Videodrome

Videodrome
1984
David Cronenberg

Dans notre société moderne, on est quotidienne abreuvé de dérives policières, de manifestations violentes, de terrorisme, de guerre, n’hésitant pas à exposer le spectateur même jeune à des cadavres à une heure de grande écoute. Quand on pense « film qui a mal vieilli », on pense souvent aux effets spéciaux, mais ici on s’attaque à un film qui a surtout vieilli sur son caractère choquant, devenu aujourd’hui complètement anodin, et c’est un problème quand l’intérêt du film reposait en grande partie sur ses propos choquants et sur un gore qui n’a plus le même impact.

Directeur d’une petite chaîne de télévision, qui tente de se démarquer en proposant uniquement de l’érotisme et du contenu pornographique dans sa grille de programmation, Max Renn (James Woods) était à la recherche de contenu un peu plus agressif pour satisfaire un public, dont il fait partie, las de vidéos trop soft. Un jour en balayant les ondes à la recherche de contenu diffusé illégalement sur une fréquence protégée, il va tomber sur Videodrome, une vidéo de sadomasochisme très réaliste avec une mise à mort finale. Fasciné et obsédé par cette vidéo, il va tout faire pour se procurer l’original et contacter ceux qui sont derrière, espérant y trouver une mine d’or à la hauteur de sa perversion.

Dans les années 80, internet était encore loin d’exister sous sa forme actuelle et le contenu pornographique n’était pas accessible aussi facilement et avec une telle abondance de choix pour satisfaire les vices de chacun. Imaginer une chaîne de télévision allant jusqu’à diffuser du contenu hard, ça pouvait effectivement être un sacré séisme à l’époque, mais difficile de croire que ce genre de contenu n’existait pas déjà dans les sex-shop qui devaient alors avoir une belle collection éclectique à proposer en VHS à ses clients. Le postulat du film n’a donc plus la même saveur, mais heureusement visuellement le film n’a que peu vieilli. Certes, les artifices utilisés crèvent les yeux, mais au moins c’est tangible puisque les effets relèvent plus d’habiles maquillages que de dégoulinants effets numériques. Le film vaut donc surtout pour son trip fantastique, délaissant la cohérence du scénario pour nous proposer de découvrir les méandres d’un esprit tourmenté et sujet à de délirantes hallucinations. Ça diverti à peu près, mais les mécaniques tournent vite en rond, et le scénario, déjà pas bien consistant de base, part carrément en vrille. L’aspect technique du film passe donc encore très bien, mais c’est dans ses thématiques et son traitement qu’il a perdu son côté subversif, rattrapé par un monde qui a encore plus sombré dans la folie.

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Red Eye

Red Eye
2005
Wes Craven

Grand maître de l’horreur à qui l’on doit certaines des plus célèbres franchises du genre, Wes Craven n’a pourtant jamais connu de très grand succès critique ou commercial. C’est bien simple, pas un seul de ses films en dehors de la saga Scream n’a réussi à atteindre le pallier des 100 M$ de recettes mondiales. Quand on constate avec quelle facilité déconcertantes les productions horrifiques Bloomhouse explosent tous les compteurs ces dernières années, cela peut sembler un peu injuste, mais après un vrai succès se fait sur le long terme et la plupart des films du réalisateur ont durablement marqué le paysage, contrairement au film dont il est question aujourd’hui. Plus gros succès du réalisateur en dehors de sa saga Scream avec 95 M$ à l’international, sa tentative de passer au thriller était marquée par de très bonnes intentions, mais le film accuse presque deux décennies de retard…

Quand on prend l’avion, il arrive qu’on passe des heures entières assis à côté d’un parfait inconnu. Inconnu pour vous, mais êtes-vous un inconnu pour lui ? Gérante d’un grand hôtel de Miami, Lisa (Rachel McAdams) pensait tranquillement rentrer de Dallas, loin de se douter que cela faisait des mois qu’un groupe la suivait et avait mit au point un plan dont elle était sans le vouloir le pivot central. Homme d’apparence charmant et gentil, Jackson Rippner (Cillian Murphy), son voisin de fauteuil dans l’avion, va finalement se révéler être un dangereux terroriste qui tient le père de Lisa (Brian Cox) en otage et qui souhaite utiliser la position de Lisa pour sa prochaine mission.

