Conspiracy

Conspiracy
2017
Michael Apted

Pendant que certains films comme celui sur les Emoji explosent des records de diffusion (nombre de salles) tout en affichant des retours historiquement dégueulasse (pour garder le même exemple, on parle de 12/100 sur Metacritic et à peine 2/10 sur IMDb, c’est dire), il y en a d’autres qui figuraient pourtant au sommet de la black-list des meilleurs scénarios, et qui malgré un casting de dingue se retrouvent pour ainsi dire privé de sortie. Pour une fois qu’on tient un thriller politique épineux de cette qualité, il est dommage que le public soit massivement passé à côté.

Suite à une ancienne mission qui s’était passablement mal finie, l’ex interrogatrice de la CIA Alice Racine (Noomi Rapace) avait quitté ses fonctions sur le terrain, travaillant désormais sous couverture en tant que conseillère en réinsertion dans un quartier sensible de Londres, espérant y glaner à l’occasion quelques indices sur de possibles attaques terroristes pour le compte du MI6 (Toni Collette). Ayant mit la main sur un dangereux djihadiste et ne disposant pas d’interrogateur sous le coude, la CIA (John Malkovich) va à nouveau faire appel à Alice, mais c’était trop tard : elle était déjà entrain d’interroger ledit suspect soit-disant pour leur compte. Au cœur d’une machination, Alice va devoir découvrir ce qui se trame.

À se faire bourrer le moud à tous les journaux télévisés avec la menace terroriste, enchaînant les faits sordides avec un sens du spectacle putassier, on peine à s’enthousiasmer quand le cinéma en rajoute une couche. Seulement voilà, le film innove en y additionnant une suspicion de complot gouvernementale où les terroristes ne sont que le bras armée d’une menace tapie dans l’ombre de ceux censés les combattre. La situation de base est originale, le concept assez poussé et le fait que le spectateur lui-même fasse sa propre enquête de son côté pour élucider d’où vient la traîtrise nous immerge directement dans le film, d’autant que la sympathie des personnages nous est acquise d’emblée quand on met devant la caméra un tel casting, comprenant en plus Michael Douglas et Orlando Bloom. L’introduction des personnages est systématiquement un modèle de simplicité et d’efficacité, ne s’attardant jamais plus que de raison au profit d’un scénario très bien ficelé qui gère quasi parfaitement tous ses effets de surprise. Seul l’un d’eux m’a sauté aux yeux tandis qu’une autre potentialité s’est effectivement concrétisée, mais la mise en scène avait fait très fort. Peu de scènes d’action mais le rythme effréné nous ferait presque penser le contraire, prouvant une fois de plus la solidité de l’œuvre. Ecriture de qualité, casting au top et dynamisme à toute épreuve.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

L’Expérience interdite

L’Expérience interdite
1991
Joel Schumacher

Contrairement à ce que disent certains pseudo journalistes et autre stagiaires à la con d’allociné, ça n’est pas un remake de ce film qui s’apprête à débarquer au cinéma mais bien une suite 26 ans après l’original. Le film sortant aujourd’hui même aux Etats-Unis, je souhaitais me replonger dans les origines, mais il faudra attendre deux mois de plus pour voir de nouveaux jeunes étudiants retenter l’expérience, probablement sous le regard avisé de l’investigateur.

Plus que la peur de la mort elle-même, c’est la peur l’inconnue qui nous paralyse le soir quand l’obscurité gagne nos maisons et que les ténèbres se répandent. Certains se raccrochent aux religions pour alléger ce fardeau, mais nous attendons tous la preuve véritable de l’au-delà qui nous libérerait de nos plus grandes angoisses. Avec toutes les histoires sur les NDE (Near Death Experience, c’est-à-dire expérience de mort imminente en français), un étudiant en médecine (Kiefer Sutherland) va tenter de se donner lui-même la mort sur une courte période à titre expérimental, accompagné par ces amis et collègues (Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt) prêts à le ramener à la vie.

