Top Flop Ciné 2018

Ayant à peu près fait le tour des films que je voulais le plus voir de 2018, il était grand temps de délibérer et de choisir les films qui m’ont le plus plu ou déplu en cette nouvelle année cinématographique. N’ayant pas vu autant de film que pour la précédente année, et ne m’étant pas autant forcé à voir certains films que je pressentais mauvais, je n’ai pas réussi à trouver dix mauvais films, de même que les dix meilleurs de l’année ne m’ont pas tous tellement convaincu, mais il faut bien avouer que la cuvée 2018 était assez pauvre, la faute notamment aux grands favoris des précédents Oscars, sortis de janvier à mars, qui m’ont assez largement laissé de marbre.

Enfin bref, place à la vidéo présentant ces fameux films qui m’ont le plus marqué de l’année, que ce soit en bien ou en mal : https://www.youtube.com/watch?v=Rqi42T33TkQ

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Death Wish

Death Wish
2018
Eli Roth

Quand j’avais vu la bande-annonce, j’étais hypé comme rarement : le film s’annonçait comme drôle, dynamique et violent, avec en prime le retour d’un grand acteur qui avait tendance à se perdre dans les méandres des direct-to-DVD ces dernières années. Finalement, à sa sortie le film a fait un bide et les critiques étaient mauvaises, et pire encore, il s’agissait d’une réadaptation d’un roman qui avait donné Un Justicier dans la ville, un film d’une lenteur terrible et dont le scénario était une vaste fumisterie. Canular qui ne fait plus rire personne depuis une bonne décennie et qui a peu à peu perdu toute crédibilité à force de taper exclusivement sur les mêmes personnes ou sur les échecs au box-office indépendamment de la qualité des films, les Razzie Award ont nominé cette année ce film dans la catégorie pire remake / réadaptation, me faisant dire que peut-être le résultat pouvait être pas mal, et j’étais loin du compte.

On sort d’un restaurant un peu chic, un voiturier qui regarde l’adresse de la maison sur le GPS, une fille qui refuse de se faire violer lors d’un cambriolage et c’est le drame : elle se défend, le psychopathe ouvre le feu. Lui qui avait juré de protéger son prochain en étant médecin, Paul Kersey (Bruce Willis) va retrouver sa femme morte et sa fille grièvement blessée, plongée dans le coma. Face à l’incapacité des forces de l’ordre, que ce soit pour protéger sa famille ou retrouver ceux qui ont fait ça, quand Paul va tomber aux urgences sur un truand blessé par balle portant la montre qu’on lui a volé, il va décider de remonter la piste et de faire justice lui-même.

Alors même que Eli Roth est connu pour ses films d’horreur extrêmement violents et gores, il nous livre ici un film bien plus intelligent et ironiquement moins violent que le film original. Ici la famille est riche et le but premier était un simple larcin, et tout ce serait bien passé s’il n’y avait pas un taré dans le lot. On est loin des trois jeunes psychopathes qui avaient juste envie de tabasser à mort une pauvre femme et violer la fille, qui me semble était en plus très jeune dans la version de 1974. Plus encore, on passe d’une enquête inexistante ne reposant sur rien à quelque chose de beaucoup plus poussé et logique dans la mesure où la criminalité à Chicago semble très forte, les blessures par balle légions, et en tant que chirurgien affecté à ce genre de cas, c’était inévitable. Plus encore, le film rajoute une dimension virale avec le public qui se fascine pour ce justicier de l’ombre, s’attaquant aussi à d’autres criminels néfastes durant sa croisade. Le casting est assez efficace avec deux guests d’envergure : Vincent D’Onofrio et Dean Norris. Niveau rythme le film bombarde comme il se doit dans un bon gros film d’action, et le message sur la violence et le problème des armes à feu aux Etats-Unis est un sujet plus que jamais d’actualité. Bref, le film est une excellente surprise qui maîtrise son sujet, offrant un divertissement terriblement efficace et moins décérébré qu’on pouvait craindre.

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BlacKkKlansman

BlacKkKlansman
2018
Spike Lee

Nombreux sont ceux à avoir été dubitatif à l’annonce du film, pourtant tiré d’une histoire vraie. Certes, les suprématistes blancs du Ku Klux Klan sont une bande d’ivrognes dégénérés, mais l’idée qu’un policier noir ait pu les infiltrer, ça semblait complètement con. Et pour cause, c’est un terrible raccourci complètement faux, et l’histoire que le film met en avant est autrement plus crédible.