Le point de départ du film est très intéressant puisqu’il nous place dans un avion, lieu exiguë, où une pauvre femme se retrouve manipulée par un homme tout puissant qui semble avoir très bien planifié son opération et qui maîtrise l’art de la manipulation. Les deux acteurs sont très charismatiques et le ton se fait vite très pesant, mais on s’en tiendra à une simple attention. Pratiquement toutes les informations sur l’affaire nous sont dévoilées d’emblée, il n’y a plus la moindre surprise après demi-heure de film, on notera une certaine redondance dans l’avion avec une sous-exploitation monstrueuse de rôles secondaires qui auraient pu relancer l’intérêt, et la dernière ligne droite est assez bordélique avec des protagonistes en roue libre qui n’ont plus aucune cohérence. Le film a un arrière-goût de produit sur-calibré où le suspense n’y a pas sa place. C’est dommage car le potentiel était là, mais la prévisibilité est écrasante et on en ressort avec l’impression d’avoir déjà vu ce film une bonne dizaine de fois. Heureusement, c’est court, dynamique et bien réalisé, mais ça ne sauve que les apparences.

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Le Secret de Green Knowe

Le Secret de Green Knowe
2009
Julian Fellowes

Série exceptionnel au génie qui est devenu un peu trop routinier au fil des saisons, il n’en reste pas moins que Downton Abbey a durablement marqué notre paysage culturel et que tout fan qui se respecte attend avec une fébrilité insoutenable les nouvelles du long-métrage qui devrait sortir courant 2019. Son créateur n’en était pas à son coup d’essai puisque son second long-métrage, qu’on aborde ici, portait déjà sur cette magnifique époque qu’est la fin de l’époque victorienne début édouardienne (fin XIX° début XX°). Une époque qu’il semble particulièrement affectionner, mais surtout maîtriser.

Pour découvrir ou redécouvrir les thèmes chers au réalisateur (le film ayant été traduit en français avec cinq ans de retard suite au succès de la série), le film nous plonge dans la peau du jeune Tolly (Alex Etel), envoyé chez sa grand-mère (Maggie Smith) à la campagne pour les fêtes de fin d’année, espérant un peu lui changer les idées puisque l’action se déroule en 1944 et que son père est porté disparu sur le front allemand. Il va alors découvrir un domaine appartenant à sa famille depuis des dizaines de générations, un lieu empli de mystères et de secrets. Le plus grand de tous remonte à avant l’arrivée de sa grand-mère, au moment où la maison appartenait au futur beau-père de cette dernière, le capitaine Oldknow (Hugh Bonneville). Que s’est-il passé en ce temps-là ? Pour le découvrir, Tolly va devoir faire partie intégrante de cette histoire.

Imaginez une version fantastique de Downton Abbey, et c’est assez facile puisqu’on retrouve, en plus du capitaine et de la grand-mère, Daisy Lewis, l’institutrice de la saison 4 qui joue ici une commis de cuisine, mais surtout le très récurrent Allen Leech, alias Tom le chauffeur, qui campe ici un valet. Le casting est d’ailleurs complètement dingue puisqu’on retrouve dans le présent Timothy Spall en jardinier, et dans le passé Douglas Booth incarne le fils du capitaine, Carice Van Houten sa femme, et Dominic West est quant à lui le majordome. Bref, on se retrouve dans un décor assez similaire, une grande partie du casting nous est familier, surtout si on a suivi la série, et on y découvre une sombre histoire de famille avec nombre de thématiques qui nous sont chers comme l’ouverture d’esprit avec les changements du monde, la famille mais aussi l’amour. Sans trop vouloir vous en dévoiler, le choix narratif fait, qui mélange le genre avec du fantastique, est une superbe trouvaille finement utilisée, puisque collant parfaitement à l’ambiance et nous réservant de belles surprises (enfin pas que, n’oublions pas que le réalisateur et scénariste a une fâcheuse tendance à la dépression). Le cadre est donc formidablement mis en avant, les acteurs sont excellents, l’axe choisit est original et le scénario est très solide. Le seul défaut nous viendrait de l’image, la mise en scène et de la photographie font très téléfilm, mais cela est probablement dut à un manque de budget. Le showrunner de notre série bien aimée connaissait donc déjà bien son sujet, nous livrant une pépite du genre que tout amoureux du cinéma se doit de découvrir.