Sujet hautement sensible que la mort. La définition elle-même pose problème, la mort clinique n’étant pas irréversible ni forcément effective. Quelqu’un peut être déclaré mort si son électrocardiogramme est plat, de même que si ses fonctions respiratoires ne sont plus actives ou que l’encéphalogramme (activité du cerveau) est plat. Autrement dit, certaines parties du corps peuvent être « éveillées » après la mort, notamment le cerveau. Le voyage astral est une réalité : on peut voir au delà de son enveloppe charnelle et nos sens eux-mêmes sont clairement sous-développés. De là à dire que les NDE et autres phénomènes similaires sont liés à des capacités cognitives non établies, il n’y a qu’un pas que nous sommes nombreux à franchir, faisant du sujet-même du film une vaste supercherie. Mais soit, tâchons de ne pas en tenir rigueur.

Derrière les notions de paradis et enfer, le film apporte un questionnement intéressant en soulevant le thème du purgatoire projeté dans la vie réelle. Après être revenus d’une telle expérience, les cobayes vont se retrouver confrontés à leurs hantises passées et l’angle de développement est louable. Ça reste un traitement très superficiel et on pourrait pousser le concept bien plus loin, mais le simple fait de soulever des questions de la sorte rend le film intéressant. Niveau réalisation on est sur une production des années 90, et même pour l’époque le film a assez mal vieilli, mais heureusement le prestigieux casting rattrape un peu le coup, assurant une certaine intemporalité à l’œuvre. L’idée d’une suite n’est en revanche pas mauvaise du tout tant le concept n’en était qu’à ses prémices, en espérant que la nouvelle expérience soit plus ambitieuse.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Seven Sisters

Seven Sisters
2017
Tommy Wirkola

Si les ventes de dématérialisé représentent une part du marché un peu plus importante qu’avant, le plus gros des recettes d’un film se fait toujours lors de la sortie en salle. Avec Netflix, le passage par la case cinéma ne pouvait plus se faire à cause de notre chronologie des médias, et même dans les pays où une sortie simultanée entre le service de vidéo à la demande et les salles obscures serait possible, cela ne se fait que de façon marginale. Pour cette production de science-fiction, thème pas forcément très porteur, d’autant plus sans acteurs bankables, la sortie française semblait ne pas pouvoir peser bien lourd, mais ce fut pourtant l’un des plus gros succès de cette fin d’été avec près d’un million et demi d’entrées. Un engouement pour une fois assez mérité.

Le film se déroule dans un futur assez proche proche où la surpopulation a atteint un niveau tout simplement ingérable. La création de champs agricoles enrichis n’a pas suffit à stopper la famine, et pire encore, les modifications génétiques sur les aliments ont conduit à la prolifération des naissances multiples, le taux de jumeau, triplets, quadruplets voir plus ayant explosé. Pour endiguer le problème, l’entreprise de Nicolette Cayman (Glenn Close) a trouvé une solution temporaire : cryogéniser les enfants à la naissance pour n’en garder qu’un, l’enfant unique. Incapable de se séparer de ses sept filles, une jeune mère va confier à son père (Willem Dafoe) la charge de les élever et de les cacher, les Siblings (nom donné aux enfants non autorisés) étant traqués et arrêtés. Officieusement baptisées chacune comme un jour de la semaine, en dehors de leur foyer elles revêtiront toutes la même apparence, celle de Karen Settman (Noomi Rapace), sortant chacune le jour de leur prénom. Un système infaillible durant trente ans, mais un beau jour Lundi va disparaître. Mais que lui est-elle arrivé ?