L’histoire prit place au début des années 70 alors que les mentalités tentaient d’évoluer pour un avenir plus tolérant où le mot « minorité » ou « ethnie » disparaîtraient au même titre que le mot en N qu’il ne faut pas prononcer. Dans l’optique de changer l’image de la police, et potentiellement faire évoluer les mentalités en son sein, une campagne de recrutement favorisant la mixité permis à Ron Stallworth (John David Washington) de rejoindre les forces de police de Colorado Springs. Fougueux et déterminé, il passera vite enquêteur, se donnant comme mission d’intégrer le Ku Klux Klan (dirigé par Topher Grace). Excellent baratineur, il aura tôt fait d’y arriver, mais ne pouvant clairement pas se présenter lui-même, son collègue Zimmerman (Adam Driver) le représentera. Au téléphone et en dehors, un noir et un juif faisant équipe pour infiltrer une organisation en guerre contre ce qu’ils sont.

Le film est une grande réussite. Si bien sûr les tarés de suprématistes sont représentés comme des psychopathes pro armes, complètement illettrés et souvent bourré, ce qu’ils sont en dehors des « élites » qui les gèrent, le film a l’intelligence de ne pas s’arrêter là. Déjà l’infiltration est assez difficile, mais pendant une grande partie du film on nous fait douter de la véracité de la menace. Après tout, ça boit beaucoup mais peut-être qu’ils en restent à de simples intentions ? De plus, le film contre-balance pratiquement chacun de ses propos alarmistes avec des extrêmes de chaque bord. Ainsi, si des membres de la police dévient et se vautrent dans un racisme lattant, d’autres apportent un soutien indéfectible indépendant de l’origine de la personne. De même, si le film met en garde contre le KKK, il dépeint aussi la menace de l’époque des Black Panther, un groupe afro-américain qui n’hésitait pas parfois à se salir les mains et basculer dans le terrorisme. Comme il est de bon ton de taper sur Trump, on trouvera aussi nombre de parallèles avec la situation actuelle, dénotant bien sûr d’une prise de partie, mais elle était évidente dès le début et ça reste un gimmick assez drôle, bien qu’inquiétant. Le casting est très efficace, le fils Washington s’en sort admirablement, et le passage d’Alec Baldwin est très drôle. Une histoire très intéressante, qui malgré les décennies reste toujours d’actualité, et le film traite son sujet avec une grande finesse qui fait plaisir.

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The Man From Earth Holocene

The Man From Earth Holocene
2018
Richard Schenkman

Avant d’être mis en ligne par les créateurs même du film, j’avais aperçu le film il y a plus d’un an dans les charts du box-office américains, n’en revenant pas. Succès surprise sorti dix ans avant, The Man from Earth avait surpris le monde entier de par sa simplicité et son efficacité. Huis clos tourné avec les moyens du bord et qui a mit près de 20 ans à se faire (faisant que son auteur est mort neuf ans avant que le film ne se fasse, reprit par son fils), le film partait d’une idée formidable, nous fascinant tout du long de par un récit formidablement pensé, logique scientifiquement et bouleversant historiquement. Une claque comme on en connaît que trop peu, et voir une suite débarquer était complètement fou. Y avait-il plus à dire ou à faire ? Oh que oui.

Homme de Cro-Magnon né il y a 14 000 ans, John ne vieilli pas, ne marque pas, traversant les âge sans pouvoir rester plus de dix ans au même endroit, sans quoi il finirait vraisemblablement ses jours dans un laboratoire. Cette fois il s’est installé comme professeur de religions dans l’Ohio, coulant des jours tranquilles avec sa nouvelle compagne Carolyn (Vanessa Williams) – dommage finalement qu’il n’ait pas tenté l’aventure avec la Sandy du premier film, pourtant créditée au générique comme celle qui incarnait Edith, et au final aucune des deux ne sont présentes -. Une petite vie rangée qu’il pensait pouvoir conserver quelques années encore avant de changer d’identité, mais c’était sans compter sur des élèves un peu curieux qui vont tenter de découvrir son secret.