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Taxi 5

Taxi 5
2018
Franck Gastambide

Pouvait-on honnêtement espérer un bon film ? Non, mais ça restait possible. Certes déjà bancale depuis le premier opus, la saga Taxi partait d’une idée simple mais efficace : une police tellement nulle que même le chauffeur de taxi du coin est un meilleur enquêteur, le tout servant d’excuse pour des prouesses techniques de cascadeurs expérimentés. Au final c’était écrit avec le cul pour des blagues encore plus basses, et mise à part les trois premiers à peu près regardables, le quatrième était vraiment un navet fini. Pire, l’équipe responsable de ce nouvel opus est la même qui nous a infligé Pattaya, ce grand n’importe quoi complètement bancal où l’avalanche de guest, et trop peu de gags réussis, n’effaçait pas un bilan pour le moins mitigé. Enfin bon, entre Les Kaïra et la blague de « il était temps de passer la cinquième », on avait espoir de sauver deux trois meubles, vainement.

Pour ce qui est du torchon putride qui est censé être appelé « scénario », on suivra un flic chaud bouillant de Paris (Frank Gastambide) muté à Marseille pour raison disciplinaire (il a couché avec la femme du préfet ou un truc du genre) – chose qui déjà n’a aucun sens puisque niveau échelon une place à la cité phocéenne vaut largement plus cher. Il y découvrira toute l’incompétence de la police locale, malmenée par un gang italien. Pilote chevronné aguiché par le récit des exploits d’un fameux taxi, il va faire équipe un bon à rien du coin pour récupérer la mythique voiture qui, il l’espère, lui permettra de mettre la main sur ceux qu’il cherche.

Pour être sûr de ne pas perdre les fidèles de la quadrilogie, le film enchaîne les références, s’en gave, vit pour elle tel un mourant sous assistance respiratoire. Les personnages parlent des précédents opus pendant presque vingt minutes au total, montrant au passage une pléthore d’extraits sous forme de flashback alors que le narrateur n’y était pas : un degré d’incompétence hors du commun. La formule ne change pas d’un iota, on échange juste les personnalités du chauffeur de taxi et du policier. Les personnages secondaires du policier Alain et du commissaire Gilbert ont même été ressortis du formole pour un résultat plus pitoyable et caricatural que jamais. La mode des guests prend une nouvelle dimension ici avec Ramzy Bedia, Monsieur Poulpe et même Waly Dia et le chanteur Soprano qui nous sortent totalement du film juste pour nous sortir la blague sur Jeffrey, mais mine de rien le chanteur au naturel inexistant n’est même pas le pire de tous. Une seule chose a évolué : l’humour, bien plus trash et lourd. On prend un nain pour se foutre de la gueule des nains, on prend des moches pour nous montrer comme ils sont pas beaux, et cerise sur l’excrément, une obèse ignoble au regard vide qui donne envie de vomir à chacune de ses bien trop nombreuses apparitions. On nous refourgue donc du Taxi ultra calibré, au niveau d’écriture encore plus fainéant et au « charme » endeuillé par une lourdeur sans pareille. L’acteur principal est bon et sa romance à la ville qu’il recycle à chacun de ses films est touchante puisque l’homme reste fidèle même en tant qu’acteur, mais c’est bien là le seul point à sauver du film. Le duo marche, mais moins bien que son modèle, les cascades nous ennuient, l’histoire est fade et les personnages secondaires sont pour la plupart des cancers ambulants. Il valait mieux laisser la saga dans son caniveau…

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Rampage – Hors de contrôle

Rampage – Hors de contrôle
2018
Brad Peyton

Le cinéma évolue sans cesse, et dans ce chaos incompréhensible a vu le jour un genre à part entière qui siphonne le box-office aussi surement qu’un impôt prélevé à la source : le blockbuster d’action ultra bourrin et totalement dénué de scénario mais où on s’en fout parce que Dwayne Johnson ma gueule ! Oh que oui ! Nanar à 120 M$ de budget, le film a raflé 426 M$ au box-office mondial grâce à une Chine en pleine puberté qui rigole comme une baleine devant les films les plus cons possibles. Mais le spectateur lambda trouvera t-il aussi son bonheur dans une lobotomie consentante ? Va savoir, pour ma part il me reste encore bien trop de neurones qui se rencontrent malheureusement en de rares occasions.

