Pokémon Détective Pikachu

Pokémon Détective Pikachu
2019
Rob Letterman

Ah les enfoirés ! Faire un projet sérieux autour de l’univers Pokémon, c’était l’une de mes idées dans laquelle j’avais consacré plus d’une centaine d’heures pour la création d’un jeu-vidéo : Le Chemin de l’immortel. Si l’univers coloré et enfantin de la collecte de monstres continue de se vendre par palettes malgré des mécaniques antédiluviennes et de nouvelles générations explorant de plus en plus les tréfonds de l’inspiration, du côté cinéma la ferveur s’est très vite essoufflée. Seul le Japon continue de diffuser dans ses salles un film chaque été, à la qualité souvent médiocre voir minable. Dans le reste du monde, à part quelques exceptions ponctuelles, la plupart des pays se sont contentés de sorties directement dans les bacs dès le quatrième opus. Sachant que sur 21 longs-métrages seul le tout premier aurait pu amortir un tel budget, venir à la charge avec un blockbuster au budget brut de 150 M$ était donc suicidaire, mais grâce au regain de popularité suite à Pokémon GO, le film a cartonné, pulvérisant tous les records de la franchise et dépassant la barre des 400 M$ (bien qu’en réalité, une fois ajouté les frais marketing et les taxes de distribution, la marge est quasi nulle).

Sorti en 2016 sur 3DS, le jeu éponyme est donc plus ou moins repris (aucune idée, jamais eu la console ni le jeu) pour ce qui sera une enquête sur la mort du père de Tim (Justice Smith), détective de police. Solitaire travaillant dans les assurances, Tim va tomber sur Pikachu (Ryan Reynolds), le partenaire de son père, alors qu’il explorait l’appartement du défunt en vue de libérer les lieux. Lui qui ne voulait plus entendre parler de Pokémon il va se retrouver malgré lui prit au milieu d’un complot sur une drogue rendant sauvages et agressifs les Pokémon.

Le concept du film est juste fou et n’a aucun sens. On suit un jeune homme froid et chiant qui fait équipe avec Deadpool. Clairement la patte de l’anti-héros se sent de bout en bout : on retrouve les mêmes blagues de culs, humour scatophile et compagnie. Oui oui, dans Pokémon, une licence qui s’adresse avant tout aux enfants, et c’est à mon avis la seule raison pour laquelle le film n’est pas classé R aux Etats-Unis entre le sang et les innombrables allusions sexuelles. Seulement ce qui marche dans un cas ne marche pas dans d’autres, et ce style d’humour passe plutôt mal ici. Côté scénario l’enquête est assez poussive et les rebondissements trop rocambolesques, mais heureusement que les acteurs sont bons. Le chef inspecteur (Ken Watanabe) fait un bon duo décalé très premier degré avec Snubble ; la journaliste (Kathryn Newton) est tout à fait charmante et Bill Nighy a de toute façon une classe monumentale quoi qu’il fasse. Petite surprise dans le casting : Rita Ora, qui en plus de composer une chanson pour la BO prête aussi ses traits à une scientifique. Pas un rôle suffisamment important pour briller ou se rendre ridicule, mais on s’étonnera de sa présence. L’histoire est donc assez faible, quelque peu rattrapée par de bons personnages.

Reste alors un point qui en inquiétait plus d’un : les effets spéciaux. Repéré sur internet pour ses dessins style réaliste de Pokémon, l’artiste en charge d’imaginer une version plus réaliste des Pokémon dans le film a fait un travail plutôt bon, mais si la réalisation et les jeux de lumière sont très bons, la modélisation pose soucis. On a dû mal à y croire une seule seconde, il semble manquer de la consistance aux créatures, qui malgré des interactions et incrustations qui forcent le respect, semblent clairement artificielles et ajoutées numériquement. On est loin de certains animaux photos-réalistes qu’on a pu voir dans des films comme L’Odyssée de Pi, ici l’illusion ne prend pas. On se laisse parfois impressionner comme lors du déplacement de montagnes, mais ça reste de la pure exposition qui ne sert à aucun moment l’histoire. Sans non plus passer un mauvais moment, légèrement investi par les personnages, intrigué par le concept même d’une version live et parfois amusé par les blagues salaces de Deadpool-Pikachu, le film déçoit un peu et la fin nous assure qu’aucune suite ne pourra jamais essayer d’étoffer l’univers.