Le film avait deux belles pistes à explorer. Notre immortel semble toucher à sa fin et commencer à vieillir, avec deux développements possibles à la clé : soit il se dirige effectivement vers la mort à un rythme inconnu, remettant en cause son statut quasi divin et nous faisant explorer la confrontation avec la fatalité, soit il s’agit d’une sorte d’épreuve spirituelle où son pouvoir de guérison s’affaibli avec la lassitude, et il doit alors retrouver en lui la force d’être l’homme qui ne marque pas. Cette première piste semble s’orienter vers la première possibilité, mais ne sera pas vraiment exploiter dans la mesure où la priorité n’est pas là. Avec l’évolution des technologies et une vie privée de plus en plus difficile de cacher avec la surexposition qu’on subit, volontairement ou non, avec les réseaux sociaux, le film explore surtout la piste d’un mode de vie qui arrive à son terme. Les jeunes sont curieux, et si le partage de ses connaissances est sa grande motivation, leur proximité peut vite devenir problématique. Il y avait là une possibilité de relation professeur-élève à la Californication, d’autant que la jeune Tara est à se damner et qu’on voit mal comment quelqu’un pourrait résister, et globalement le film ne les développe pas assez, mais c’est là un autre problème. En effet, le film se veut comme la mise en bouche de quelque chose de plus grand, avec toujours les débats philosophiques et la quête de soi en sous-texte (les cours en amphithéâtre sont d’ailleurs passionnants), mais prenant aussi le danger d’être découvert en trame de fond. Pourquoi pas, surtout si on retrouve certains personnages du premier film, car seuls deux – en plus du héros – sont de retour, mais pas sûr que le financement participatif soit à la hauteur, surtout que le film peine à exister par lui-même, ne faisant que mettre en lumière un style de vie déjà dépeint. Espérons néanmoins que d’autres films ou qu’une série complémentaire voient le jour car le potentiel est immense.

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A Star Is Born

A Star Is Born
2018
Bradley Cooper

Assurément un film que je me devais de voir avant de potentiellement publier mon top annuel tant il aura marqué une très grande partie du public. Avec plus de 8 sur IMDb et 88 de metascore, sans compter un 4,5 sur 5 sur allociné et un 90% sur rottentomatoes, le film a été l’un des gros cartons de la fin d’année avec plus de 400 M$ dans le monde, un score rarissime pour une romance, et si un certain Bohemian Rhapsody n’avait pas explosé tous les compteurs, on serait même au niveau des plus gros succès musicaux de tous les temps. Avec en prime de prestigieuses nominations dans les différentes cérémonies et une chanson phare déjà culte, la question n’était plus de savoir si le film était bon, mais à quel point.

Troisième remake du film éponyme de 1937, deux autres étant sortis en 1954 et 1976, le film raconte comment la vie de Ally (Lady Gaga) va se retrouver bouleversée suite à sa rencontre avec Jackson Maine (Bradley Cooper), grande star de la chanson américaine. Sous le charme de la jeune femme et de son timbre de voix unique, il va lui offrir le tremplin qu’elle n’a jamais eu en la faisant chanter avec lui lors d’un de ses concerts. Entre la force de ses paroles et sa puissance vocale, le public sera immédiatement conquis et une star va naître.

La voix est un instrument comme les autres, il faut de la pratique et du temps pour la maîtriser, mais c’est à la portée de tout le monde pour peu qu’on s’en donne les moyens, comme à peu près tout. Avoir du talent c’est une question de patiente et d’acharnement, mais réussir est avant tout une question de chance. Que ce soit pour la musique ou autre chose, on a tous rêvé un jour de quelque chose de grand, et qu’un mentor viendrait nous tendre la main pour atteindre les étoiles. Un sujet universel qui se raccorde bien avec la musique, forme d’art la plus immédiate en terme d’émotions, et y voir naître un amour entre les deux protagonistes était inévitable tant une passion commune peu rapprocher. Le film traite son sujet avec beaucoup de poésie et de tendresse, dressant malgré tout le portrait d’un écorché en mal d’amour et qui ne saura jamais se contenter de quoi que ce soit, un mal qui touche de nombreuse personnes et qui fera écho pour beaucoup d’entre nous. Des thèmes forts que le film développe avec une grande justesse, notamment grâce aux interprétations à fleur de peau des deux personnages principaux, excellents dans leurs rôles et qui n’ont pas volé leurs nominations aux différentes cérémonies. Deux seuls bémols viennent obscurcir un peu le tableau : à l’image de Glass, le héros ne surmontera jamais ses peurs, et musicalement, la plupart des titres d’Ally sont insipides, du pop rock lambda, peu inspiré et racoleur, là où ceux de Jackson Maine sont plus « vieux rock » limite country avec beaucoup de personnalité. Un très beau film à l’histoire classique et musicalement pas si bon, mais entre les prestations magnifiques, la réalisation très soignée et quelques tubes d’envergure, on ne peut que saluer le travail artistique.