Comment transposer en film un jeux-vidéo où un gorille, un loup et un alligator géants détruisent des immeubles ? Facile : un projet pour faire grandir à l’infini a vu le jour dans l’espace, la station s’est crashée, le produit s’est déversé sur les trois dits animaux et paf, ça fait des monstres géants ! Admettons mais ça prendrait des années en terme de croissance, non ? Pas là. Holà, dans ce cas faudrait qu’ils mangent des quantités astronomiques de nourriture pour tenir le choc. Non non, même pas besoin de manger. Mais sinon ils deviennent bien trop grands pour se déplacer, avec la gravité ils devraient limite être plaqués au sol. La gravité ? Mais c’est un film joyeux voyons ! Et sinon, les pouvoirs à la X-Men, on en parle ? Bon monsieur, laissez le scénariste tranquille maintenant ! C’est l’heure de son biberon.

Pourquoi faire genre ? Et puis bon, entre les effets spéciaux, Dwayne Johnson, Malin Akerman, Naomie Harris, Joe Manganiello, Jeffrey Dean Morgan et Dwayne Johnson, sans oublier Dwayne Johnson, 120 M$ ça faisait un peu juste pour en plus se payer un scénariste. Oubliez donc toute notion de crédibilité, le film assume à fond la carte de l’autodérision avec des chutes de plusieurs kilomètres non mortelles malgré l’explosion qui suit, le héros cours avec une balle dans le ventre et d’autres blessures quasi mortelles, le loup balance des épines-missiles et est capable de voler, tandis que le crocodile (ou alligator, je me rappelle plus de la différence), en plus d’avoir eu les meilleurs hormones de croissances, s’est vu doté de défenses de sanglier, des piques dans le dos ainsi qu’une queue d’ankylosaure. Et pendant ce temps, le gorille fait le dixième de sa taille et n’a qu’un léger pouvoir de régénération accélérée. La douille… Côté second degré, en plus de nous servir des personnages caricaturaux au possible et dont le film se contrefout royalement (aucun enjeux et certains crèvent dans l’indifférence la plus totale), on nous régale d’improbables dialogues qui semblent tous avoir vocation à être des punchline ou des gags. Tout est tourné en dérision et clairement le film assume à 100% son côté nanardesque. Pour ce qui est du spectacle, on semble accuser une bonne décennie de retard tant les monstres peinent à avoir un rendu crédible, mais sinon le film fait le taf et offre une démesure à la hauteur. Pour une soirée bien arrosée et pour un public n’ayant strictement aucune attente, on pourra éventuellement ne pas totalement déconseiller le film.

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Ready Player One

Ready Player One
2018
Steven Spielberg

Voilà un film qui a largement fait parler de lui au début de l’année. Presque tout le monde s’est excité dessus en criant au chef-d’œuvre et le film a engrangé pas loin de 600 M$ au box office mondial, et étant donné qu’il s’agit d’une adaptation littéraire et qu’un second livre est en cours, nul doute qu’un nouveau film verra le jour à l’horizon 2021. Le public et la presse n’ont pas tari d’éloges et dès la bande-annonce la hype était monstrueuse. Pourtant, tel un blasé de la vie qui a besoin plus que de simple divertissement pour s’émerveiller à nouveau devant son écran, les premiers visuels m’ont fait fuir devant une avalanche d’effets spéciaux en images de synthèses dégoulinantes. Eh bien après avoir enfin vu le film, je ne comprend toujours pas pourquoi cette clémence envers un film à ce point banal et souffrant de problèmes monstrueux qui ont pourtant été acclamés.

Alors que la réalité virtuelle est une technologie hors de prix, pas du tout au point et dont le marché de niche semble stagner, le film se situe en 2040 alors que tout le monde, même les pauvres (surtout eux d’ailleurs étrangement), se réfugie dans un monde virtuel appelé l’OASIS, sorte de MMO RPG un peu foutraque où on peut trouver à peu près tout de par les innombrables mods (ce qui n’a aucun sens, mais j’y reviendrais plus tard). Homme dépressif et profondément solitaire (et pourtant adulé et qui véhicule lui-même une image de narcissique fini, y a t-il un seul point cohérent de ce scénario bordel !), à la mort de son fondateur James Halliday (Mark Rylance) – et le co-fondateur incarné par Simon Pegg tout le monde s’en fout – l’OASIS est aussi devenu un terrain de chasse de plusieurs dizaines de milliards de dollars puisque l’intégralité de ses parts ont été cachées dans le jeu et une seule personne, celle qui trouvera les trois clés, en héritera de la totalité.

