L’Heure de la sortie

L’Heure de la sortie
2019
Sébastien Marnier

Une seule bande-annonce m’avait largement suffit : je me devais de voir ce film. Faute de salle le diffusant, il a fallut attendre qu’il soit disponible en support physique pour le voir, et nous y voilà enfin. Film sombre et inquiétant, le film met en avant un certain Pierre (Laurent Lafitte), professeur remplaçant arrivant dans un collège abritant une classe de surdoués. Mais s’ils sont apparemment des prodiges, c’est surtout pour faire peur aux autres qu’ils excellent. Pour Pierre il ne fait aucun doute qu’ils cachent un lourd secret et que leurs petits jeux n’ont rien d’anodin. Quelque chose se trame et seul lui semble s’en inquiéter.

Bienvenu dans une version un peu psychédélique de GTO, où un jeune professeur un peu marginal et atypique va se retrouver plongé dans un établissement sinistre et aux élèves encore moins rassurants. Pour créer un décalage encore plus perturbant, le film prend place peu de temps avant la fin de l’année, l’été a déjà bien commencé, la canicule bat son plein et le cadre se trouve être une paisible campagne où il fait bon vivre et où la classe sociale semble plutôt aisée. Mais ne nous y trompons pas : la première scène donne le ton avec le professeur principal de la fameuse classe qui décide de mettre fin à ses jours en se jetant de la fenêtre du second étage en plein cours, devant des élèves pour la plupart impassibles. Si l’écriture est franchement excellente, on regrettera quelques naïvetés qui dénotent, mais dans l’ensemble l’histoire est intelligente. Là où le film frappe vraiment fort c’est en terme d’ambiance et de mise en scène, sans oublier l’excellent casting comprenant Emmanuelle Bercot et Grégory Montel (exceptionnel, étonnant qu’il ne soit pas plus présent au cinéma), mais les deux qui crèvent le plus l’écran sont Laurent Lafitte, au sommet de sa forme, et la jeune Luàna Bajrami dont la carrière sera à suivre de très près. Un film atypique dans le paysage français, et une telle originalité et efficacité sont à saluer.

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Le Grand Bain

Le Grand Bain
2018
Gilles Lellouche

Après avoir vu la bande-annonce, je m’étais fait la réflexion que le film avait l’air particulièrement inintéressant, d’autant plus de par son sujet, et si j’avais dû parier j’aurais dit que le film allait faire un bide et que personne n’en parlerait jamais. Au final, le film fut acclamé, réunissant quatre millions de spectateurs et glanant des nominations dans quasiment toutes les catégories aux Césars, bien qu’il n’y empocha que celui du meilleur acteur dans un second rôle. Eh bien le moins que l’on puisse dire c’est que l’engouement m’échappe complètement.

La France est un pays de dépressifs, mais contrairement au Japon où l’on garde tout pour soi jusqu’à l’implosion, chez nous on rumine, on se plaint et on se bourre de médocs pour éviter d’avoir des pensées trop noires. Licencié il y a deux ans et depuis complètement amorphe et dépité de la vie, Bertrand (Mathieu Amalric) va trouver une forme de réconfort dans un groupe pour le moins improbable : de la natation synchronisé pour hommes (Guillaume Canet, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade). En les côtoyant, il va comprendre que son malheur est symptomatique de l’état d’esprit ambiant et que cela touche tout le monde. On se rassure comme on peut.

Dans ce film bien trop long, on passe tout d’abord plus d’une heure à exposer les malheurs de chacun, nous montrant bien toute la misère humaine, puis la seconde partie ne consistera pas à se reprendre, mais plutôt à accepter sa condition. Bref, ne cherchez pas à devenir meilleur, apprenez à vous satisfaire du peu que la vie vous concède. Un bilan peu glorieux pour un film qui n’est visiblement pas là pour faire rêver, mais à quoi sert-il au juste ? Le film est un relativement bon tableau de notre société actuelle, mais c’est à peu près tout. On retrouvera pas mal de noms connus au générique comme Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs, Mélanie Doutey, Félix Moati ou encore Jonathan Zaccaï, mais le trop-plein de personnages empêche chacun de briller, et certains sont complètement délaissés, comme celui qui a inexplicablement reçu le César, d’autant qu’un physique pareil avec une telle débâcle capillaire et pilleuse nous arrachera les yeux tout du long. C’est d’ailleurs un problème touchant l’intégralité du casting : tous les acteurs se sont laissés allé dans des propensions dantesques, et la virilité est aux abonnés absents. Cela aurait pu être impressionnant si tout le film avait été tourné dans l’ordre et que durant le mois de tournage un entraînement intense aurait permit à tous de retrouver une silhouette digne de ce nom, mais la cohérence de l’entraînement ne sera pas de la partie, perdant une occasion de donner un peu d’espoir au spectateur en lui montrant que les efforts payent. Mais non, la morosité est une fatalité… Mal équilibré, trop long, rarement drôle et pas assez touchant, le film m’a profondément ennuyé, voir agacé.