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Première année

Première année
2018
Thomas Lilti

Le système éducatif français ? Peut-être le pire. On demande aux enseignants et aux professeurs d’avoir un bac+5 pour enseigner des notions basiques qui ne demandent pas tant de savoir mais plutôt de la pédagogie, chose qui s’apprend ou non sur le tas, alors même que nos voisins allemands proposent pour se faire comme en France à la belle époque : une réorientation bien plus tôt dans le cycle d’apprentissage, avec derrière un cursus plus rapide et plus pertinent. Pour la médecine, on frôle la blague de mauvais goût : la somme de connaissances à emmagasiner est abusive, recalant ainsi de brillants élèves à cause d’un nombre de places extrêmement limitée, avec à l’arrivée 10 à 15 % de sélection. Et à côté de ça, le pays manque de médecins et va en chercher dans d’autres pays, montrant la connerie ahurissante de nos « élites » qui dictent nos lois. On a tous connu au moins un ami extrêmement brillant, ayant eu le bac avec mention Très Bien, et ratant malgré tout la première année de médecine, démontrant que la vie est dénuée de sens à cause de ceux qui influent dessus.

Réalisateur de films centrés sur la médecine, profession qu’il connaît puisqu’il a pratiqué, Thomas Lilti nous revient avec un tout autre problème. Après la rudesse du métier et la désertification en campagne, place à l’impitoyable sélection de première année en école de médecine. On y suivra Benjamin (William Lebghil), fraîchement devenu bachelier et entrant donc en première première année, s’étant inscrit pour poursuivre une tradition familiale plus que par vocation, et Antoine (Vincent Lacoste), un triplant, chose normalement interdite (on ne peut redoubler qu’une fois) mais qu’il a obtenu grâce à une dérogation. Pour lui la médecine est une vraie passion, un rêve qu’il touchait du bout des doigts à sa dernière tentative, et cette année sera sa dernière chance.

Quand un réalisateur est aussi passionné et maîtrise autant son sujet, ça se sent. Sans même avoir vécu ce genre d’expérience, ouvrir un livre pour réviser me provoquant de terribles allergies, quant au par cœur n’en parlons pas, il n’empêche qu’on se sent immédiatement dans l’ambiance et les personnages semblent criants de vérité. Les acteurs sont excellents, certains dialogues sont finement pensés, un peu trop parfois, la mise en scène s’offre occasionnellement quelques plans esthétisés (le travelling arrière sur la chambre au sol tapissé de livres est magnifique) et le tout sonne avec une rare justesse. On sent les nerfs à vif, le raz-le-bol général, la pression monstrueuse avec un burn out lattant. On en ressort avec l’envie de brûler des bibliothèques, de fuir loin en courant dans la nature, partant le plus loin possible de ce monde de fous où en oubli de vivre. La fin est donc à la fois forte et logique, mais ô combien frustrante car même quand la réussite est à la clé, on a tout de même perdu une année de sa vie, et dans le cas contraire il y a de quoi sombrer dans la folie. On peut universaliser les propos du film, voyant là la symbolique de l’acharnement à la poursuite de ses rêves, donc assurément le film parlera à tout le monde. Reste quelques facilités de scénario, dans l’ensemble très prévisible, et on regrettera l’absence de romance dans cette spirale de travail, d’autant que la voisine asiatique était une candidate toute désignée et aurait permis de mieux travailler l’évolution psychologique de Benjamin. Un très bon film donc, et il est quasi certain qu’il est meilleur que celui qui gagnera le César du meilleur film dans quelques semaines.