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Shutter Island

Shutter Island
2010
Martin Scorsese

Vu il y a presque dix ans maintenant lors de sa sortie en salle, le film n’était jusqu’alors pas passé par la critique, le site ayant été mis en ligne à la fin de son année de sortie. Deuxième plus gros succès de l’histoire du réalisateur Martin Scorsese (troisième en terme d’entrées), le film avait fait grand bruit à l’époque, mais pas de récompenses à la clef, la faute à des tensions entre la réalisateur et le studio, qui reporta le film pour l’écarter de la course aux Oscars.

Le film se déroule dans les années 50 alors que Edward Daniels (Leonardo DiCaprio), ex soldat durant la Seconde Guerre Mondiale devenu Marshall, va se voir attribuer une affaire de disparition : celle de Rachel Solando (Emily Mortimer), patiente très dangereuse de l’asile de Shutter Island. Il sera épaulé par un autre Marshall pour mener l’enquête, Chuck Aule (Mark Ruffalo).

Le film fait-il parti de ceux dont connaître la fin rend un second visionnage moins intéressant ? Assurément pas, les indices disséminés sont trop gros, et on aura tôt fait de comprendre de quoi il retourne, à quelques nuances près. C’est assurément le point le plus dommageable du film tant cela pèse sur les enjeux, car très vite on s’intéressera plus à comprendre les messages cachés qu’à réellement suivre l’enquête sur la conspiration. C’est d’autant plus regrettable que le film met en parallèle les horribles expériences menées par les nazis durant la guerre avec celles des autres pays, faisant comprendre que le mal ronge n’importe qui et n’importe où. Mais finalement l’histoire n’est pas si importante, le film étant surtout une ambiance, une atmosphère pesante avec un cadre cauchemardesque d’une île secrète abritant un asile expérimental intriguant, le tout durant une terrible tempête quasi apocalyptique. La photo est magnifique, les décors angoissants, et mieux encore, le casting est juste fou, avec en prime Ben Kingsley, Michelle Williams, Jackie Earle Haley et Max von Sydow. Plus encore, j’ai découvert que le thème incroyable – et le mot est faible – de Premier Contact avait été composé pour ce film, mais très loin de s’en servir à son plein potentiel, tout juste le distingue t-on en fond à deux petites reprises. Reste un dernier bon point sur le scénario : le film se distingue du livre dont il est l’adaptation en se refusant à la frustration d’une fin ouverte, tranchant avec une rare finesse et un jeu d’acteur bluffant. Le film est donc très bon, mais pour ma part le scénario est peu trop évident pour crier au génie ou s’enthousiasmer outre mesure.

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Honoré de Marseille

Honoré de Marseille
1956
Maurice Regamey

Les blagues les plus courtes sont les meilleures, mais avec une durée n’atteignant même pas les 80 minutes, le film était déjà trop long tant il n’a rien à raconter. Imaginez Fernandel faire du Fernandel dans un rôle sur-mesure où il campe Honoré, un marseillais dans toute sa splendeur : fainéant, menteur, d’une mauvaise fois incommensurable, taquin comme pas deux et avec un sens de l’exagération indescriptible tant il explose tous les compteurs. Sur le papier, le film avait donc tout d’une excellente comédie de la grande époque avec l’un des meilleurs acteurs de tous les temps crevant l’écran comme pas deux. Seulement voilà, même avec toute la meilleure volonté du monde, on ne change pas l’eau en vin, et cette volonté n’y était même pas.

Dès la première scène, l’odeur du pétard mouillé se fait sentir : on part sur de la comédie musicale pas vraiment inspirée, et une fois finie la première chanson on ne saurait dire de quoi il retourne. Vient alors une bonne idée d’axe, celle du journaliste. Il semblerait que le personnage d’Honoré soit si monumental et respecté dans tout Marseille qu’un journaliste est prêt à tout pour obtenir l’histoire du grand homme. Il se fait désirer, se pavane, réinvente l’Histoire avec un grand H en se posant comme un dieu vivant qui a inventé tout ce que le monde compte de meilleur. Alors oui, c’est en sur-jeu constant, le personnage est caricatural à outrance et les chansons sont d’une redondance à peine croyable, mais l’idée est amusante. Une première demi-heure aguicheuse, quasi putassière, mais malgré d’évidentes faiblesses d’écriture et des acteurs en roue libre, ça passe. Puis plus rien, l’histoire du journaliste est laissée pour compte, suivant le fameux Honoré dans un quotidien banal où mensonges, mauvaise fois et arrogance pulvérisent tout sur son passage, à la limite de l’antipathique. Tout n’est qu’enchaînement de gags peu inspirés, sans aucun lien scénaristique, et après avoir épuisé tous les pires clichés possibles, le film se contente de balancer son générique de fin au beau milieu de rien du tout. Un développement affligeant où les maigres idées n’ont pas su faire tenir le film debout. Un beau gâchis qui ennuiera et fera même de la peine aux inconditionnels de l’acteur.