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Silent Voice

Silent Voice
2018
Naoko Yamada

Retour au Japon pour de la belle animation 2D comme seuls eux savent le faire, toujours dans la joie et la bonne humeur avec un thème des plus sympathiques : le harcèlement scolaire et le handicape. Très loin du succès retentissant de Your Name, le film a dû se contenter du dixième de ses entrées, mais son succès d’estime fut non moins aussi important, de quoi lui laisser une chance.

Arriver en cours d’année dans une nouvelle école est difficile, être de surcroît sourde et muette aidant encore moins. Petit clown de sa classe de sixième (c’est ce qui est écrit sur la porte, mais ils parlent de primaire), Ishida va trouver drôle de martyriser la petite Nishimiya, très vite rejoint par l’ensemble de sa classe, détruisant psychologiquement et émotionnellement leur camarade handicapée. Semaine après semaine, le phénomène va s’empirer, au point d’obliger Nishimiya à changer d’établissement, et face aux sanctions disciplinaires, la classe se retournera contre Ishida, passant du clown rigolo au monstre persécuteur. Lynché et abandonné, Ishida va alors vouloir se suicider quelques années plus tard, mais il va plutôt décider de devenir un meilleur homme et essayer de réparer tout le mal qu’il a fait.

Ambiance ! Dès la première scène, on découvre un petit con bien décidé à en finir avec la vie, et vue ce qu’on découvre directement après sur la violence physique et morale qu’il a fait subir à une pauvre petite fille aux sens défaillants, on se sent l’âme charitable, près à donner un petit coup de main pour l’aider à escalader la rambarde du pont. On pourra alors faire quelques constats sur la qualité d’écriture du film : la violence scolaire est très bien retranscrite, les personnages font écho à certaines personnes qu’on a pu connaître, et la gestion de la sourde et muette est parfaite, tous ceux qui ont connu quelqu’un souffrant de ce problème seront impressionnés par un tel réalisme. L’idée d’une histoire basée sur la rédemption et l’acceptation de soi est excellente, et en dehors d’une échelle de grandeur des personnages un peu étrange (le héros fait 1m90, son pote de Sim City 1m20 et la plupart des filles 1m40) l’animation est vraiment excellente. Néanmoins, le film a tout de même deux défaut assez pesants : le personnage principal a deux de tension et est incapable de prendre la moindre décision (le phénomène Shinji), et aucun personnage n’arrive à exprimer simplement ses émotions. La romance est digne des plus mauvais feuilletons, et c’est aussi torride qu’un reportage Arte. Comme toujours la fin joue constamment avec nos nerfs, et si elle reste satisfaisante, on pouvait espérer mieux. Un scénario et une animation excellents, mais cette ombre dépressive plane toujours avec son lot de frustrations et de déceptions.

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Your Name

Your Name
2016
Makoto Shinkai

Avec pratiquement 360 millions de dollars dans le monde, le film est tout simplement le plus gros succès de tous les temps pour un film issu de l’animation japonaise, surclassant même à domicile la plupart des films du studio Ghibli avec près de 25 millions d’entrées. Marché qu’on ne savait pas amateur de ce genre de film, c’est aussi en Chine que le film a fait la différence, se plaçant parmi les plus gros succès tout animation confondu avec pas loin de vingt millions d’entrées. Alors pourquoi avoir mit pratiquement trois ans à regarder ce film ? Eh bien qui dit japon dit dépression, pays où le taux de suicide est l’un des plus élevés au monde entre les hommes plus petits que la moyenne, avec une capacité musculaire réduite et une pilosité en berne, donc peu virils, et des femmes aux formes plus timides que dans le reste du monde. Bref, des complexés de la vie dans un pays où la pression sociale est sans pareille et où le pouvoir d’achat est en chute libre depuis plusieurs décennies, et ça se ressent dans leur cinéma, souvent pas très joyeux. Généralement j’en ressort profondément déprimé en me disant « oui c’était beau, mais diantre que c’est déprimant », et bizarrement je ne suis pas fan de ce genre d’émotion.