Si l’univers dystopique décrit est assez classique – et pour cause, il pose des questions essentielles sur notre futur et les thèmes les plus importants sont souvent les plus récurrents – le concept du film est quant à lui bien plus original et aguicheur. Une seule actrice, une seule identité mais sept personnes réelles avec chacune une particularité physique mais surtout morale. D’un simple coup d’œil on peut identifier la personnalité de chacune, abusant pour ça de quelques clichés entre la lesbienne refoulée, la nympho, la sportive ou l’intello geek, mais le talent de l’actrice est si grand qu’on lui accorde d’emblée toute notre crédibilité. La prouesse technique est aussi pour beaucoup dans l’immersion, arrivant à créer jusqu’à sept clones sur certains plans, une illusion indiscernable. Le principe n’est d’ailleurs pas que poudre aux yeux, l’écriture des personnages est très poussée et le concept encore plus, nous réservant de « belles » surprises. L’histoire est dans sa globalité bien plus prévisible, mais il n’empêche que le film ménage particulièrement bien ses effets en misant sur une violence physique et morale très déstabilisante. Mieux encore, le film est pêchu, très beau visuellement avec quelques plans mémorables, et l’ambiance futuriste est pleinement maîtrisée. De l’excellent travail, même si on aurait aimé un scénario un peu plus complexe sur le fond et moins sur la forme, de même que l’extrême violence en rebutera plus d’un. On est même au dessus du traumatisme de l’épisode 8 de la saison 4 de Game Of Thrones pour ceux qui se demandent.



Disponible aussi en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=QhaaTSpIF8M

Publié dans Cinéma, Critiques, Vidéo | Laisser un commentaire

On voulait tout casser

On voulait tout casser
2015
Philippe Guillard

Il y a des films sur lesquels on ne ressent pas le besoin de s’attarder, celui-ci en fait partie. Sorti il y a deux ans dans l’indifférence générale, le film est un énième film de potes (avec parmi eux Kad Merad, Benoît Magimel et Charles Berling) avec pour la centuple fois un homme condamné à mort qui le cache à ses proches, en l’occurrence Kad. Il apprend qu’il a un cancer, qu’il ne lui reste que quelques mois, il fait croire que tout va bien parce que tout le monde a une vie de merde et que presque tous, lui compris, ont des problèmes de couple et ont déjà divorcé. Mais bien sûr, le papier à la con qu’il a dans sa veste va tomber dans les mains de quelqu’un, ils vont prendre conscience de patati patata, remise en question de la vie, dramaturgie et compagnie et que c’est beau l’amitié. Originalité zéro, suspense négatif.

En France nous avons un don ahurissant pour faire chier le public en lui racontant une vie ordinaire et morose. À quoi bon raconter une histoire si elle n’est ni drôle, ni émouvante, ni intéressante, ni divertissante, ni éducative ? On en retire aucune leçon de vie ou de cinéma, les acteurs étant assez inconsistants, voir mauvais pour les moins connus que je n’ai même pas prit la peine de nommer. Eh puis franchement, on repassera niveau crédibilité de la bande, très loin de pouvoir prétendre être une bande de copains d’enfance puisque 16 ans séparent l’aîné du benjamin. C’est plat, les gags sont lourds et l’écriture est brouillonne, pour ne pas dire bordélique tant on oublie presque tous les enjeux principaux durant une bonne partie du film. Ça n’est pas non plus un calvaire total, mais autant passer son chemin.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Procès du siècle

Le Procès du siècle
2017
Mick Jackson

Nominé aux Bafta dans la catégorie meilleur film de l’année et parlant de procès, que demander de plus ? Même pas besoin de savoir de quoi ça parlait, qui était impliqué dans le projet, j’avais déjà signé. Seulement dès la première scène, j’étais à la fois happé et angoissé : ce film parle de l’existence de l’Holocauste (massacre des juifs durant la Seconde Guerre Mondiale pour ceux qui se demandent). On part d’une question simple, à savoir « peut-on prouver que l’Holocauste a réellement eu lieu ? ». Oh mon dieu oui, le sujet le plus tabou de tous les temps va t-il enfin avoir le droit à un réel débat sur la véracité des supposées preuves ?! Ah bah non, faut pas abuser…

L’histoire se déroula fin des années 90 début 2000 alors que l’historien britannique David Ivring (Timothy Spall) intentait un procès en diffamation contre un professeur d’université américaine, Deborah Lipstadt (Rachel Weisz), qui l’accusait entre autre de négationnisme et racisme dans un ouvrage se moquant de ceux ne croyant pas en l’Holocauste. Si aux Etats-Unis la présomption d’innocence prime, faisant que dans un tel procès cela aurait été à Ivring d’apporter la preuve de la non existence de l’Holocauste, en Grande Bretagne c’est l’exact inverse : ce fut à Lipstadt de « prouver son existence ».