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Spider-Man : Far From Home

Spider-Man : Far From Home
2019
Jon Watts

Alors que toutes les sagas super-héroïques du MCU vont faire un break de deux ans suite à l’apogée de dix ans de teasing puis la conclusion de l’arc Thanos dans Avengers Endgame, ne connaissant qu’un spin-off sur un personnage secondaire et l’introduction des Éternels en 2020, il restait un tout dernier film pour clôturer cette ère. Après une sympathique introduction dans Civil War, le tisseur de toiles avait réussi à voler plus ou moins de ses propres ailes avec succès. Malgré une présence limitée, l’aura de son mentor était omniprésente et faisait partie de ce qui fonctionnait le mieux dans le film, c’était donc le moment de vérité avec cette suite où il est désormais « seul », mais heureusement l’univers connecté n’est pas oublié.

Comme le hasard fait bien les choses, suite au claquement de doigts de Thanos, tous les personnages importants d’Homecoming ont été éclipsés (sauf Happy (Jon Favreau)), se retrouvant donc quatre ans plus tard comme si de rien n’était – enfin ça n’est pas si mal géré, moins apocalyptique que dans Endgame alors que la moitié subsistait – et reprend le cours des choses (aucun impact donc sur tante May (Marisa Tomei), prenant les choses avec humour et détachement). On suivra donc ici un voyage scolaire dans toute l’Europe, et alors que Peter Parker alias Spider-Man (Tom Holland) voulait profiter du voyage pour tenter sa chance avec MJ (Zendaya) dont il est tombé amoureux, Nick Furry (Samuel L. Jackson) et Maria Hill (Cobie Smulders) vont lui rappeler son devoir d’Avengers puisque le monde est la proie des élémentaires, des créatures hautement dangereuses d’un autre univers. Heureusement, Quentin Beck alias Mysterio (Jake Gyllenhaal), un super-héros venu de cette autre dimension, va lui prêter main forte.

Ne pas avoir d’enjeux colossaux était une bonne idée après le marathon Thanos, proposant donc un divertissement plus reposant pour un peu calmer le jeu et amener d’autres attentes sur la franchise. C’est aussi malheureusement à double tranchant : on oubli déjà le film pour se concentrer sur l’avenir, oubliant de lui conférer sa propre utilité au milieu de ce grand tout. Si le film possède cette même simplicité et efficacité qui a tant plu, elle rate certains coches comme celui de Mysterio, personnage très intéressant, un peu surjoué mais surtout mal exploité. Il s’y prend mal et peine à véritablement convaincre. Les élémentaires ne sont que prétexte à des effets-spéciaux tapageurs, perdant ce côté humain à humain du premier. La plupart des histoires annexes sont amusantes, mais à l’image du geek dans le fauteuil passablement relayé au troisième plan, il n’y a aucun impact à long terme. Pourtant, malgré tout ça on passe un bon moment, l’éclipse est plutôt bien gérée et l’idylle est mignonne et bien traitée, et puis surtout on garde énormément d’espoir pour la suite. Si avoir coupé la scène avec le début du générique est d’une bêtise sans nom, l’arrivée de Jonah Jameson (J.K. Simmons) est une excellente idée, et une fois passé la frayeur de la sortie du MCU suite à des histoires de gros sous entre Sony et Disney, les annonces pour la suite donnent le vertige. On pourrait avoir l’arrivée de tous les différents Spider-Man avec leurs différents interprètes dans un même film (d’autant que le futur Docteur Strange 2 semble teaser le multivers), et puis surtout le Daredevil de Netflix est en bonne voie pour être dans le prochain opus déjà programmé pour l’été 2021, et dieu sait qu’un avocat serait nécessaire vu la dernière scène. Un opus sympathique mais pas mémorable donc, mais la suite semble gageure.