L’adolescence est une période difficile dans la vie de tout un chacun : on doit se forger sa propre identité dans un cadre où il ne faut pas sortir du moule, un moment brutal où l’on aurait le plus besoin de réconfort mais où l’on a le moins confiance en soi, rendant pratiquement impossible toute romance, et on doit en plus faire face à la pression imminente de l’entrée dans la vie active pour laquelle il faut se battre le plus tôt possible. C’est dans cette période des plus compliquées qu’un phénomène étrange va venir tout bousculer. Mitsuha, lycéenne à la campagne, et Taki, lycéen de Tokyo, vont se réveiller un beau jour dans le corps de l’autre. De temps en temps, ils vont aléatoirement se réveiller à la place de l’autre, découvrant pour elle la ville qu’elle a toujours rêver de voir, et pour lui la beauté de la nature et des anciennes traditions. Deux êtres reliés par le destin.

Que c’est rageant de voir un film passer aussi près du chef d’œuvre ! L’idée de deux personnes qui échangent de corps n’a rien de novateur, si ce n’est que le phénomène est ici aléatoire et non permanent, mais l’exécution est excellente. Mise à part le fait qu’il faut vraiment être débile pour ne pas immédiatement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un rêve, le traitement est plutôt cohérent, et le choix des personnages est parfait. Un garçon de la ville et une fille de la campagne, il ne pouvait pas mieux tomber pour découvrir une vie singulièrement différente, et vu que le côté mystique repose en grande partie sur l’histoire se déroulant à la campagne, on se réjoui de voir une plus grande partie s’axer autour d’elle. Bien sûr, on pourrait toujours dire que les deux échangeurs arrivent trop facilement à faire illusion et que j’aurais personnellement essayé de m’appeler moi-même dès que la possibilité de s’échanger des informations via téléphone se serait présentée, mais globalement jusqu’à la quête avec le verre de saké, le film est quasi parfait. L’animation est magnifique, les décors somptueux, la lumière incroyable. Bref, c’est au niveau des meilleurs Ghibli, l’un des films d’animation les plus beaux qui soit. Vient alors la dernière demi-heure, passablement ratée, jouant avec nos nerfs et nous faisant constamment rager entre une mémoire volatile absurde et un bond temporel à saigner des gencives à force de serrer des dents. Il y avait deux finalités possibles à partir de l’excellent retournement de situation au milieu du film : soit nous faire pleurer en ne changeant strictement rien, soit réussir à faire quelque chose et changer le destin. Le film choisi effectivement de changer le destin, mais en perdant un temps aberrant, saccageant la mémoire et tout ce qui faisait la poésie du récit. Comme pour dire que rien n’est parfait, le film sali sa propre fin et nous refuse la beauté de l’instant. Et sinon, elle va bien la petite sœur dans Le Tombeau des Lucioles ? Psychiatre à Tokyo, il y a de quoi faire fortune…

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Avengers Endgame

Avengers Endgame
2019
Joe Russo, Anthony Russo

Initié il y a 11 ans avec Iron Man, l’univers du MCU arrive au terme d’une époque, clôturant un arc de 22 films avec l’histoire de Thanos (Josh Brolin), annoncé depuis le grand rassemblement des Avengers en 2012. Un événement cinématographique sans pareil puisqu’avant même la sortie du film la franchise avait généré plus de 18 milliards au box-office mondial, soit plus de deux milliards de spectateurs. La première partie de cette conclusion épique avait pulvérisé le précédent record de la saga, Infinity War ayant été le premier film de super-héros atteignant la barre des deux milliards de dollars au box-office, se classant alors – hors inflation – quatrième plus gros succès de tous les temps. Il ne faisait aucun doute que cette toute dernière partie allait encore battre des records, mais le raz de marrée pulvérise à l’heure actuelle même les plus folles prévisions : en seulement deux semaines le film s’est hissé à la deuxième place des plus gros succès de l’histoire, et il sera le tout premier à atteindre le seuil des trois milliards, délogeant ainsi une décennie de règne pour Avatar. Un engouement sans commune mesure, dépassant de loin le cercle d’initié d’amateurs de comics, devenant un phénomène mondial qui marquera à jamais l’histoire du cinéma. Si la collaboration entre Disney et Marvel ne s’arrêtera pas là, de nombreux projets sont déjà annoncés pour les années à venir, c’est tout de même la fin d’une ère, et les enjeux de ce film étaient juste fous.