Le film semble très intéressant au début dans la mesure où il avoue que le camp d’Auschwitz n’était pas dans un premier un camp d’extermination, et que les preuves de cette transformation sont pour ainsi dire nulles. Les nazis ayant dynamité les lieux au moment de partir, les preuves sur place ne sont que pures spéculations ou le fruit de tests irrecevables, quant aux preuves aériennes elles restent largement discutables, entrant souvent en contradiction avec les témoignages de l’époque et les plans architecturaux. Entre un nombre de victimes variant de plusieurs millions au fil des décennies en fonction d’accords assez obscures, voir ouvrir un débat sur l’existence de l’Holocauste paraissait être la plus grande révolution de l’histoire en terme de liberté d’expression, nourrissant de réelles interrogations sur les réalités historiques. On était alors très curieux de voir les preuves de chacun, mais le film – apparemment extrêmement fidèle à la réalité en citant mot pour mot les retranscriptions du procès – se montre particulièrement décevant d’un côté comme de l’autre. Du côté de Ivring, son arrogance l’a conduit à sa perte, le faisant se confronter seul face à la fusion de plusieurs cabinets d’avocats (incluant Tom Wilkinson) très puissants et disposants de finances considérables. Déstabilisé pour un rien, son attaque passera rapidement d’impressionnante à ridicule, débordé par une quantité de frasques choquantes faisant passer papy Le Pen pour un bon samaritain. Quant au monstre juridique faisant travailler la moitié des avocats de Londres, il n’apportera à aucun moment la preuve de l’existence de l’Holocauste, basant l’intégralité de leur défense sur la nature douteuse des travaux de Ivring. On espérait un procès au sommet, preuves contre preuves, mais ça n’est en réalité que débâcle contre déballage de frasques. Les acteurs sont assez bons et le film se dote d’une patte visuelle volontairement désuète pour nous plonger dans l’ambiance de l’époque, montrant un vrai travail artistique derrière entre la réalisation quasi télévisuelle et l’étalonnage plus fade et granuleux, mais ça ne saurait rattraper l’inconsistance monstrueuse du scénario. Veine tentative de faire croire à une quelconque importance historique.



PS : à force de refuser d’examiner les potentielles les contres-preuves et de fermer la porte à tout débat sans jamais fournir la moindre preuve de l’Holocauste, on en viendrait presque à douter de la version officielle. Comme dirait le juge, on ne peut qu’être choqué par l’absence totale de preuves.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Ça

Ça
2017
Andy Muschietti

Voilà un film qui ne m’attirait pas spécialement, contrairement à l’écrasante majorité des gens. Alors que j’avais esquivé le pavé de plus de mille page de Stephen King, subit le téléfilm des années 90 qui était pour moi un nanar indigne comprenant la mort la plus risible de l’historie du cinéma, les gens attendaient quant à eux avec un intérêt colossal cette réadaptation du roman, la bande-annonce ayant pulvérisé le record du plus grand nombre de vues en 24h. Et depuis sa sortie, le film ne cesse de faire tomber les records : meilleur démarrage de tous les temps pour un film d’horreur et meilleur démarrage pour un mois de septembre avec dans les deux cas plus du double du précédent record, et en seulement 14 jours d’exploitation le statut de plus gros succès de tous les temps détenu depuis plus de 40 ans par L’Exorciste vient de tomber. Plus de 400 M$ en deux semaines, c’est tout simplement du jamais vu pour le genre, et même en terme de surnaturel le record de 673 M$ du Sixième Sens doit compter ses jours avant la chute. Un engouement gigantesque que personne n’avait vu venir aussi haut, non sans rappeler les élans nostalgiques ahurissants de Star Wars VII, Jurassic World ou encore La Belle et la Bête.