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Glass

Glass
2019
M. Night Shyamalan

Prévue de longue date par le réalisateur, cette suite d’Incassable arrive pratiquement deux décennies plus tard, alors même que le public avait répondu présent et que les critiques étaient bonnes. Constatant que M. Night Shyamalan n’a connu qu’un seul échec en salle, immédiatement rattrapé ensuite, cette longue attente est étonnante. Plus encore, le twist de fin de Split nous révélait son statut de seconde partie d’une trilogie prenant fin ici, et le film eu un énorme succès en salle, et malgré tout Glass nous arrive avec un budget représentant un sixième de celui d’Incassable en tenant compte de l’inflation. Pourquoi tant de difficultés à financer un film de super-héros si attendu dans une ère où ils dominent tant le box-office ? Eh bien parce qu’à nouveau, le film se refuse d’en devenir un.

Dix-neuf ans se sont écoulés et David Dunn (Bruce Willis) a pleinement endossé son costume de protecteur de Philadelphie, traquant les criminels de sa ville dans sa parqua verte. Alors qu’il était en proie avec Kevin Crumb (James McAvoy), le psychopathe aux multiples personnalités, qui aime capturer et tuer de jeunes filles (seule Casey (Anya Taylor-Joy) avait réussi à lui échapper), capable de se transformer en bête féroce, tous deux seront arrêtés et envoyés dans un hôpital psychiatrique géré par Elie Staple (Sarah Paulson). Comme pour son autre patient Elijah Price (Samuel L. Jackson), elle va essayer de leur faire prendre conscience que les super-héros n’existent pas.

Alors que Incassable avait un potentiel énorme, mais était gâché par ses personnages trop mous pour prendre des décisions, faisant que l’histoire s’achevait avant même que David ne devienne le héros qu’on attendait, Split décevait à son tour par une écriture trop classique, aboutissant à une narration prévisible. Sans aller jusque dans une démesure à la Chronicle en terme de pouvoirs, on attendait fébrilement le tout premier super-héros ordinaire de l’histoire du cinéma, aux supers-pouvoirs modestes, non milliardaire et avec une réalisation extrêmement esthétisée mais néanmoins réaliste, comme pour nous donner l’illusion que des êtres exceptionnels peuvent se cacher parmi nous. Comme à son habitude, le réalisateur fait un excellent travail de mise en scène, réutilisant ses codes couleurs par personnage, travaillant extrêmement bien son suspense sur la question de la légitimité des supers-héros et la véracité de leurs supposés dont extraordinaires. Un choix de piste néanmoins douteux, car rendre banals ses protagonistes enlèverait tout l’intérêt du film, d’autant que la justification réelle arrivera comme un cheveu sur la soupe.

Place maintenant aux spoilers pour expliquer tout ce qui ne va pas dans ce film, détruisant sa propre démarche et anéantissant tout son potentiel par des choix qui n’en ont pas forcément été. Traînant beaucoup trop sur la longueur avec des manipulations de Elijah qu’on comprend mal comment elles ont pu passer inaperçues dans un endroit si surveillé, le film se met lui-même en danger en laissant entrevoir la possibilité que tout ça soit bidon et que les supers-pouvoirs n’en sont pas. Puis finalement, le film semble déclarer solennellement que leurs pouvoirs sont réels, annonçant au passage un affrontement dantesque qui aurait pu être une apothéose grandiose, pouvant à la fois ouvrir la porte à des suites ou au contraire conclure admirablement le tout, mais difficile d’y croire avec un budget si minimaliste. Et pour cause, le combat épique n’aura pas lieu. À la place, une bagarre sans envergure sur un parking vide où tour à tour les trois personnages phares vont mourir de façon pitoyable : Elijah à cause d’un coup fatal de par sa maladie des os de verre, Kevin par un simple tir de police, et David va se noyer dans une flaque d’eau. Trois morts lamentables avec derrière deux twists sortis de nulle part et à l’impact risible : une société secrète cachant les surhumains, mais finalement tout ça n’aura servi à rien parce qu’Elijah aura tout anticipé et balancé sur internet des « preuves » de l’existence des supers héros. Oui mais non, tout ce que l’on voit c’est le combat mollasson sur le parking où les démonstrations de force n’ont rien de surhumain (même sans équipement nombre d’athlètes peuvent soulever jusqu’à 300 kg, soit suffisamment pour soulever une partie d’une voiture). Alors oui, ce que l’on voit n’est pas à la portée du premier venu (surtout la porte en métal), mais ça reste du domaine du possible, donc pas de quoi rendre crédible aux yeux du monde entier l’existence de personnes aux capacités hors du commun.