/!\ Attention spoilers, ne pas lire ces lignes si vous n’avez pas vu le film /!\

La première partie, Infinity War, avait laissé les spectateurs en état de choc : le film s’était achevé sur la défaite des héros, Thanos finissant par mettre la main sur les six pierres de l’infinie, et mettant à exécution son plan, à savoir éliminer la moitié de la population d’un univers surpeuplé. Si certains comme Vision (Paul Bettany), Gamora (Zoe Saldana) ou Loki (Tom Hiddleston) ont été tués, d’autres manquent désormais à l’appel suite au claquement doigt : Docteur Strange (Benedict Cumberbatch), les Gardiens de la Galaxie Chris PrattVin DieselDave Bautista et Pom Klementieff) à l’exception de Rocket (Bradley Cooper), Black Panther (Chadwick Boseman), Bucky (Sebastian Stan), Faucon (Anthony Mackie), Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen), Spider-Man (Tom Holland) et Nick Fury (Samuel L. Jackson) pour ne citer que les principaux. Pour ceux qui restent, Iron Man (Robert Downey Jr.), Captain America (Chris Evans), Natacha Romanoff (Scarlett Johansson), Thor (Chris Hemsworth), Hulk (Mark Ruffalo), Hawkeye (Jeremy Renner), Scott Lang (Paul Rudd) et Captain Marvel (Brie Larson), il sera question de comment ramener ceux qui sont partis.

Comment annuler un claquement de doigt ? En en faisant un autre : c’était l’une des principales théories, de même que le voyage dans le temps, une ambition qu’on avait pourtant du mal à concevoir dans un tel film. Les scénaristes l’adaptent à leur propre sauce pour leur permettre de ne pas annuler toute forme d’enjeu qu’un simple voyage temporel pourrait résoudre. Le passé y est immuable, le changer ne ferait que créer des réalités alternatives sans changer leur présent à eux. Un concept qui se tient, et il s’agit donc de récupérer les pierres dans le passé, faire un claquement de doigt pour ramener les disparus, puis ramener les pierres pour éviter de créer des mondes alternatifs chaotiques. Bien sûr, tout ne se passera pas comme prévu, et les événements qui amènent au combat final sont bien trouvés et cohérents, bien que créant ainsi des réalités alternatives singulièrement différentes. C’est aussi une petite pirouettes des scénaristes pour laisser certains personnages morts tout en pouvant les exploiter dans d’autres réalités où ils existent encore. Bien sûr, on pourra dire que c’est bien commode que les voyages amènent aux mêmes réalités des mêmes timelines indépendamment de l’évolution des réalités, mais on a vu des histoires de voyages temporels bien moins crédibles. Le combat final est un grand moment épique, et on peut dire que globalement cette conclusion est de grande qualité, offrant un point final à de nombreuses histoires auxquels on s’est attaché.

Place maintenant aux bons gros spoilers pour aborder certains défauts majeurs du film, ou en tous cas des déceptions immenses qui ne seront jamais rattrapées. Certes le film dure trois heures, et c’est bien assez pour tout ce qu’il y a à dire, mais l’équilibrage est très mauvais, certains passages ne servent pas le propos, et au contraire d’autres passages sont trop rushé. On pense par exemple aux photos dans le restaurant ou tout le passage au Nouveau Midgar, de purs gags bien trop longs et qui tombent un peu à l’eau, et on aurait aimé voir plus d’interactions avec le passé, ou même un combat plus long à la fin tant le nombre improbable de combattants empêche toute présence supérieure à dix secondes en dehors des membres fondateurs des Avengers dont deux tirent leur révérence. En résulte des développements de personnages soit inexistants, soit mauvais en dehors du trio de tête formé par Iron Man, Captain America et Thor, et même ce dernier déçoit un peu tant il semble avoir perdu tout enjeu. Deux cas sont même problématiques : Hulk ne sert plus à rien, ni bon scientifique ni bon combattant ; et Captain Marvel, jugée trop forte et laissée de côté pendant la quasi intégralité du film, et son personnage, sympathique et attachant dans son propre film, devient ici un stéréotype imbuvable de femme forte, provoquant quelques haut-le-cœur lors de son retour, affublée d’une coupe de lesbienne qui prouve définitivement que les scénaristes confondent féminisme et misandrie.