Prenant place dans la ville de Berry dans les années 80 (contre 50 dans le téléfilm et le livre), le film retrace les mésaventures de sept jeunes de 13 ans : Bill (Jaeden Lieberher), Richie (Finn Wolfhard), Eddie (Jack Dylan Grazer), Ben (Jeremy Ray Taylor), Stanley (Wyatt Oleff), Mike (Chosen Jacobs) et Beverly (Sophia Lillis). Chacun rejeté de la société à leur manière, ils vont se retrouver en proie à la même menace : un clown (Bill Skarsgard) terrifiant s’amuse à faire peur aux enfants de la ville, et certains disparaissent même. En plus de pouvoir matérialiser les peurs de ses victimes, il se nourri de leur chair !

Alors que tout le monde attend fébrilement la seconde saison de l’exceptionnelle série Stranger Things, croisement miraculeux entre Les Goonies et Silent Hill, la formule visant à mélanger nostalgie, enfants et horreur refait surface avec une réadaptation d’un classique de la littérature qui a imposé dans l’imaginaire collectif l’image du clown terrifiant, bien que limiter le monstre de Ça à cette simple image serait erroné. Oui, c’est son apparence « basique », mais il est capable de revêtir n’importe quelle apparence imaginable. Une potentialité déjà bien mieux exploitée que dans le téléfilm, mais on a du mal à comprendre le choix de le faire apparaître systématiquement à un moment donné sous sa forme clown. Ou en fait si : c’est bien plus facile pour créer la connexion entre les enfants, tous pouvant dire « moi aussi j’ai vu le clown ». Une facilité scénaristique dommageable, de même que le raccourci ultra violent avec « le père ne voit pas le sang donc tous les adultes sont incapables de voir les manifestations, donc même pas la peine d’essayer de leur en parler ». Ah c’est sûr, ça évite de devoir trouver une bonne explication à « pourquoi les enfants se lancent-ils seuls contre un monstre pareil ? », mais du coup on reste continuellement là à se dire qu’ils sont des abrutis finis de ne même pas avoir essayé de prévenir quelqu’un qui serait mieux armé pour lutter contre une menace pareille. Enfin bon, la menace reste bien gentille dans la mesure où ses premières visites auraient pu faire mouche directement, prévenant de la menace avant de faire quoi que ce soit. Oui bonjour, c’est pour un meurtre, je ne dérange pas j’espère ? On reste globalement très dubitatif face à l’histoire, pas très originale ni crédible, abusant de stéréotypes, de clichés, d’hasards bien pratiques et de raccourcis honteux. On peut le dire, c’est assez mal écrit.

Heureusement, le reste des aspects du films sont pour la plupart bien plus convaincants. Commençons déjà par le point le plus réjouissant : le casting. Aucun mauvais acteur à signaler, les enfants sont tous très bons – étrangement le héros de Stranger Things est le moins bon du lot, c’est dire – notamment la jeune interprète de Beverly, absolument impeccable du début à la fin et la suite de sa carrière sera à suivre de très très près. Je prend les paris, elle recevra un Oscars dans les dix à venir. De fait on s’attache d’emblée aux personnages, surtout Beverly et Bill qui sont les plus importants, nous permettant de rentrer directement dans l’histoire, aussi peu crédible soit-elle. Si la mise en scène est convenue voir carrément contre-productive tant elle tue toute forme en suspense, la réalisation est très réussie, offrant une belle lisibilité à l’action et nous offrant quelques plans mémorables comme la désarticulation, la danse ou encore les corps flottants. Les panoramas sont magnifiques et certains mouvements de caméra sont superbes, comme toute l’introduction avec le bateau. Visuellement ça a de la gueule, le casting est au top et l’ambiance prend très bien, assurant un certain divertissement, mais difficile de s’enthousiasmer outre mesure face une écriture si faible et un frisson à ce point absent. Certes, le film avait de belles idées disséminées et il ose une forme rare de violence, tant physique que morale avec les parallèles sur les vrais monstres humains, mais c’est bien trop peu pour prétendre révolutionner le genre ou ne serait-ce que se poser comme une référence. Attendons le second chapitre pour être tout à fait définitif, mais c’est pour l’instant un peu trop creux.