Pour suivre cette quête de richesse complètement démesurée, le film nous plonge dans la peau de Wade Watts (Tye Sheridan) alias Parzival dans L’OASIS, nom britannique du mythique Perceval, chevalier qui trouva seul le saint Graal. Sauf que non, même si ce dernier se déclare « anti-groupe », il n’empêche qu’il traîne toujours avec les trois mêmes potes. C’est ce qu’on appel communément une alliance connard ! C’est la même chose ! Pire, il sera rejoint par la joueuse Artemis (Olivia Cooke), dont cinq c’est clairement pas du solitaire. Enfin bref… Ce Perzival est donc un grand passionné de pop culture (donc le mec est un mouton qui n’a pas d’avis personnel et qui est incapable de remettre en cause les standards que d’autres ont imposé de façon arbitraire) mais aussi de James Halliday (parce bê mon gourou) et s’implique fortement dans la quête des trois clés pour devenir riche. Mais ne vous inquiétez, cette avidité va céder sa place aux hormones puisque pour sa dulcinée il va faire genre de devenir altruiste. Oh moins tout ça… Et puis comme il faut un grand méchant une société de « on sait pas trop quoi » fait tout pour gagner en premier. En même temps quand y’a des milliards à la clé, le monde entier devrait être dessus et il devrait y avoir des centaines d’entreprises prêtes à aller largement plus loin ! Donc non en fait, pas de méchants, juste une course à l’héritage où les motivations de chacun ont toutes la même finalité.

Le scénario n’a donc rien de folichon, mais en fait c’est presque anecdotique face à la montagne de problèmes d’intérêt, de créativité ou de cohérence du film. Au final qu’à inventé le film ? Des univers virtuels de ce genre existent déjà, et celui-ci ne marche pas : on ne peut pas moder un jeu à moins qu’il ne soit open-source, auquel cas les trois clés auraient été trouvées dans la journée. Et qui dit mod dit possibilité de tricher dans les grandes largeurs, comme s’attribuer de l’argent virtuel en masse, et apparemment l’argent virtuel a une valeur réelle, ce qui est donc un non sens total. Par principe un mode en ligne avec du mod détruit toute forme d’équilibrage ou de méritocratie, donc l’univers de l’OASIS ne peut exister sous cette forme. Qu’à inventé d’autre le film / le livre ? Une combinaison qui permet de faire ressentir réellement (et encore, de manière très superficielle) ce que ressent le personnage virtuel. C’est sûr que si on se fait tirer dans le dos il est important de pouvoir le détecter, mais vous êtes sûr qu’une combinaison qui vous fout à terre avec de larges douleurs c’est une idée de génie ? Permettez-moi d’en douter…

Et voilà, c’est fini, on a déjà fait le tour des idées « neuves » du film. Le reste ? Des tapes incessantes sur notre épaule pour nous dire « regarde, t’as compris la référence ? ». Oui, je suis pas débile et je vis pas dans une grotte. C’est lourd, ça n’apporte rien d’autre que du clin d’œil facile et racoleur, et je le vois surtout comme un aveu de faiblesse sur l’incapacité de l’auteur à créer sa propre mythologie. Au moins, pour la quête de la deuxième clé le réalisateur a réussi à y placer un hommage personnel touchant, donnant un peu plus de profondeur à un univers passablement vide. Côté construction, le recherche d’indices est fade et le développement en trois quêtes peu poussées rappelle les missions annexes écrite avec les pieds de certains jeux. Donc même dans ce que l’histoire emprunte aux jeux-vidéos, elle prend ce qu’il y avait de pire à choisir. Côté personnages, malgré de bons acteurs l’écriture caricaturale empêche toute forme d’empathie et on ne s’intéresse donc ni à l’histoire ni aux protagonistes. Reste donc uniquement un spectacle visuel assez médiocre où la mise en scène efficace ne parvient pas à faire oublier le manque de créativité visuelle. Sans aller jusqu’à dire que le film est visuellement raté, pas un seul plan ne m’aura marqué outre-mesure. Les séquences d’action n’ont rien de dantesque et la bande-originale ne m’aura pas non plus transcendé. Pour un film qui se voulait révolutionnaire, il ne l’est pas sur la forme et encore moins sur le fond. Ça se regarde, mais j’aurais tôt fait de l’oublier.