Impossible ne pas avoir de pincement au cœur en se disant qu’Iron Man aurait mérité de rester aux côtés de Morgan, sa fille née entre les deux films, et Pepper (Gwyneth Paltrow), et son adieu aurait pu être meilleur. De même, si on sera content pour Captain America qui retrouve enfin son grand amour, on ne pourra qu’être désolé de voir partir un personnage qui avait enfin l’étoffe des grands : le voir prendre Mjolnir est un moment particulièrement jouissif. Reste qu’une nouvelle piste ouverte donne beaucoup envie : les asgardiens de la galaxie. Renonçant au trône au profit de Valkyrie (Tessa Thompson), Thor rejoint l’équipe des Gardiens de la Galaxie à la fin du film, et aux vus des chamboulements causés par les événements de la guerre contre Thanos lors des deux derniers films, l’excitation est à son comble. Le troisième volet, initialement prévu pour 2020, devait donc relancer les enjeux de la licence, mais il faudra finalement attendre 2022 à cause d’une mauvaise blague et d’une réactivité lamentable de la part de Disney. Si la suite de Spider-Man Homecoming sera très certainement un temps fort du MCU, il faudra s’armer de patiente jusqu’en 2021 voir 2022 pour contempler un Docteur Strange 2 ou un Black Panther 2 nous rappelant aux bons souvenirs de nos héros. Avec en prime pas moins de quatre séries programmées sur Scarlet Witch, Hulk, Hawkeye et Loki pour la plateforme Dinsey+, le Marvel Cinematic Universe a encore de beaux jours devant lui, et peut-être même que le meilleur est à venir, mais rien n’est moins sûr. Une page s’est tournée. On en voudrait plus, encore et toujours, mais on peut se réjouir d’un final si grandiose.

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Ralph 2.0

Ralph 2.0
2019
Rich Moore, Phil Johnston

Si les suites sont légion au cinéma, surtout chez Disney, du côté animation le phénomène est plus rare, pour ne pas dire inexistant en dehors de suites au rabais sortant directement en DVD ou sur leur chaîne Disney Channel. En fait, sachant que Fantasia 2000 était plus une suite spirituelle, il faut remonter presque 30 ans en arrière pour trouver la dernière suite en date, celle de Bernard et Bianca au pays des Kangourous. La question qu’on se demande alors, c’est pourquoi ? Sachant que le film n’avait pas tellement convaincu et a été le moins rentable de la décennie, cette suite ayant fait légèrement mieux, poursuivre l’aventure des Mondes de Ralph avait de quoi laisser perplexe, surtout moi qui n’avait pas tellement aimé. Mais c’était sans compter sur des nièces en bas âge à la consommation insatiable de dessins animés.

Retour donc à la petite salle d’arcade où d’insouciants et fortunés jeunes gens s’adonnent au plaisir des jeux de pur divertissement, là où toute notion de scénario est balayée. Un drame est le point de secoué l’univers de Vaneloppe, Sugar Rush, puisque le volant de sa borne est cassé. Et à défaut de le changer, au vu du manque de succès de ladite borne, la question de son abandon pur et simple a été posé. Volant au secours de son amie, Ralph (François-Xavier Demaison) va entreprendre avec elle un dangereux voyage dans l’inconnu pour se procurer un nouveau volant : direction l’internet !