Bref, malgré un casting énorme – assez en forme d’ailleurs -, une réalisation léchée, d’excellentes musiques et un concept passionnant, le film n’est pas la réussite tant attendue. Entre un rythme poussif, des incohérences de partout, des promesses non tenues et un scénario qui ne cesse de décevoir avec un final incroyablement mauvais, l’espoir s’est définitivement éteint autour de cette saga au potentiel colossal qui n’aura jamais eu droit à un traitement digne de son envergure.



Critique aussi disponible en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=CM448maCIyg

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Un raccourci dans le temps

Un raccourci dans le temps
2018
Ava DuVernay

Après John Carter puis A la poursuite de demain, voici le troisième flop retentissant pour Disney, décidément à la peine quand il s’agit de faire de la SF sur grand écran. Seulement contrairement aux deux échecs colossaux susmentionnés, celui-ci n’a pas grand chose à voir. Dans les deux premiers cas, malgré de gros efforts et des critiques plutôt bonnes, avec même d’ardents défenseurs (moi perso pour John Carter que je trouve dantesque), le budget était tout simplement trop imposant pour le premier (près de 400 M$ avec les frais marketing) et déraisonnable pour ce type de production pour le second (pas loin de 300 M$ pour de l’anticipation ne reposant pas sur un classique de littérature). Ici la situation est totalement inversée : alors même que le casting est dantesque et la bande-annonce donnait sacrément envie, le rejet fut violent et massif, mais malgré tout le film aurait pu être un succès. En effet, le film a atteint la barre des 100 M$ aux Etats-Unis, donc dans le cadre d’une sortie classique ce score aurait au moins doublé, voir triplé, et le film a coûté à peu près la moitié de leurs précédents fours. Nickel ! Oui mais non, pour des raisons inconnues, suite à un démarrage poussif (rattrapé par un étonnant bon maintient), le film a été annulé dans l’entièreté des pays asiatiques, comprenant trois des dix pays faisant le plus d’entrées au monde (la Chine, la Corée du Sud et le Japon – l’Inde n’aimant pas beaucoup les productions étrangères). Quand on sait que sur certains blockbusters américains ces trois pays peuvent représenter 70% des recettes mondiales, on sent là une volonté de Disney de provoquer eux-même l’échec de certains films pour justifier une politique de production frileuse. Souvent cité parmi les pires films de l’année alors qu’il faisait parti de mes plus grosses attentes de l’année, je voulais tout de même vérifier le naufrage par moi-même.

Quadrilogie littéraire de Madeleine L’Engle (ah donc y’avait moyen de s’en taper quatre ! Vache… ), cette adaptation du premier tome raconte la détresse de Meg (Storm Raid), une jeune adolescente dont le père (Chris Pine) a disparu depuis quatre ans. Scientifique qui travaillait avec sa femme (Gugu Mbatha-Raw) sur les réalités et les dimensions, il se sera fait aspirer dans l’une d’elles. Attendant que Meg soit prête à ouvrir son esprit aux voyages intra-dimensionnel, trois divinités (incluant Oprah Winfrey et Reese Witherspoon) vivant hors de notre réalité vont venir la chercher pour un voyage à travers le temps et l’espace pour retrouver son père égaré.

Le potentiel était là : l’histoire est simple, les thématiques sont bonnes, la morale intéressante et pas totalement dichotomique, et visuellement en dehors de la réalité il n’y a aucune limite au champ des possibles, et c’était là une occasion en or de proposer des visuels dingues, d’envergure et au style original. Oui mais non, il faudra repasser pour ça. Tout est aseptisé dans les grandes largeurs, on sent clairement que le public visé est très très jeune, les prenant au passage pour des sacrés cons avec de pseudos explications scientifiques à faire hurler les morts. Et visuellement, là où le film avait son plus gros potentiel, on se retrouve avec des fonds d’écrans Windows XP avec un étalonnage immonde, dégoulinant de fond vert sur pratiquement chaque plan. Toutes les idées sont classiques, éculées, et même mal modélisées. Pourtant le film avait un beau budget, mais probablement qu’une grande partie est passée dans le cachet des acteurs, comprenant aussi Zach Galifianakis, Michael Pena ou encore le jeune Levi Miller, désormais habitué des naufrages financiers avec Pan (zut j’avais presque réussi à oublier ce carnage… ). Sortons nos agendas car la prochaine catastrophe industrielle du studio est déjà annoncée : Artemis Fawl, qui sortira en août prochain. Mais peut-être que je suis mauvaise langue et que le studio essaye vraiment de faire de son mieux, mais à systématiquement interdire toute forme d’originalité dans la conception de ses productions (coucou Solo par exemple), il ne faut pas s’étonner de voir une homogénéité lassante, aboutissant parfois à des films passablement creux et ennuyeux.