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Ant-Man et la Guêpe

Ant-Man et la Guêpe
2018
Peyton Reed

Avec plus d’un mois de retard par manque de temps, voici donc le premier film du Marvel Cinematic Universe post Infinity War, probablement le film le plus important de toute la saga tant en terme d’enjeux que de qualité. Le film était donc largement plus attendu que le premier Ant-Man, l’un des films les moins populaires de tout le MCU, puisque non seulement le personnage était apparu dans Civil War, mais il était aussi le grand absent d’Infinity War. Le démarrage fut logiquement drastiquement supérieur, et pourtant les recettes sont à peine au dessus du premier alors que sa carrière en salle touche à sa fin. Pas de quoi partir serein, et c’est justifié.

Le film reprend la suite de Civil War, ce film au scénario lamentable dont on ne se souvient que pour quelques scènes d’action cool mettant en scène de nouveaux personnages. Scott Lang (Paul Rudd) s’était alors rendu coupable « d’assistance à l’ennemi », et il est désormais sous surveillance électronique et ceux responsables de son costume et sa technologie, Hank Pym (Michael Douglas) et sa fille Hope (Evangeline Lilly), sont considérés comme des fugitifs dangereux. La vie a doucement reprit son cours entre les visites de sa fille (eu avec Judy Greer) et la création de sa société de surveillance avec son pote Luis (Michael Peña), mais le passé va alors le rattrapé. Tentant de récupérer sa femme (Michelle Pfeiffer) de la dimension quantique, Scott va percevoir une vision, leur prouvant qu’ils sont sur la bonne voie.

Au moment où tout le monde se disait que la formule commençait à tourner en rond et qu’il était temps de faire bouger les choses, les trois derniers films du MCU ont bouleversé la donne entre Thor Ragnarok parodique grandiose, un Black Panther fade mais qui a fait plaisir aux communautés afro-américaine et surtout Infinity War qui fut colossal et qui a brisé tous les codes du genre dans sa dernière ligne droite. Et bim, revoilà un film ultra formaté et sans le moindre enjeu ni impact sur le MCU… L’histoire est absolument anecdotique, les méchants inexistants (une pauvre fille qui essaye juste de survivre, un ancien associer revanchard (Laurence Fishburne) et un gangster lambda) et le lien avec Infinity War a été greffé artificiellement grâce à une scène post-générique ne justifiant à aucun moment l’absence du héros dans le dernier rassemblement. Côté humour c’est là aussi la douche froide : le film repompe quelques  idées du premier, mais sans rien apporter de neuf ou de percutant. Seul en terme de spectacle le film fait le taffe, balançant sans vergogne entre 130 et 160 M$ selon les sources, et là en revanche il y a quelques nouveautés réussies dans l’utilisation des changements de tailles des objets. Le passage jusque dans la dimension quantique regorge aussi de plans bien sympas et en dehors du rétrécissement dans l’école avec la taille enfant passablement ratée, les effets spéciaux sont très bons. Du pur divertissement super-héroïque efficace, mais plus lisse que jamais et perdant le charme comique du premier. Un cran en dessous de son prédécesseur donc, et seuls les moins exigeants y trouveront leur compte.

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Perfect Blue

Perfect Blue
1998
Satoshi Kon

Série animée recyclée en film qui devait ne même pas avoir droit de citer dans les salles de cinéma, le film a finalement su s’y frayer un chemin et gagner ses lettres de noblesse, à tel point que le film est cité parmi les meilleurs film d’animation japonais, ce qui inclue la pléthore de chefs-d’œuvre des studios Ghibli pour ne citer qu’eux. Bref, malgré la double décennie qui s’est écoulée, le film semblait pouvoir mériter une place de choix dans mon cœur de cinéphile, mais celui-ci est visiblement devenu bien trop imperméable, las de voir des produits dont on connait déjà les codes, qui juste dans son ADN a un arrière-goût de redondance.