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Godzilla 2 – Roi des Monstres

Godzilla 2 – Roi des Monstres
2019
Michael Dougherty

Un peu décevant, notamment à cause de la manie de couper chaque scène de combat entre monstres géants pour se concentrer sur l’aspect humain (et probablement éviter d’exploser les plafonds question budget, pourtant massif), cette suite à Godzilla devait rassasier tout le monde avec au programme plus de créatures et plus de combats. Le but final étant une confrontation avec le gorille de Kong Skull Island, ma motivation était inexistante entre une déception et une purge totalement insipide, mais la première bande-annonce me calma totalement. Les monstres avaient l’air dantesques, le spectacle jouissif et pour ma part le succès ne pouvait qu’être au rendez-vous. Compte tenu des scores des deux autres films de la franchise se situant entre 524 et 566 M$, j’avais en toute logique estimé cette suite à priori impressionnante aux alentours de 700 M$. Finalement non, malgré une belle augmentation en chine, le gadin fut total : 385 M$, dont plus du tiers en Chine, soit des bénéfices nuls, voir un léger déficit. À qui ou quoi la faute ?

Que s’est-il passé dans le monde suite à la confrontation entre les deux Mutos et Godzilla ? Monach, le groupe chargé d’étudier et trouver les Mutos (terme désignant les monstres géants de l’ancien monde), est dans le viseur des différents gouvernements, notamment le gouvernement américain qui veut les mettre sous contrôle militaire et exterminer la menace dormante. Pour le chef (Charles Dance) d’une agence de protection de la nature, le réveil des Mutos serait la réponse au vrai problème de notre Terre : l’humanité, qui de part la pollution, l’urbanisation et la guerre, est entrain de menacer l’équilibre de la planète. Ils vont alors kidnapper le Dr Russell (Vera Farmiga) et sa fille (Millie Bobby Brown) pour utiliser leur technologie de communication avec les monstres pour les réveiller et les laisser ravager le monde.

On aura rarement vu un propos écologique aussi bidon. Non c’est clair que la radiation est bénéfique pour la végétation et les animaux, c’est bien connu. Et puis une dizaine de colosses bouffant à priori dans les 4-5 tonnes de viande par jour, c’est sûr que localement ça ne risque pas de détruire la faune locale. On passera aussi sur à quel point le film aborde avec maladresse la théorie de la Terre creuse et des Atlantes, certains cerveaux risqueraient de ne pas s’en remettre. Autre question : pourquoi ne pas avoir gardé le casting du premier ? On ne retrouvera que Ken Watanabe et Sally Hawkins, deux scientifiques lambda de Godzilla, et comme l’autre film sur Kong se déroulait 40 ans avant, c’est comme si on remettait les compteurs à zéro, ce qui n’est pas très malin étant donné la part occupée par l’armée et comment il aurait été aisé d’y faire revenir le lieutenant. Quand on voit l’absence de charisme de Kyle Chandler et le rôle indigne attribué à Zhang Ziyi, c’est à se demander si les scénaristes n’ont pas essayé de saboter le film. En plus, quelle idée de confier la réalisation d’un si gros film à un réalisateur comptant dans sa filmographie seulement deux parodies horrifiques inexistantes ? Heureusement, le film a tout de même des arguments de taille : ses effets spéciaux et les confrontations dantesques. On prend clairement une grosse claque, les designs sont très inspirés, on ressent toute la puissance des affrontements et enfin ces derniers sont à la hauteur. Du coup, on se retrouve avec l’exact opposé du premier volet. On troque une réalisation léchée et un point de vue humain intéressant, se refusant presque toute séquence épique d’affrontement, pour une réalisation lambda singeant le premier film, n’apportant que des intrigues au mieux gênantes côté humains, mais proposant un spectacle de folie poussant les choses très loin. Pour peu qu’on évite de trop y réfléchir, c’est donc un très bon divertissement, mais quand on se rappelle la saga Pacific Rim avec des combats bien plus immersifs de par une présence humaines non seulement justifiée mais en plus indispensable, avec pour le coup une vraie réalisation magnifique, le film fait pâle figure. L’affrontement avec Kong est acté et le film est déjà bouclé et en post-production depuis de longs mois, mais le silence radio laisse à penser de probables changements, et la sortie en mars 2020 sera inévitablement retardée, peut-être d’une année entière. Les paris sont ouverts.