Dès la première scène le ton est donné : une blague, un rot un pet, la finesse est saccagée. L’excuse de départ est à peu près valide, la question était donc de savoir ce que le film allait faire avec son voyage dans l’internet. La réponse est assez décevante et convenue, enchaînant les clin d’œil pas très fins avec une absence de réalisme ahurissant, notamment sur tout ce qui entoure le buzz et l’argent. Au même titre que l’immense gâchis de l’association des méchants anonymes du premier volet, la réunion tant mise en avant des princesses Disney n’apporte pas grand chose, si ce n’est une scène sympa sur la fin, mais c’est très léger. Le scénario est toujours aussi vide, l’absence de méchant ou de menace enlève tout enjeu, et ce que le film propose pour combler est une succession de clichés éculés comme le suspense sur l’amitié ou les pseudos secrets. Visuellement ça manque clairement d’inspiration ou de parti prit esthétique, aucun passage ne m’ayant flatté la rétine. L’ennui m’aura assaillit tout du long, et je déconseille fortement ce film aux adultes.

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Le Pont de la rivière Kwaï

Le Pont de la rivière Kwaï
1957
David Lean

Parmi les plus grands classiques de l’histoire du cinéma, celui-ci occupe une place de choix. En plus d’être l’un des cent plus gros succès de tous les temps en terme de nombre d’entrées (près d’un demi milliard de dollars sur le seul sol américain après inflation), le film obtint pratiquement toutes les récompenses majeures de toutes les plus grandes cérémonies, glorifiant quasi à chaque fois son casting, son réalisateur, le scénario signé par le grand Pierre Boulle (La Planète des Singes) et avec à la clé le prix du meilleur film. Mieux encore, en 2013 le film a bénéficié d’une restauration de grande qualité, nous permettant à tous de le découvrir ou de le revoir dans les meilleures conditions possibles.

Prenant place en 1943 en pleine jungle de Birmanie, le film nous conte les mésaventures de soldats britanniques et américains, captifs de l’armée japonaise et esclaves d’un chantier visant à créer un pont pour traverser la rivière Kwaï. On suivra tout particulièrement le major Sheer (William Holden), soldat américain là depuis quelques temps et qui a bien conscience que l’évasion est sa seule chance, et le colonel Nicholson (Alec Guinness) qui a accepté la reddition avec tout son régiment, ordre de ses supérieurs. Mais il ne compte pas se laisser faire pour autant, prêt à tous les sacrifices pour que les conventions de Genève soient respectées et que ceux dont il est responsable soient traités le mieux possible.

Quitte à avoir des prisonnier, autant les faire travailler. Dans une version moins hardcore que les goulags russes où l’espérance de vie avoisinait les deux mois – bien qu’apparemment le film soit un peu trop édulcoré – on découvre les camps de travail japonais, nous montrant les temps impitoyables de la guerre, mais le film aura l’intelligence de nuancer son propos. Il n’y a pas de mauvaises actions, que de mauvaises intentions. La construction du pont, en plus d’être un enjeu stratégique et militaire, sera surtout l’occasion à chacun de montrer quelles sont ses motivations. Pour les japonais, c’est le sens du devoir, des obligations, de l’honneur. Côté soldats, on retrouve cette même motivation à défendre ses valeurs morales, avec en prime une fierté nationale et militaire, s’apparentant à de la vanité qui fait écho à l’acharnement nippon. L’américain en fuite est le plus bel exemple de ce paradoxe humain où l’instinct de survie et le confort personnel entre en contradiction avec nos valeurs et l’envie de briller. Le film alterne avec une grande justesse entre la lourdeur de la guerre et les petits moments privilégiés, comme la découverte aguicheuse de l’exotisme des femmes asiatiques, ou encore les petits moments de vie pour décompresser, comme le passage sur la plage ou la pièce de théâtre. La vie elle-même y est exacerbée : on y vit plus grand, plus fort, plus vite. Un idéal pour certains, un témoin du passé pour d’autres, un grand film pour tous dont on ressort grandi entre le talent des acteurs, la vivacité de la réalisation et les valeurs morales qui y sont véhiculées. La fin pourra un peu surprendre (décevoir ?) mais ça reste une belle expérience, une grande et ambitieuse fresque comme on en voit plus.



