte du générique d’introduction est une énorme bêtise tant il tue le suspense pour ceux qui ont la mémoire qui flanche quand l’action se déroule 91 ans plus tôt, autrement la mission du film est une franche réussite. Pour nous faire aimer son histoire, le film nous raconte d’où il vient, comment est née sa propre passion, mais surtout comment il a monté un tel projet. Eh oui, un avion ça coûte cher, c’est technique, donc il faut trouver des financements, des ingénieurs qualifiés, replaçant ainsi les choses dans leur contexte et montrant que ne serait-ce que tout mettre sur pied était déjà un sacré exploit. Et plus le film rentre dans les détails, nous montrant le création même d’un avion pièce par pièce, plus tout cela devient vrai, palpable. Non seulement cet avion est une réplique impressionnante du Spirit of Saint Louis, mais il vole vraiment, il existe. En impliquant le spectateur au plus près, le film nous permet de vivre pleinement cette formidable aventure avec un réalisme dingue. Si le doute sur certains fonds verts nous assaille par moments, visuellement le film est magnifique, l’histoire palpitante et Charles Lindbergh s’est trouvé une pointure pour le camper avec brio. Que vous aimiez ou non l’aviation, face à un charisme si grand et une histoire si minutieusement retranscrite, on prend simplement une grande leçon de cinéma.

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