Disponible aussi en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=QhaaTSpIF8M

Publié dans Cinéma, Critiques, Vidéo | Laisser un commentaire

Mother!

Mother!
2017
Darren Aronofsky

Si je n’étais pas tombé par hasard sur la bande-annonce du film en août dernier, je n’aurais même pas su que ce nouveau film de Darren Aronofsky allait sortir. Si tous ses films ne sont pas forcément très abordables ou même intéressants (je n’ai pas du tout aimé The Wrestler par exemple), ils n’en restent pas moins originaux et dotés d’une atmosphère sombre et captivante. Cette fois le sujet intriguait, entouré d’un grand mystère, et se payait en plus un casting assez dingue. De quoi espérer beaucoup, mais les premiers résultats en salle sonnent comme une hécatombe et les critiques sont tout simplement assassines.

Parce que j’étais persuadé que le film parlait d’agoraphobie et que l’absence de culture catholique m’a empêché de comprendre le film du premier coup (merci à Durendal d’avoir éclairé mes zones d’ombre, en espérant que le fossoyeur de les films fasse encore mieux), d’autant que le film est tout sauf clair, je vais vous expliquer le film comme il est réellement, donc attention aux spoilers.

Dans le jardin d’Eden bâti avec amour, Mère Nature (Jennifer Lawrence) pensait pouvoir garder Dieu (Javier Bardem) auprès d’elle pour toujours dans leur petit nid douillet, mais cette atmosphère trop calme bridait sa créativité. Il décida alors d’y inviter Adam (Ed Harris) puis Eve (Michelle Pfeiffer), apportant un peu d’animation dans son quotidien, au gram damne de Mère Nature, inquiète face à cette invasion qui ne faisait que commencer. Après l’arrivée de Caïn (Domhnall Gleeson) elle supplia Dieu d’arrêter cette folie et de renvoyer ces étrangers, mais galvanisé par l’adoration des autres il ne su s’en passer.

Après être sorti de la salle, j’étais particulièrement dubitatif. Pendant 1h55 j’étais persuadé que le film parlait d’agoraphobie et que tout n’était que folie imaginative, mais en réalité tout ce qu’on voit à l’écran est bien réel, même la dernière demie-heure complètement dingue et qui semble partir en vrille totale. J’avais senti venir le coup de la métaphore, mais j’avais parié sur le mauvais cheval, n’ayant même pas conscience de celui qui était en course, à savoir la religion. Une fois qu’on a les cartes en main, c’est déjà plus cohérent en terme de symbolique, mais c’est encore plus décevant que ce qu’on pouvait imaginer. Certes, les rapports sont très intéressants et l’image faite des hommes est édifiante, mais on espérer quelque chose de plus imaginatif derrière ce halo mystérieux. La logique se tient avec le principe de boucle, l’âme brisée le cœur se meurt puis s’embrase pour libérer une nouvelle âme, mais le film tue son propre suspense dès la scène d’introduction, bien que le tout dernier plan nous rappelle la fameuse phrase de Jurassic Park : la nature trouve toujours son chemin. Le scénario n’est donc pas extraordinaire, mais ça reste un concept original que de personnifier des divinités et de traiter d’un sujet biblique dans un huis clos. Autre point positif, les acteurs sont très bons, notamment Jennifer Lawrence qui semble mériter un Oscar dans chacun de ses films tant sa présence en impose et que ses performances bluffent. Reste un problème de taille : on se fait chier. En dehors de la branlette intellectuelle visant à nous faire trouver la symbolique d’une culture religieuse qu’on a pas forcément, il ne se passe quasiment rien de tout le film, on sent un suspense qui monte dans le vide et quand enfin il se passe quelque chose c’est tellement gros et mal fait – effets spéciaux à la ramasse – qu’on y croit pas une seconde. Ah c’est bien de vouloir nous faire réfléchir, mais encore faut-il y mettre les formes.