Aussi disponible en vidéo complémentaire : https://youtu.be/9SQ5laGH2iQ

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L’Associé du diable

L’Associé du diable
1998
Taylor Hackford

Les arts oratoires m’ont toujours fasciné : rien de plus bluffant qu’une personne qui arrive à ses fins ou à vous retourner le cerveau avec de simples mots. C’est donc tout naturellement que les films de procès attisent ma curiosité, mais rares sont ceux à vraiment me bluffer. En fait c’est bien simple, dans le genre il n’y a que trois films qui m’ont réellement impressionnés : L’Hermine, La Défense Lincoln et Le Juge, bien que j’y rajouterais aussi la série Better Call Saul. À la recherche de celui qui saura à son tour me faire vibrer, j’ai alors fait des recherches, et je pensais tenir là un spécimen de choix entre son thème et son casting.

Jeune avocat de Floride qui n’a jusqu’alors jamais perdu un seul procès de sa vie, Kevin Lomax (Keanu Reeves) va taper dans l’œil de John Milton (Al Pacino) un des patrons les plus influents du pays, gérant un empire s’étalant sur tous les continents et qui doit malheureusement souvent faire face à quelques procès. Entre un logement de luxe et un salaire qui feraient pâlir un ministre, il va accepter de déménager avec sa femme (Charlize Theron) à New-York, la ville de tous les péchés.

Mon avis sur le film est très mitigé : autant les rares plaidoyers sont excellents et le casting impressionnant, autant le reste est passablement convenu et mou. Le film est une métaphore des dérives de l’humain, la matérialisation de tous nos péchés, mais les sabots sont tellement énormes que le film décide lui-même de briser le mur en devenant premier degré, chose largement spoiléé avec le titre, qui prend finalement un tournant littéral. C’est dommage, la scène de révélation est d’une lourdeur atroce et globalement le film a un énorme problème de rythme, mais d’un autre côté cela permet d’offrir une fin assez bien trouvée, faisant croire à un retour plus moral, pour mieux nous montrer toute l’hypocrisie des « hommes vertueux ». Personnellement, je suis donc resté mitigé entre une écriture assez bonne, mais mal exploitée, et une mise en scène molle et ennuyeuse, aux effets psychédéliques ayant prit un sacré coup de vieux. Peut mieux faire…

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Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald

Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald
2018
David Yates

On m’avait prévenu, mais je ne pouvais y croire. Alors que j’avais adoré Les Animaux Fantastiques, qui arrivait à recréer la magie de la grande saga Harry Potter tout en développant son univers, sortant encore plus des murs de Poudlard, il semblait que la sauce ne prenne pas sur le second opus. Comment est-ce possible alors que l’autrice elle-même signait le scénario et que l’idée de cinq films était une idée finement étudiée depuis la création même de cette toute nouvelle saga ? Des critiques bien plus mitigées, et surtout un score en chute libre au box-office : 160 M$ de moins alors que le budget était en hausse. De quoi tout remettre en cause ? Apparemment non, mais comme beaucoup d’autres, ce fut pour moi la douche froide.

Ne vous attendez pas à une histoire qui démarre vraiment, ce film est même une réelle pause dans le récit, et ne raconte rien de surcroît. Il y avait deux grands enjeux dans le premier film, hormis retrouver les créatures : mettre la main sur le dangereux Gellert Grindelwald (Johnny Depp), un sorcier voulant créer une guerre entre les siens et les non-mages pour qu’ils n’aient plus à se cacher, ainsi que retrouver – voir tuer – l’obscurantis, désormais identifié, Croyance (Ezra Miller). Eh bien l’histoire est ici exactement la même puisque dès la première séquence le fameux Grindelwald va s’échapper, et Croyance est activement recherché (étonnant d’ailleurs dans la mesure où il est censé être mort). Et comme dans le premier, Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) et Tina (Katherine Waterston) vont se croiser dans leur recherche de Croyance, avec Queenie (Alison Sudol) et Jacob (Dan Fogler) se retrouvant au milieu un peu par hasard. On croisera aussi Leta Lestrange (Zoe Kravitz) et Albus Dumbledore (Jude Law).