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Very Bad Dads 2

Very Bad Dads 2
2017
Sean Anders

Si mon indulgence concernant les blockbusters décérébrés est en chute libre, il est un autre domaine avec lequel l’alchimie ne se fait plus : les comédies américaines. C’est bien simple, je ne ri plus, fatigué par la lourdeur des blagues graveleuses, mais je suis surtout devenu allergique aux démonstrations publiques et autres moments de gêne intense. Tout en respectant cette folie décadente américaine à l’insouciante exacerbée, Very Bad Dads, ou Deddy’s Home en version originale (encore des traducteurs de génie !), avait réussi l’exploit de non seulement proposer une idée assez neuve tout en la poussant pas mal loin, mais en plus le film avait su éviter la plupart des écueils du genre.

Après la confrontation entre l’ex mari ultra beau-gosse (Mark Wahlberg) et le gros dindon attardé (Will Ferrell), cette suite va agrandir la nouvelle famille en réunissant autour de Noël deux nouveaux invités : leurs papas respectifs (Mel Gibson et John Lithgow). Si à petite dose la situation avait réussi à se maintenir, le rassemblement risque vite de dégénérer…

Visiblement très attaché à la notion de famille au sens large entre les thématiques de famille recomposées dans ce diptyque et d’adoption dans Apprentis parents, le réalisateur semble maîtriser son sujet pour trouver de bonnes situations et sait parfaitement gérer son casting. Les rôles sont parfaitement à la mesure du physique des personnages, opposant méthode dure et méthode douce, tout en montrant les bienfaits de chaque. Bon après il ne faut pas y chercher de réflexion extrêmement poussée, mais on pourrait par exemple citer le passage où la petite fille, énervée qu’on pousse son frère timorée à aller à la chasse, fait le forcing pour y aller en balançant du féminisme pour une fois bien senti et intelligent. Une scène qui se terminera d’ailleurs de façon très drôle, comme tout ce qui entoure la fille, assurément le personnage le plus abouti (bien que je la confonde parfois avec l’autre). On notera niveau humour une légère baisse de qualité, car si la folie est encore de la partie avec les coups du bébé déjà taré, le frère Lannister ou le coup du déblaye-neige possédé remplaçant la moto déchaînée, on échappera pas cette fois à quelques moment de gêne pénibles. Les grands-pères sont aussi trop dans le sur-jeu et n’apportent pas grand chose en dehors de leur charisme, n’étant que des itérations exacerbées de leurs progénitures. Reste qu’on passe un très bon moment, juste simple et efficace, et c’est tout ce qu’on demande.

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Incognito

Incognito
2009
Eric Lavaine

Bigre ! On pense se faire une petite soirée « repos » en se revoyant une petite comédie qu’il nous semblait avoir apprécié à l’époque et qui n’aura donc pas besoin de repasser sous ma plume (sauf changement d’avis important), et on se rend compte que malgré une décennie entière et près de 2500 critiques écrite sur le site, à quelques mois près le film n’a pas fait l’objet d’un article. Il me semblait tenir là l’une des bonnes comédies françaises de l’ère moderne, mais il est vrai que l’avalanche d’immondices aide à la clémence.

Le film va combiner deux grands clichés / classiques du genre : l’artiste escroc et le mensonge de vie. On y suit Luka (Bénabar), chanteur qui a fait carrière grâce aux chansons d’un ami mort, devant faire face au retour de son dit ami, en réalité en retraite spirituelle en Inde depuis dix ans. Absolument pas au fait de l’actualité people ou musicale, son ami Thomas (Jocelyn Quivrin) ne sait donc pas que son ami l’a dépouillé de ses chansons. Tétanisé par la peur de voir son monde s’effondré, profitant du voyage de sa femme (Anne Marivin) et d’un pote squatteur (Franck Dubosc) prêt à aider, sans compter le fait que Thomas n’est là que pour trois jours et étant la première personne à l’avoir croisé à son arrivée à l’aéroport, Luka va donc tenter de se la jouer incognito.