Disponible aussi en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=QhaaTSpIF8M

Publié dans Cinéma, Critiques, Vidéo | Laisser un commentaire

Barry Seal : American Traffic

Barry Seal : American Traffic
2017
Doug Liman

Alors que nous sommes nombreux à attendre une suite annoncée comme révolutionnaire à l’exceptionnel Edge of Tomorrow, le réalisateur Doug Liman retrouve l’acteur principal de ce même film pour l’adaptation d’une histoire vraie assez dingue, celle de Barry Seal (Tom Cruise). Simple pilote d’une compagnie aérienne américaine, jusqu’à la fin des années 70 il se contentait d’arrondir ses fins de mois en revendant illégalement des cigares cubains qu’il faisait passer la douane dans ses vols de ligne. Soucieux du développement des pays de l’Amérique du Sud, la CIA va lui envoyer l’agent Shafer (Domhnall Gleeson) pour négocier : quelques photos aériennes des territoires hostiles communistes en échange de l’abandon des charges contre lui. Un marché honnête, mais pas forcément très lucratif. Heureusement, sa rencontre avec le cartel de Pablo Escobar va changer la donne, faisant de lui le principal passeur de drogue de l’Amérique Centrale. Seulement quand en plus le gouvernement américain va lui demander de fournir des armes et former les opposants locaux, son petit business va peu à peu devenir un empire très dangereux.

Imaginez Lord of War, mais avec plus de drogue, plus de billets et surtout une véracité totale. Oui, un homme seul a réussi à implanter Escobar aux Etats-Unis, berner tous les gouvernements et empocher plus d’argent que l’on ne peut en dépenser dans une vie (surtout quand on manque d’imagination). On sent en plus une véritable montée en puissance, commençant tranquillement avec des repérages puis prenant petit à petit des propensions dantesques avec une flotte d’aviation entière pour acheminer des tonnes de cocaïne. Le héros a une classe folle, sa petite histoire rencontre la grande, ce qui n’est pas sans rajouter un effet sympathique, et son double, triple voir quadruple jeu nous tient en haleine entre les montagnes de fric et le danger du boulot. Mais le film n’est pas qu’un simple divertissement sur le pilote le plus véreux de l’histoire, c’est aussi une formidable leçon sur le système. On y découvre des machinations gouvernementales, mais aussi leur gestion monstrueuse qui n’hésite pas à sacrifier voir lyncher ses propres hommes. Du grain à moudre édifiant, même pour les non-complotistes qui ne chercheront pas à faire le lien avec certains événements plus récents. En revanche, la réalité est parfois décevante et rares sont les histoires à avoir le panache d’un Arrête-moi si tu peux, empêchant le film de prétendre à plus. Du self-made-man de qualité, fun et éducatif, mais qui n’aura pas forcément un grand impact sur le long terme.



Disponible aussi en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=QhaaTSpIF8M

Publié dans Cinéma, Critiques, Vidéo | Laisser un commentaire

Problemos

Problemos
2017
Eric Judor

Titre de gros bof, comédien / réalisateur à l’humour souvent douteux dont le comparse était bien meilleur, sortie en pleine période de gros blockbusters qui tachent : le film était un projet mort-né dont on avait même pas envie d’entendre parler. Et forcément, ce qui devait arriver arriva, le film se planta dans les grandes largeurs avec seulement deux cent mille entrées. Comme quoi, les à priori ça rend con.

Invitée par son ancien professeur de yoga, Jeanne et son mari Victor (Eric Judor) vont se rendre dans un campement de fortune réalisé pour lutter contre la construction d’un parc qui serait dévastateur pour l’environnement. Pour elle, c’est l’occasion de se retrouver au plus près de la nature, et pourquoi pas bousculer un peu son citadin de mari qui regarde d’un air moqueur les militants écologistes et autres gauchiasses. Seulement quand une épidémie va décimer toute l’humanité, ne laissant qu’eux comme rescapés, les plus bas instincts de l’homme vont se révéler, balayant tous les beaux principes égalitaires et humanistes jusqu’alors défendus.