Fondamentalement le film est à peu près du même niveau que le premier : les acteurs sont bons, les effets spéciaux très réussis et la réalisation est très soignée, et l’univers reste toujours aussi riche et intéressant. Mais un problème de taille se pose. Quelle est l’utilité du film ? Il n’y en a tout simplement pas. Quand le générique de fin arrive, mise à part quelques personnages secondaires complètement inutiles, le film n’aura rien développé, tout juste aura-t-il fait une légère révélation sur l’identité d’un personnage, et ça reste à prouver. Etant censé être l’antagoniste ultime de cette nouvelle saga, Grindelwald n’allait forcément pas rester enfermé, mais voir le criminel le plus dangereux – et donc surveillé – se libérer si facilement est surtout une preuve de l’incompétence des autres, et il est malheureux de le voir si effacé dans le film, au point que sa fausse identité du premier film avait plus de présence et de charisme. Le film sort aussi tellement de personnages et traite tellement de sous-intrigues qu’au final rien n’est réellement développé, tout est lisse, inconsistant, et la plupart du temps inutile. Pire, on sent du fan-service omniprésent et toujours aussi inutile entre Dumbledore, Naguini et Nicolas Flammel, tous quasi simples figurants. Même les principaux protagonistes du précédent film n’ont aucune consistance, n’ayant aucune évolution psychologique, et étant eux aussi simples spectateurs de ce grand vide où il ne se passe rien. Deux heures longues et pénibles, qui auraient très bien pu se résumer en 15 minutes. Énorme déception…

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Venom

Venom
2018
Ruben Fleischer

Si pour les cinéphiles il s’agissait d’un méchant intéressant de Spider-Man 3, pour les « vrais », les « connaisseurs », son apparition était un sacrilège, un massacre. Ils voulaient un film gore, ultra violent sur un anti-héros absolu, et visiblement le public a été très content puisque les notes spectateurs sont bonnes et le film fut un carton phénoménal avec plus de 850 M$ dans le monde, il est vrai bien aidé par une Chine où il s’est classé dans le top 20 de tous les temps. Sachant leur goût pour les comédies crades et les films d’action ultra bourrins quasi nanars, ça n’était pas gage de qualité, mais je pensais naïvement qu’il y avait matière à un divertissement pas trop mal. Oh que non !

Exit New-York, le Daily Buggle et l’homme araignée : c’est dans un tout autre journal qu’on va retrouver le reporter de terrain Eddie Brock (Tom Hardy), désormais basé à San Francisco. Devant interviewer Carlton Drake (Riz Ahmed), dirigeant d’une énorme corporation pharmaceutique, il va commettre une énorme bourde, cherchant à faire éclabousser un scandale de cobayes humains morts. À chercher à tous prix le scoop, il va se mettre à dos l’un des hommes les plus riches et influents qui soit, ce qui aboutira à son licenciement et à celui de sa fiancé (Michelle Williams), compromise de par des documents confidentiels dérobés par son traître de copain. Loin de se douter des répercutions de ses actes, il était aussi loin de se douter de la raison de la mort des patients. En effet, l’entreprise de Drake a mit la main sur des Symbiotes, des extraterrestres parasites vivant à travers des hôtes, voyant en eux la solution à toutes les défaillances de notre organisme. L’un d’eux, un certain Venom, va entrer en contact avec Eddie.

Pratiquement un milliard au box-office pour ça ? Sans déconner ? Il y a des fois, comme pour certains « grands classiques » considérés comme exceptionnels, on sort du film en se demandant s’il n’y a pas eu d’erreur, si on a pas affaire à une mauvaise version, mais non. Alors que le film est extrêmement court, il faudra attendre pratiquement 40 minutes (soit quasiment la moitié) pour que ça se bouge un peu, mais niveau violence ou efficacité il faudra repasser, le tout étant soit illisible à cause d’une réalisation et un montage épileptique, soit une bouillasse numérique immonde aux FX souffrant d’une bonne décennie de retard. Et pourtant, c’est pratiquement le point le plus convaincant du film tant le scénario n’a aucun sens (motivations invraisemblables, réactions improbables voir inexistantes), pratiquement tous les effets comiques tombent à l’eau et les acteurs cachetonnent salement. À ce niveau-là ça n’est même plus du sous-jeu, c’est carrément du non-jeu ! Pire, le film échoue même à exploiter la mode des scènes post-générique, cette dernière arrivant trop tardivement et étant d’une durée débile (quasiment cinq minutes !), nous montrant un Woody Harrelson en roue libre total, nous faisant espérer que la trilogie ne verra pas le jour tant tout le monde aurait mieux à faire.

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