Ah ce bon vieux mythe du talent, comme s’il suffisait d’en avoir, ou de spolier quelqu’un qui en a, pour jouir de la gloire. Le meilleur exemple du genre – et plus abouti d’ailleurs – est sans contestes The Words, où le truandage ne concerne pas des paroles de chansons mais un livre. Seulement ici, outre le mythomane artiste, le film y ajoute une autre couche, celle du dénie d’artiste lui-même ! C’est donc d’autant plus piquant, mais face à une aussi vieille amitié on se demande bien pourquoi un tel mensonge. La mise en place est assez laborieuse aussi, l’homme oubliant directement toutes ses obligations et ne faisant aucun effort pour changer son look. Honnêtement, avec un physique aussi banal, ne pas se faire reconnaître serait tellement facile avec un peu de bonne volonté, même sans éveiller les soupçons de son ami. Enfin bon, c’est drôle, parfois limite côté malaisant, mais pas grand chose à dire. Dubosc fait du Dubosc, le scénario est prévisible à souhait et les gags s’enchaînent à un rythme plutôt bon. Pas ouf mais sympa.

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Aladdin

Aladdin
2019
Guy Ritchie

Assurément le studio le plus écologique de l’histoire, Disney est le champion toutes catégories du recyclage. Son coup de poker en or massif du moment ? Les classiques d’animation transposés en live action. Cette année ce ne fut pas moins de quatre qui ont foulé nos salles : deux succès modérés entre la suite de Maléfique et le quasi flop de l’éléphant Dumbo. En revanche, entre la version « live » du Roi Lion et celui-ci, c’est le jackpot ultime avec plus de 2,7 milliards cumulés, ce film rejoignant donc le club des milliardaires de l’année de justesse. Après tout, rien de bien surprenant à cela, les 500 M$ du film d’animation de 1992 correspondant même à un peu plus d’entrées compte tenu de l’inflation, et en prenant en compte l’émergence de marché de certains territoires, c’est donc un résultat sensiblement inférieur.

Pour les quelques endormis du fond qui ne connaîtraient pas l’histoire qui nous est une nouvelle fois contée ici, il s’agit d’une aventure magique sur fond de romance entre Aladdin (Mena Massoud), un jeune vagabond volant pour vivre, et Jasmine (Naomi Scott), la princesse d’Agrabah, tombés sous le charme l’un de l’autre lors d’une sortie incognito de cette dernière. Seulement voilà, il ne peut pas l’aimer car il n’est qu’un vaurien et elle ne peut qu’épouser qu’un prince. Envoyé au fond d’une grotte chercher une lampe magique, il va se rendre compte que l’objet en question abrite nulle autre qu’un génie (Will Smith), capable d’exhausser n’importe quel vœux.

Très loin d’être un inconditionnel de l’original ou même des Disney d’animation, surtout ceux de cette époque dite de « l’âge d’or », l’idée d’un remake ne me choquait pas outre mesure, d’autant que les histoires de la plupart de ces films étaient rushés, surtout en terme d’écriture des personnages et évolution psychologique. Bon après j’avais espoir de pouvoir aussi me débarrasser des chansons à la con, mais c’est raté, le film les reprend toutes, et en rajoute même. Cela nous sort régulièrement de l’histoire, surtout le coup du « non je ne vais pas me taire », le moment « féministe » du film. Excusez-nous les futures générations pour cette mouvance qu’on bourre aux forceps et qui pourrie le cinéma de cette fin de deuxième décennie du XXI° siècle. Quitte à balayer le reste des aspérités du film, ayons une pensée émue pour Guy Ritchie, l’un des réalisateurs les plus talentueux actuel, qui après deux échecs commerciaux consécutifs vient de vendre son âme pour un projet ultra calibré où l’on ne ressent pas une seconde son style, lissé à outrance. Néanmoins, le pire défaut du film nous viendra de Jafar, incarné par un jeunot sans aucun charisme, impactant beaucoup la sensation de menace et réduisant les enjeux globaux.

Pour le reste, on peut se montrer très satisfait, le film suivant l’histoire avec quelques libertés bienvenues, permettant de pimenter la sauce et de créer quelques surprises. Pas fan du génie d’origine, cette nouvelle version beaucoup plus humanisée passe mieux et sa sous-intrigue est amusante. Pour le reste du casting c’est une belle surprise, le duo principal étant à la fois fidèle et charismatique. Chapeau bas tant Jasmine était un fantasme ambulant, la relève a été assurée. La plus longue durée du film permet aussi de mieux développer les personnages et les intrigues, trouvant enfin une explication au subterfuge Aladdin / Ali Ababoua. On aurait aimé moins d’effets spéciaux et plus de décors en dur tant chaque plan dégouline de CGI, mais la technique est au point. La magie est donc préservée et cette nouvelle itération apporte son lot d’améliorations lui conférant un certain intérêt, mais ça reste minime et probablement que les enfants continueront de préférer la version animée. Enfin quand on compare à La Belle et la Bête, qui a pourtant lui aussi pulvérisé la barre du milliard, c’est presque miraculeux.