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The Predator

The Predator
2018
Shane Black

De base j’avais une hype monumentale. J’avais beaucoup aimé le premier film quand j’étais petit, la SF m’a toujours passionné, j’adore les films de Shane Black, surtout Iron Man 3 qui avait quelque peu divisé, et même Predators, largement décrié, m’avait assez bien diverti malgré ses nombreux défauts. Sur le papier le film avait tout de génial, et je pensais pouvoir passer outre ce qui a tant fait rager le public, mais malheureusement tout est absolument justifié et impardonnable. Quand un film connaît plus de trois reports et des reshoot de plus d’un mois avec la réécriture de près de 80% du script en urgence, ça puait – il est vrai – bien salement de la gueule, et ô mon dieu quel bordel.

Comment résumer un tel foutoir ? Eh bien d’un côté on a un Quinn McKenna (Boyd Holbrook) qui va tomber sur un Predator (capable de maîtriser la courbure espace-temps mais incapable de poser son vaisseau sans se crasher) lors d’une mission militaire, qui va se retrouver avec une troupe de psychopathes de l’armée qu’il faut faire taire (incluant Trevante Rhodes et Alfie Allen) ; de l’autre on a l’armée qui fait ses expériences, épaulée par le professeur Casey Brackett (Olivia Munn), une spécialiste de renommée mondiale qui donne des cours dans un établissement de merde et qui semble avoir une formation militaire supérieure à des soldats d’élite (et capable de courir à plusieurs centaines de kilomètres par heure, mais ça c’est une autre histoire). Et au milieu de ça, il y a l’ex femme (Yvonne Strahovski) et le fils de McKenna (Jacob Tremblay), à qui il a envoyé en secret de la technologie alien. Ah oui, et y’a un Predator de trois mètres de haut avec des Predachiens qui vient récupérer l’autre Predator. Voilà voilà…

On dit que le réalisateur a saboté lui-même son propre film car le studio le dépossédait de son œuvre. Ça semble énorme de se dire qu’un studio qui gère des milliards et accorde un budget plus de deux fois supérieur à Predators fasse exprès de sortir le plus mauvais film possible. Quoique avec Solo il y a de quoi se poser la question… Et en fait le film aurait pu être bon. Quelques clins d’œils aux films originaux marchent bien, visuellement le film propose des choses assez dingues avec de la violence très crue, le casting est plutôt bon même si l’écriture des personnages est problématique, et dans l’ensemble ça pourrait faire un bon divertissement. Olivia Munn est à tomber dans le film, tantôt fragile comme lors de la décontamination, tantôt badass comme personne en sautant de toit en toit, mais pourquoi ? D’où sort-elle ? Son personnage n’a aucun sens, comme la plupart des autres qui font n’importe quoi de bout en bout, et le film n’apporte jamais la moindre explication rationnelle. La fin enchaîne les situations stupides avec des sauts de dix mètres sans aucune égratignure, des gens qui s’accrochent sur un vaisseau en plein vol, et d’autres qui rattrapent ledit vaisseau en courant (!). Si le film ne mettait pas tant d’énergie à nous sortir de l’immersion avec ses blagues de merde, ses personnages inconsistants et son scénario abrutissant, il y avait là de bonnes bases pour un bon gros délire bien vénère. Mais à force d’avoir été raboté de partout, remonté en urgence pour enlever un acteur (pour des histoires pour lesquels il a déjà été jugé bien des années avant, donc bravo le respect de la loi et la réintégration) et fignolé à la pisse à causes de tensions supposées entre le studio et le réalisateur, le film ne ressemble plus à grand chose à l’arrivée, surtout dans sa seconde moitié en roue libre. En l’état ça se regarde avec quelques passages sympas, mais clairement oui, le film a été saboté.