Bien que cela soit vrai d’à peu près toutes les carrières du show-biz qui peuvent tourner court très vite, au japon les midinettes j-pop ont une espérance de vie très faible. Et pour cause, dans un pays où l’apparence occupe une place primordiale au détriment du talent, passé les « belles années » la chute est souvent terrible, et les potentielles vedettes se doivent de se réorienter au plus vite. Chanteuse de second plan dans un trio qui peine à décoller, la jeune Mima va foncer sur la première porte de sortie possible : le cinéma. Seulement voilà, le rôle en question ne sera finalement que de la figuration, l’obligeant d’emblée à accepter un peu tout et n’importe quoi, même des shooting dans des magazines un peu osés. Une spirale va alors s’enclencher tandis que sa communauté de fans va soit se détourner d’elle soit réagir de façon plutôt agressive.

Bien sûr, nous allons écarter d’emblée l’aspect purement technique de l’animation, le budget alloué étant minimaliste et les progrès technologiques ont permis de grandes améliorations en la matière. Reprocher au film la sur-utilisation de plans fixes ou les faux effets de mouvement, de même qu’un nombre d’images par seconde quasi ridicule, tout cela n’aurait que peu de sens. On ne peut alors juger que la direction artistique et la mise en scène. Dans les deux cas, rien de spécialement imaginatif : c’est du classique. Pas de musiques marquante en perspective, et le doublage passe bien, rien à dire. Il s’agit donc de concentrer l’analyse sur le scénario et rien d’autre. Et malheureusement, celui-ci n’a rien d’extraordinaire. On y suit le parcours mouvementé d’une aspirante starlette avec en parallèle une histoire de fan hardcore qu’on ne sait pas exactement s’il est celui qu’on croit ni si tout est lié à lui ou à autre chose. Le film nous pousse à nous questionner sur la réalité de ce que l’on voit, si bien qu’il fini par nous perdre totalement dans le dernier tiers où l’éventail des possibilités s’ouvre tellement qu’on théorise plus que ce l’on analyse, et au final la conclusion sent le réchauffé tant les exemples du genre sont nombreux. Au final, le film s’impose grâce à son ambiance psychédélique qui monte crescendo, mais d’une part l’intrigue met bien trop longtemps à s’installer, et d’autre part elle peine à convaincre totalement entre les redites et la cohérence parfois limite. Un film cru et brutal qui mélange les genres et les thèmes avec une certaine aisance, mais ça reste pour ma part un peu trop froid et classique.

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Le Secret des Marrowbone

Le Secret des Marrowbone
2018
Sergio G. Sánchez

Assurément l’un des meilleurs films horrifique de ces dernières années, L’Orphelinat avait été écrit par le même homme qui s’est attaqué à ce film, laissant donc entrevoir la possibilité d’un excellent travail malgré le fait qu’il officie aussi pour la toute première fois au poste de réalisateur. Acclamé par les spectateurs, quasi rejeté par la presse, le film avait donc laissé les gens mitigés et les scores en salles furent discrets tout au mieux. Et c’était encore bien trop pour ce film qui ne mérite que notre indifférence ou notre dédain.

Jouant la carte de la famille pseudo mystérieuse avec « un sombre passé », le film nous dévoile la famille Fairbairn, qui pour échapper à un père dangereux s’est renommée Marrowbone (nom de jeune fille de la mère, donc pas du tout évident à deviner… ) et a fui aux Etats-Unis. Malade, la mère a fini par mourir, laissant seuls ses trois fils (dont George MacKay et Charlie Heaton) et sa fille (Mia Goth). Si la nouvelle avait été ébruitée, le plus grand n’ayant que 20 ans et non 21 (majorité aux US), la fratrie aurait été dissolue entre adoptions et foyers. Les quatre orphelins vont donc devoir survivre seuls pendant une année pour pouvoir continuer à vivre ensemble.

C’est à peine croyable tant le film n’a pratiquement que des défauts. D’un rythme atroce, le film nous laisse largement le temps de théoriser sur chaque petit élément de l’intrigue, que ce soit le visiteur six mois plus tôt, les miroirs, le fantôme ou la fameuse boîte. Débordant pour ma part d’imagination et ayant été bercé par des œuvres fantastiques comme Le Veston ensorcelé de Dino Buzzati, impossible de ne pas crier au scandale face à un développement extrêmement prévisible et hautement décevant, rechignant à assumer son statut surnaturel et déversant dans les retournements faciles et éculés. Avec le recul, le film est d’un banal atroce, rendant criminel toute la montée en suspens et les trop nombreuses pistes prometteuses. Pour autant, il y a pire que le montage somnolant et le vide scénaristique : la réalisation. Certes, les cadres sont bien travaillés, mais l’étalonnage et l’éclairage sont à la ramasse, rendant totalement illisibles toutes les scènes dans le noir, comptant pour un gros tiers du film, ce qui n’est donc pas anodin. Si le peu d’histoire est assez bien structuré, que le casting (incluant Anya Taylor-Joy) est bon et l’ambiance bien travaillée, il faut dire les choses comme elles sont : on se fait chier. Un film faussement profond, sauf dans son ennui.

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Les Indestructibles 2

Les Indestructibles 2
2018
Brad Bird

Acclamé par la presse et les spectateurs, Les Indestructibles a marqué une bonne partie de sa génération, sauf moi pour qui le scénario était bien trop lisse malgré une excellente idée de base. Alors que le cinéma d’animation traversait une période de crise au début des années 2000 avec l’arrivée des films numériques bien trop coûteux, le premier film faisait figure d’exception avec plus de 630 M$ au box-office, score certes moyen aujourd’hui mais prodigieux pour l’époque. L’annonce d’une suite 14 ans plus tard a de toute évidence été un séisme sans précédent puisque le record du plus gros lancement pour un film d’animation a été pulvérisé (182 M$ Vs 135 M$) et pour la toute première fois du genre l’un de ses représentant va non seulement dépasser la barre des 500 M$ sur le seul territoire américain, avec même la barre des 600 dans le viseur, mais le record mondial de 1,28 milliards de La Reine des Neiges va très probablement tomber. Avec encore une fois des notes stratosphériques, tient-on effectivement là le plus abouti représentant du genre ?

Si pour le spectateur une grosse décennie s’est écoulée, cette suite prend place immédiatement après son prédécesseur alors que la famille des Indestructibles faisait face au super-vilain « La Taupe ». Déjà hors-la-loi, leur nouvelle opération super-héroïque achèvera l’opinion publique de les mettre à l’arrêt. Il faut dire qu’avec des médias retraçant plus le bilan des dégâts de leurs actions que les vies sauvées, l’objectivité n’est pas permise. Milliardaire souhaitant les réhabiliter en changeant leur image publique, Winston Deavor va tenter de reprendre les choses en main alors qu’une nouvelle menace se profile : l’hypnotiseur, capable de prendre le contrôle de n’importe qui grâce à un signal vidéo.

Petit bijoux visuel pour son époque, l’animation du film a su évoluer tout en gardant la même patte graphique, certes très difforme mais au moins à peu près réussie et originale. Les progrès sont flagrants mais la continuité est respectée, mettant tout le monde d’accord. Deux questions primordiales se posaient alors : l’humour est-il toujours aussi bon et le scénario est-il enfin à la hauteur ? Les premières bandes-annonces étaient de nature à rassurer sur le premier point et le film ne déçoit clairement pas. La famille est toujours aussi colorée et attachante et leurs problèmes sont souvent hilarants, chacun arrivant à briller à son échelle. Jack Jack est plus flippant que jamais, Bob est un dinosaure ayant le plus gros cœur au monde, Flèche a une répartie au sommet et Hélène fera plaisir aux féministes. Seule Violette manque de consistance, mais elle a tout de même deux trois passages marrants. Côté scénario, le constat est à peu près le même que pour le premier film : bonne idée mais trop classiquement exploitée. Tout est une question d’opinion publique, de contrôle des médias. Un bon filon que le film exploite bien et le développement sur la famille fait en parallèle est assurément très bon. Seulement encore une fois, tout est ultra prévisible, bien trop pour qu’on laisse passer. Artistiquement très abouti et génial en terme d’ambiance, cette suite manque trop d’ambition scénaristique pour prétendre à plus qu’un bon divertissement teinté de nostalgie.

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