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L’Arme fatale 4

L’Arme fatale 4
1998
Richard Donner

Suite et fin de cette saga qui ne m’a que trop coûté en temps, me permettant d’acter noir sur blanc mon avis sur cette franchise. Chose particulièrement utile, en cas d’oubli ou de sénilité dans quelques décennies, pour éviter de me faire à nouveau la réflexion, au détour d’un film où l’un des acteurs principaux excelle « et si je me refaisais la quadrilogie de L’Arme fatale ? ». Eh bien désormais c’est acté, plus jamais.

Histoire de terminer ce dernier tour de piste en écumant un cliché de plus sur le monde de la pègre, nos compères Riggs (Mel Gibson) et Murtaugh (Danny Glover) vont cette fois affronter la mafia chinoise (avec Jet Li en principal adversaire). Comme toujours, le hasard et les emmerdes n’auront de cesse de leur tomber dessus, puisque c’est lors d’une balade en bateau que leurs routes vont se croiser.

Plus que jamais les scénaristes sont aux abonnés absents, et la lassitude atteint son paroxysme. Les gags sont encore et toujours recyclés jusqu’à la moelle, avec néanmoins un inédit : Chris Rock. Le personnage est creux au possible, inutile à l’histoire et jamais drôle, comme ce boulet de Joe Pesci, si fatiguant. Pire, le seul personnage féminin fort, Lorna, en est réduite à une potiche enceinte, à quelques exceptions près. Au moins la continuité est là, comme les deux chiens, permettant de voir que neuf ans plus tard, celui du 2 est finalement toujours là, partageant ses maîtres avec celui récupéré dans le 3. On se raccroche à ce qu’on peut quand le scénario est à ce point inexistant. En fait, un duo de policiers avec l’un sérieux et l’autre plus voyou, proposant du divertissement bas de plafond reposant sur de l’action grand-guignolesque, on a au final la même formule et la même qualité que notre franchise nationale Taxi ! Question malaise on a presque aussi fort lors de scènes comme le gaz hilarant chez le dentiste ou le coup du rabbin. Certes, question charisme le casting est incomparable, mais c’est dire à quel point on touche le fond. Cette fois ça y est, cet opus a réussi à passablement m’ennuyer, et il était temps que ça s’arrête.

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L’Arme fatale 3

L’Arme fatale 3
1992
Richard Donner

Quand ça cartonne, on cachetonne. Que ce soit les acteurs, les producteur ou le studio, pas question de laisser dormir la poule aux œufs d’or, et cette fois un nouveau pallier fut atteint : la barre symbolique des 300 M$. Pour le spectateur retour de la formule miracle, et question budget – qui explosera tous les compteurs pour le dernier tour de piste – la timidité était encore de mise, à peine le dixième des recettes.

Après la drogue puis la drogue, place au trafic d’armes avec un flic ripoux. Suite à une petite bavure dont ils ont le secret, les agents Riggs (Mel Gibson) et Murtaugh (Danny Glover) vont se retrouver à la circulation, mais étant toujours des aimants à problèmes, la merde va leur tomber dessus au détour d’un braquage de convoie, les menant directement au beau milieu d’un trafic d’arme orchestré par un ancien policier.

La formule commence à montrer ses limites : passé l’excellente intro avec le coup du chat, on tombera immédiatement dans une avalanche de redondances et recyclage. Les gags des premiers films sont remixés et les mêmes facilités scénaristiques font avancer sans surprises une histoire des plus convenues. Pire, le running gag de Joe Pesci, vite fait amusant dans le précédent film, devient ici quasiment immédiatement insupportable. La love interest est moins touchante que la dernière en date, et côté action-divertissement, si le film fait le taff, rien de vraiment mémorable. Le coup du chien est amusant, mais on se demande où est passé celui du précédent film, qui semblait en pleine force de l’âge à peine trois ans plus tôt. De quoi commencer à se lasser donc, d’autant que la saga n’aura jamais vraiment décollé.

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