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Lucario et le Mystère de Mew

Lucario et le Mystère de Mew
2008
Kunihiko Yuyama

Nous y voilà enfin. Assez des trop mauvais films Pokémon qui se sont révélés en plus pires que dans mes souvenirs, et même à l’époque très vite tous sont devenus de pures calvaires. C’est bien simple, si même le tout premier, qui me semblait être le seul autre bon, était en réalité très bof, il ne restait donc plus qu’un seul candidat possible pour redorer le blason de la saga. Comme à son habitude, la France était une fois de plus la dernière servie, mais à un point problématique cette fois. En effet, le film est sorti au Japon en 2005, soit un peu plus d’un an avant l’arrivée de la quatrième génération. Mettre en avant ainsi bien avant la sortie des Pokémon encore inconnus, notamment Lucario qui a un des rôles principaux, ça donnait une importance supplémentaire au film. Or si les jeux Diamant et Perle sont arrivés avec près d’un an de retard chez nous, le film en accusait trois, débarquant donc largement après les jeux. Sachant que Lucario a une classe folle et figure personnellement dans mon top 10 de mes Pokémon préférés, d’un point de vue marketing c’est à mes yeux une erreur monumentale, mais soit.

L’histoire démarre plusieurs centaines d’années avant notre ère alors qu’une guerre faisait rage. Aaron, protecteur du royaume de Cameran, va s’avouer vaincu devant la menace d’un affrontement dantesque aux portes du château, prenant ainsi la poudre d’escampette au moment crucial, allant même jusqu’à enfermer son fidèle compagnon Lucario dans son sceptre magique, ancêtre de la pokeball. Bien des siècles plus tard, alors que Sasha et ses amis assistaient à une commémoration en l’honneur d’Aaron, dont la légende raconte qu’il est le sauveur de ces terres, son aura va entrer en écho avec celle de Lucario, prisonnier du sceptre depuis tant d’années. Maître d’un arbre de vie gérant l’écosystème et la biodiversité de la région, Mew va se retrouver pourchassé et va prendre avec lui Pikachu, blessé alors qu’il tenter de le protéger. Sasha et Lucario vont donc faire équipe pour retrouver Pikachu et tenter de percer les mystères du passé.

Dès l’introduction je me suis immédiatement rappelé pourquoi j’aimais tant ce film : outre le fait qu’un véritable effort a été fait, tant en terme de narration que de profondeur scénaristique, j’y ai vu les prémices de la grandeur. Pour ceux qui ne le savent pas, j’ai fabriqué sur une bonne centaine d’heures une introduction à l’univers Pokémon grâce à RPG Maker VX : Le Chemin de l’immortel. Si bien sûr le film ne s’accorde pas une telle extravagance en imaginant à la fois un univers héroïque-fantaisie cohérent et une explication rationnelle au monde des Pokémon et son fonctionnement, mettre en avant une guerre et des morts, que ce soit chez les humains et chez les Pokémon, c’est déjà énorme. Bon après, le reste de l’histoire ne vole pas bien haut. On s’en tient au strict minimum ; la Team Rocket est un boulet insupportable, traîné depuis bien trop longtemps et qui n’a jamais fait rire personne ; Sasha et ses compagnons n’ont nulle introduction, faisant que ceux arrivant en cours de route seront un peu paumés ; la fin se sent venir à des kilomètres ; et au bout du compte on ne comprend pas pourquoi la fille en avait après Mew ni pourquoi cette grosse lavette censée être l’un des Pokémon les plus forts qui soient ne se bat jamais. Oui mais voilà, le tournoi avec de la bonne grosse musique pop américaine marche du feu de dieu, Lucario a une classe folle, les attaques des trois légendaires (Regice, Rgisteel et Regirock) donnent la chair de poule et artistiquement l’arbre de vie est dingue. On y retrouve des visuels vertigineux dignes des meilleurs jeux d’aventure style SF ou fantastique, et en terme de mise en scène le film est très efficace. Un écrin sublime pour une histoire sombre et bien meilleure que d’habitude, et même si j’ai raté quelques films entre le 10ème (oui oui, à l’époque je les regardais religieusement chaque année) et Je te choisis (le 20ème), voilà assurément le plus abouti de tous les films Pokémon, de très loin.

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