Ce film est brillant, cinglante et réaliste vision de nous-même. Il est de bon ton de se montrer altruiste, de défendre des valeurs aussi primordiales que l’écologie, l’égalité des sexes et des personnes, mais le film n’en a absolument rien à faire, comme l’écrasante majorité des gens d’ailleurs. Dans le fond chacun vie sa vie dans son coin sans pouvoir prétendre impacter quoi que ce soit, et à l’image de l’anti-héros on trouve ridicule toute cette hypocrisie ambiante. Oui, le film ose se moquer des hippies à la con, des femens dont l’exhibitionnisme est une hérésie contre-productive, les faisant juste passer pour des folles. Le film dénonce l’hyper-sexualisation des adolescents, l’abrutissement généralisé, notamment à cause de la télévision et des nouvelles technologies, mais aussi la fausseté des anti-capitalistes qui ne rêvent que de prendre la place des plus aisés qu’ils jalousent profondément. Et toutes ces vérités, le film les dénonce avec un humour particulièrement fin et efficace, montrant que l’homme peut-être aussi violent physiquement que moralement. Extrêmement condensé avec moins de 85 minutes générique compris, le film est aussi un modèle de dynamisme, exploitant son sujet avec une efficacité rare. C’est drôle, c’est pertinent, c’est percutant. Une des meilleures comédies françaises de ces dernières années.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Etats de choc

Etats de choc
2008
Jieho Lee

Casting de fou furieux et concept de multi-narration qui se recoupe, le film avait tout d’un grand succès et fut globalement bien accueilli par le public (3,7 sur allociné et 6,9 sur IMDb) mais déjà bien moins par la presse (37% sur métascore). Il faut dire que le timing n’était pas forcément évident, le film sortant moins de deux ans après le sacre de Collision qui poussait bien plus loin le principe de destins croisés. Mais de là à se manger une gamelle historique à moins de trois millions de dollars dans le monde, ça pique.

Trois vies, trois destins mais un même chemin. On suivra tout d’abord un employé de bureau (Forest Whitaker) qui va prendre de mauvaises décision pour tenter de se sortir de la morosité de son quotidien. S’en suivra un pas si clairvoyant que ça garde-du-corps (Brendan Fraser) qui va découvrir que tout n’est pas forcément joué d’avance, puis enfin un docteur (Kévin Bacon) qui va tenter de remuer ciel et terre pour sauver la seule personne qui compte.

Au premier changement de personnage on reste encore bloqué sur le précédent, se demandant s’il s’agissait d’un rêve ou autre tant la conclusion est surprenante, comme si le film allait s’arrêter en même pas 20 minutes. Un changement de personnage principal déroutant, comme à chaque fois qu’on croise une star qui disparaît la seconde d’après, mais qui en réalité aura une importance dans un arc suivant, voir y sera carrément le protagoniste principal. Les différentes histoires ont toutes leur importance et les enjeux de chacun sont clairement identifiés et intéressants, même si peu de passages marquent vraiment. Grosso modo on suit l’impact des différentes vies (on retrouve parmi elles Julie Delpy, Emile Hirsch ou encore John Cho) sur Sérénité (Sarah Michelle Gellar) dans le milieu mafieux géré par Finger (Andy Garcia), et si la narration n’était pas aussi élaborée, l’histoire n’aurait pas un intérêt dingue. Les passages de la trempe de de l’interview de Jon Bernthal sont rares, le coup du deuxième sac à la fin du second acte induit en erreur, faisant d’abord croire à un problème de temporalité, et on aurait aimé une confirmation franche de Heidi, qui ferait une belle boucle. L’idée reste bien exploitée et les acteurs sont assez bons, surtout celle qui me semble fait Heidi, mais le film aurait mérité une complexité accrue pour convaincre encore plus.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire