Final Fantasy XV

Final Fantasy XV
2016 – 2018
XBoxOne/PS4 – PC

Présenté sous le nom de Final Fanatsy XIII Versus lors de l’E3 2006, le jeu avait l’air particulièrement prometteur à l’époque, se targuant de propulser la licence iconique des J-RPG dans le vaste monde des open-world, promesse particulièrement alléchante pour qui a souffert du dirigisme atroce de FF X et FF XIII. Seulement aujourd’hui les joueurs ont conscience qu’un trop grand terrain se rempli mal, et un compromis entre les deux est plus souhaitable tant la pléthore d’open-world pousse à devenir clostrophile. Le temps a passé, et face à une trop grande ambition le jeu est mort en 2012, après avoir englouti 150 millions de dollars de budget, renaissant sous la forme d’un nouvel opus qui aboutira quatre ans plus tard. À sa sortie, certains critiques furent dithyrambiques, d’autres assassines, mais avec le très bon film d’animation Kingsglave je voulais y croire, loin de me douter qu’il s’agissait là du plus mauvais Final Fantasy de toute l’histoire.

Graphismes : 12/20

Voilà une note qui pourrait sembler très dure, mais même poussé au maximum le jeu peine à faire mieux que FF XIII sorti six ans avant. Si en terme de technique le moteur est légèrement au dessus, le reste pêche malheureusement beaucoup. En terme de mise en scène, le grandiose n’est que rarement présent, concentré sur les combats divins et la phase finale, mais même là le spectacle est gâché par une caméra à la ramasse, le jeu ne possédant pratiquement aucune cinématiques, pourtant spécialité de Square-Enix, tout étant géré en direct par le moteur du jeu, nous obligeant à cadrer nous-même avec le joystick. Le focus étant lamentable, certains passages comme le combat contre Léviathan sont complètent gâchés. Là où le jeu déçoit beaucoup, c’est aussi au niveau de l’inspiration. Le bestiaire est classique au possible, peu voir aucune surprise, et pour les chimères, devenu archéens bidule, on préférera largement le style baroque de FF XIII, autrement plus ambitieux côté mise en scène et direction artistique. Reste les décors, d’un banal confondant : du désert, quelques forêts, et à l’occasion quelques lieux plus originaux, mais trop rares. On pensera notamment à Tenebrae, sans doute le lieu le plus inspiré du jeu, aperçu brièvement dans le film et dont on ne passera pas la frontière dans le jeu, une amer déception. Même la ville de l’eau, magnifique de l’extérieur, est tellement atroce à visiter qu’on ne s’y attardera pas.

Jouabilité : 06/20

Si les FF n’ont jamais brillé par leur fun, au moins il y avait toujours un aspect stratégique plus ou moins poussé, et puis surtout c’était jouable. Voulant s’ancrer dans l’air du temps, le jeu passe du tour-par-tour (certes évolutif dans les précédents, surtout le XII qui était en temps réel avec auto-configuration des actions et gestion des esquives et impulsions en direct) au action-RPG plus dynamique, mais le studio a oublié tous ses fondamentaux. En l’état le jeu est d’une lourdeur et imprécision rendant la progression poussive et énervante. Il n’y a aucun auto-focus de la caméra, on tape au hasard ou en forçant le focus en restant à appuyer sur une touche, mais au moindre mouvement ennemi le focus est perdu et la caméra part en vrille, soit toutes les deux secondes, voir moins. La gestion des armes multiples est dans la pratique inutile, et les esquives et parades marchent de façon très aléatoire en fonction des priorité, soit pour ainsi dire jamais. La progression en expérience étant lente, on arrive très vite à des ennemis qui réduisent à zéro votre barre de vie en un coup, et dès le début jusqu’à la fin ça sera le cas d’absolument tous les boss du jeu. Vient alors le système de recovery, hérité directement des FPS et jeux en ligne : un de vos acolytes peut vous guérir, à condition de l’appeler, d’être à côté, et de prier pour qu’il fasse ce que vous lui demandez. Là encore, le taux de réussite frôle le zéro, faisant que votre ahuri/carbuncle miniature vous ranimera très très souvent, jusqu’à une bonne centaine de fois par boss dans la dernière ligne droite. Il faut dire que quand le système de parade / esquive ne marche pratiquement jamais, que la caméra vous empêche en permanence de comprendre ce qui se passe à l’écran et quand de surcroît le jeu est dénué de magie curative, vous passerez plus de temps mort qu’à vous battre, rendant les combats fatigants. Le gain d’expérience après une nuit de sommeil est une idée stupide, le sphérier de compétence est moins bon que celui de FF XIII, déjà en retrait par rapport à celui de FF X. Pour ce qui est des expériences annexes, la cuisine, les photos et la pêche nous rappellent les idées les plus foireuses des Zelda. Ah oui, mention aux trajet en voiture, une sombre merde incapable de dépasser les 30km/h, rendant les déplacement si insupportables qu’on préférera zapper les décors plutôt que de perdre un temps pas possible à traverser de vastes étendues la plupart du temps désertiques.

Durée de vie : 05/20

Le jeu peut se finir en 20 heures en ligne droite, et avec toutes ses quêtes annexes ceux qui en auront envie pourront atteindre les 100 heures (bravo le repompage des missions de chasse de FF XII… ), sans compter le jeu en ligne. Youpie ?! Eh bien non, loin s’en faut. Si dans l’absolu ces chiffres sont parfait, que ce soit pour ceux qui ont envie de prolonger l’aventure ou ceux qui veulent juste se concentrer sur l’histoire, dans la pratique tout ceci n’est qu’une immense supercherie. Quand dans les 15 heures de missions « principales » on se tape des balades en ville avec Tartempion et des infiltrations de bases à la recherche d’une voiture, c’est pauvre. En prenant en plus en compte que la plupart des missions consistent à aller récupérer des armes de rois dans des tombeaux et trois pouvoirs de chimère, dont deux en grottes et déserts (redondance des décors), et qu’en plus le chapitre le plus long consiste à évoluer dans un complexe où il faut récupérer des accès pour débloquer des zones, comme dans les pires jeux des années 90, marre c’est marre. D’où le 5/20 : sur 20 heures de jeu, il y en a grand maximum 5 d’à peu près intéressantes.

Bande son : 14/20

Honnêtement rien de marquant, l’habituel travail de qualité de la firme, en pas spécialement inspiré. Le mixage sonore est souvent à la ramasse, certains passages sont à la limite de l’audible tant la musique prend le pas sur les dialogues. Seul point véritablement probant : le doublage, de bonne qualité à quelques exceptions près, et puis cette bonne surprise d’un doublage intégralement en français, alors même que tout le monde s’en fichait mais l’attendait de pied ferme sur Kingdom Hearts 3, qui en est dépourvu. Voilà de l’argent rudement bien investi…

Scénario : 05/20

Il y aurait tellement à dire ! Quatre gars aux tronches de chanteurs j-pop qui poussent une voiture puis font une mission random pour pouvoir repartir, voilà qui est une sacrée introduction… De tout le jeu on ne reverra aucuns des personnages de Kingsglave, les incohérences entre deux sont énormes (genre la perte des pouvoirs), et on apprendra pas ce que Noctis faisait en fauteuil roulant, alors même qu’on revoit un flashback où il était dedans. Bravo la communication entre les équipes ! La quasi intégralité du jeu sera un pèlerinage en quête de pouvoir, un copié-collé de FF X qui n’en aura ni la substance ni l’aura, la magie laissant place à du post-apo pauvre, et le combat spirituel pour redonner espoir à l’humanité, ravagée par Sin, n’est ici qu’une simple querelle entre deux lignées de la famille royale avec un mégalomane fou qui veut plonger le monde dans les ténèbres. La bande de pote qu’on suit est un condensé de stéréotypes, et on n’explorera jamais le passé d’aucun d’eux. Pire, la romance de Noctis et Lunafreya est inexistante, ce sont simplement deux amis d’enfance qui ne se reverrons que dix ans plus tard quand cette dernière va mourir au début-milieu du jeu, échouant à créer une quelconque empathie pour un personnage qui – en dehors du film – n’aura été présente qu’une poignée de minutes. Le monde est vide et la confrontation avec les dieux dénuée de toute substance, loin du complot effrayant de FF XII et à des années lumières de la quête du libre-arbitre de la trilogie FF XIII. Même les missions annexes les plus insipides de Mass Effect Andromeda avaient plus de saveur.

Note Globale : 08/20

Je ne voulais y croire et pourtant, ma licence vidéo-ludique préférée n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sacrifiant son originalité pour se vautrer dans le moderne, le jeu dévoile un open-world monstrueusement vide, et le système de combat est tout simplement atroce, tout sauf intuitif, à la précision perfectible et massacré par une caméra en permanence à la ramasse. Le jeu enchaîne les missions ennuyeuses en piochant allègrement dans son historique, reprenant tel quel les concepts de pèlerinage ou de chasse des opus PS2. La mise en scène est ratée, mais de toutes façons l’histoire qui nous est contée est de loin la moins intéressante depuis trois décennies. Une histoire minable, étirée par des mécaniques redondantes et des déplacements d’une effroyable lourdeur. Alors que le film Kingsglave était une prouesse technique avec quelques bons personnages et une histoire qui tenait à peu près la route, le grand jeu, plus gros budget de l’histoire et ayant nécessité près de douze ans de développement, n’en vaut clairement pas la peine. Un jeu qui ne fait pas honneur à sa saga, qui suscite désormais plus d’engouement quant à la ressortie de remakes et remasters de leurs anciens jeux tant la qualité ne cesse de décroître, surtout en terme de narration. Un triste déclin…

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Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Nicky Larson et le parfum de Cupidon
2019
Philippe Lacheau

Complément de titre bidon, casting qui laisse perplexe et surtout idée d’adaptation que personne n’attendait, quand la bande à Fifi s’était lancée dans le projet, personne n’y croyait, et face à la première bande-annonce le destin du film semblait scellé : le monde entier, qui en était déjà pas mal persuadé avant, avait alors la ferme conviction que le film était lamentable. De l’humour qui tombe à plat pour une franchise morte-née. Pourtant, l’équipe du film ne lâchait rien, disant que le film serait la meilleure réponse à leurs détracteurs. Aidé par les vacances scolaires et une absence totale de concurrence, le film a finalement réussi un démarrage assez correct, et de là tout le monde est tombé des nues. Si la presse n’a que moyennement été convaincue, les spectateurs lui offrirent un bouche-à-oreille énorme, lui permettant de dépasser les 1,6 millions d’entrées. La preuve qu’on peut lutter face à idées préconçues.

Sorte de mercenaire / enquêteur, Nicky Larson (Philippe Lacheau) fait équipe avec Laura (Elodie Fontan), la sœur de son ex meilleur ami (Raphaël Personnaz), pour lutter à leur manière contre le crime. Craignant qu’on ne s’en prenne à lui, un certain Letellier (Didier Bourdon) va faire appel à eux pour assurer sa sécurité, ce dernier ayant en effet avec lui une invention incroyable : le parfum de Cupidon, capable de rendre fou amoureux n’importe qui qui sentirait ce doux parfum.

Dès les premières séquences on est obligé de reconnaître que malgré tous les à priori, pour peu qu’on apprécie l’humour à la Babysitting, cette adaptation de City Hunter marche assez bien. Les gags s’enchaînent sans temps mort, le film ne souffre d’aucune censure et même son concept est intéressant : on place par hasard le flacon d’amour entre les mains du plus gros ringard de l’histoire, doublé d’un looser fini, et ce dernier, loin d’être bête, en comprend vite le pouvoir et décide de s’en servir pour aller voir Jessica Fox (Pamela Anderson), une mannequin sur laquelle il fantasme. Le film est donc drôle tout en proposant une histoire, certes légère, mais pas si bête et qui a le mérite d’être cohérente. On sent même que le film a bénéficié d’un certain budget puisque les scènes d’action sont efficaces et pas mal de plans ont de la gueule. Le couple à la ville à l’écran offre un bon duo, le reste du casting (Tarek Boudali accompagne toujours son pote) passe plutôt bien, et certains passages sont presque d’anthologie, comme le coup du sniper et de la prison. Fort de son succès, le film pourrait bien connaître une suite, et on parle aussi d’un crossover avec le célèbre manga d’espionnes-voleuses Cat’s Eye. Face à ce premier contact très rassurant, on ne dirait pas non.

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Kingsglaive : Final Fantasy XV

Kingsglaive : Final Fantasy XV
2016
Takeshi Nozue

Projet pharaonique étalé sur plus de dix ans et étant probablement le plus gros budget de toute l’histoire des jeux-vidéo, Final Fantasy XV s’était vu proposer en guise d’amuse-bouche un long-métrage servant d’introduction à l’univers et au jeu. Précurseur en terme d’animation et surtout de modélisation, Square Enix a toujours été à la pointe de la technologie, une référence en la matière même. Si Advent Children versait dans le fan-service peu reluisant, Les Créatures de l’esprit était déjà largement plus ambitieux. Voir un long-métrage débarquer avant même le jeu était donc particulièrement gageure, l’intérêt n’étant plus de créer un film pour faire plaisir aux fans du jeu, mais bien de créer une œuvre indépendante servant d’introduction au jeu. Etant prêt à me lancer dans l’aventure, c’était donc aussi l’occasion de voir si l’univers aurait le potentiel pour me scotcher des dizaines d’heures durant.

Comme à son habitude, le studio nous plonge dans une dystopie rétro-moderne cyberpunk post-apocalyptique, soit une sorte de monde féodal qui grâce à la magie aurait vite eu accès à des technologies de pointes actuelles. Le film nous place donc au centre d’une guerre opposant le roi Régis du royaume de Lucis à l’empire de Niflheim. Ces derniers ont conquis toutes les terres d’Eos les unes après les autres, seule reste la capitale Insomnia dans laquelle se terrent les résistants et le peuple libre de Lucis, ville protégée par la puissance magique du cristal. Alors que la situation semblait désespérée, le roi de Niflheim va proposer un traité de paix en échange d’une reddition totale de la part de Lucis, de même qu’un mariage arrangé entre Lunafreya Nox Fleuret, princesse de Tenebrae (seul véritable claque créative en terme de décors, espérant pouvoir pleinement visiter la ville dans le jeu) retenue captive par Niflheim depuis douze ans, et Noctis Caelum, fils du roi Régis.

La première demi-heure du film est assez difficile à digérer tant l’univers est vaste, les personnages nombreux et les informations omniprésentes, d’autant que la plupart des personnages sont propres au film, sans doute des légendes d’antan dont on nous contera les aventures au cours du jeu. D’un autre côté, cela permet au film d’être plus qu’une simple amorce, c’est tout simplement une autre histoire se déroulant dans le même univers et posant les enjeux majeurs du futur jeu. L’histoire centrée autour du personnage de Nyx Ulric, Kingsglaive de Lucis (protecteur du royaume), est très intéressante, assez proche d’un Mission Impossible ou autre film d’espionnage orienté action-bourrin. Certes plagiat de la technique de Minato dans Naruto, l’attaque téléportée est très classe et permet un dynamisme total. Le personnage a un charisme ahurissant, nous faisant déjà regretter que le jeu suivant ne soit pas centré sur lui, et ce qui aide à lui procurer un tel charisme est le travail sans commune mesure de la modélisation. C’est bien simple, le film est à des décennies d’avance sur n’importe quel autre film fait jusqu’alors : aucun personnage numérique n’aura eu l’air aussi vivant. Tous n’ont pas eu droit à un tel soin, la texture des cheveux est parfois étrange et tout n’est pas parfait, notamment à cause des créatures qui cassent un peu le réalisme, mais entre un grain de peau effrayant de réalisme, des décors parfait et un regard troublant, on se surprendra à de nombreuses reprises à se dire que la frontière entre réel et virtuel est complètement indétectable. Si le même niveau de finition a été apporté au jeu, il y a de quoi en rester béat, d’autant que même le doublage français est excellent, se hissant au niveau des meilleurs.

Seule ombre au bilan, la bataille finale, tombant dans le stéréotype moderne des blockbusters proposant de la grosse baston pour tout conclure, et c’est de loin la partie la moins intéressante, d’autant qu’on ne comprend pas d’où l’éternelle armure vivante géante tire son pouvoir. Restait alors une dernière question : le film se suffit-il à lui-même ? Pas vraiment, car si on a effectivement eu droit à une histoire assez complète, elle ouvre plus de portes qu’elle n’en referme, laissant la plupart des enjeux principaux « en pause », faisant du jeu une suite indispensable. Pourtant, le film met en avant une pléthore de personnages captivants, tout en limitant le futur héros à une apparition en fauteuil roulant à huit ans, puis dans la scène post-générique avec son boys band (créant donc pas mal d’attente sur ce qui lui est arrivé et ce qu’il faisait pendant tout le film). On tient donc là une démo technique ahurissante, contant une histoire de jeu de pouvoir plein de rebondissements dignes de Game of Thrones, mais mieux vaut tout de même envisager sérieusement de poursuivre l’aventure manette en main, sans quoi on restera sur sa faim.

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Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?

Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu?
2019
Philippe de Chauveron

Succès colossal avec plus de 12 millions de spectateurs, les choses ne pouvaient en rester là pour Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? bien qu’il ait finalement fallut attendre cinq ans pour que la suite débarque. S’il est possible que le prochain Star Wars le détrône, à moins que la ressortie d’Avengers Endgame n’y arrive avant, avec 6.6 millions d’entrées cette suite est actuellement le plus gros succès de l’année en France. Certes loin de son prédécesseur, on reste dans les stratosphères du box-office, et un troisième opus est déjà commandé. Le potentiel est-il là ? Oui, mais tard.

Après avoir dû faire face à quatre gendres (incluant Medi Sadoun et Ary Abittan) issus de l’immigration, la famille Verneuil  va cette fois devoir faire face à un nouveau problème de taille : le mal du pays de leurs dits gendres, souhaitant partir s’installer en Israël, Algérie, Chine et Inde (à cause de Bollywood pour percer comme acteur). Entre la perspective de ne voir leurs filles (incluant Frédérique Bel et Elodie Fontan) qu’une fois par an et celle de ne pas voir grandir leurs petits enfants, Claude et Marie (Christian ClavierChantal Lauby) vont décider de tout faire pour leur faire aimer la France à nouveau.

L’idée du film est du pur comique de répétition, et ça marche très bien, mais un peu trop tard. Le film s’est lui-même vendu autour de la menace du départ de tous, avec en prime la blague en voiture sur le nouveau bébé, qui arrive finalement dans la seconde moitié. Et c’est là tout le problème du film : la quasi intégralité de la première heure est une reponte de tout ce qui a marché dans le premier, à savoir les blagues racistes et sur les stéréotypes, tout en exposant lentement la menace. Ça n’est donc ni original ni spécialement inspiré, tout juste est-on plus ou moins content de retrouver les personnages, mais on est loin de la bande de potes iconiques des Bronzés. Vient alors enfin la dernière demi-heure du film où on se plonge enfin dans les problèmes en tentant d’y répondre, de manière assez habile et amusante, voir touchante même. Là enfin le film décolle pleinement en apportant une intrigue intéressante avec de l’humour qui fonctionne à plein régime. En résulte un film inégal, trop mou dans ses deux premiers tiers, peinant à égaler le niveau d’efficacité du premier. Dans notre paysage audiovisuel français, ça reste néanmoins de la plutôt bonne comédie, et l’idée d’un troisième volet pourrait se défendre. À voir.

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Papa

Papa
2005
Maurice Barthélémy

De par le statut culte de la plupart de ses rôles, ses émissions de télé qui ont marqué l’histoire et qui continuent de nous divertir encore aujourd’hui grâce à l’excellent Burger Quizz, sans compter les sketchs mémorables des Nulles, Alain Chabat a une sorte d’aura qui touche au sacré. Sa présence donne tout de suite un attrait tout particulier à n’importe quelle œuvre, bien que pas forcément gage de qualité. Mélange de nostalgie mêlée à la joie désormais de retrouver un papy farceur sur qui les années n’ont aucune emprise, il n’en restait pas moins un paramètre primordial à prendre en compte : le réalisateur. Ex de la troupe des Robins des Bois dont le niveau, malgré quelques fulgurances, était plutôt très bas, sa carrière a depuis été pour le moins chancelante, pour ne pas dire complètement bancale.

Quasi moyen-métrage puisque atteignant tout juste les soixante minutes, le film est une sorte de road movie façon film d’auteur français, mettant en scène un père (Alain Chabat) et son fils traversant la France (à Priori de Paris, puisque l’immatriculation est du 75, et d’après les décors à destination du sud du pays non loin du massif central). Une traversée d’environ 700 km en quatre jours (prenant pourtant l’autoroute et semblant conduire quasi non stop !), l’occasion de se retrouver tous les deux.

Réussir à faire un film particulièrement long alors que la durée avoisine les soixante-dix minutes, c’est un sacré exploit. Tout du long les deux ruminent la mort du petit frère dans un mélange de dépression et de bonne humeur, donnant une ambiance très posée et sans enjeux, la phase de deuil ayant semble t-il déjà été faite. Tout ne sera alors que discutions futiles entre un grand enfant quasi absent, enchaînant les blagues sans la moindre conviction, et son enfant à lui, inexistant au possible. Ni insupportable ni attachant, juste vide. Les interactions avec le reste du monde seront quasiment inexistantes, créant une certaine frustration puisque ne se servant jamais des rares occasions pour développer quelque chose. L’autostoppeuse servira quasiment qu’au père pour se parler à lui-même, et la tante ne montrera que la capacité cérébrale limitée des deux gros mous qu’on suit tout du long. Pas de réflexion sur la mort, juste une acceptation faite avant même le film, aucun enjeu familial puisque le père et le fils n’avaient pas tellement besoin de se rapprocher, et le reste n’est que musique d’antan, taillage de route et arrêts en stations. Le scénario est vide, les acteurs peu investis et la réalisation minimaliste. C’est à ce demander comment un film ne nécessitant quasi aucun décor, une simple vieille voiture et un seul vrai cachet, a pu engendré pratiquement cinq millions d’euros de frais, faisant de cette sortie marginal flirtant avec les trois cent mille entrées un échec. Un film sans intérêt aucun donc, attristant presque de par le gâchis qu’il représente.

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Skyscraper

Skyscraper
2018
Rawson Marshall Thurber

Chaque été a son lot de gros blockbusters plus ou moins décérébrés qui n’ont d’autre fonction que d’apporter du divertissement à l’instant T, puis d’être aussitôt jeté dans l’oubli. Vendu comme un Die Hard en mode bourrin, le film s’était un peu cassé les dents malgré son immense vedette en tête d’affiche, mais heureusement la Chine a sauvé les meubles, y récoltant le tiers de ces recettes. Connaissant leur goût en matière de cinéma, soit quasi exclusivement que des gros films d’action où ça explose de partout, ou alors des comédies plus grasses que ce que n’osent les américains, il y avait de quoi craindre le pire.

L’histoire est celle de Will Sawyer (Dwayne Johnson), un ancien soldat reconverti dans la sécurité suite à un accident qui lui a coûté une jambe, mais qui lui a aussi permis de rencontrer sa femme Sarah (Neve Campbell), l’infirmière qui s’était alors occupée de lui. Consultant pour la plus grande tour du monde tout juste finie d’être construite à Hong-Kong, il devait gérer l’ouverture de la partie haute, prévue pour devenir un nouveau secteur résidentiel. Seulement un dangereux mafieux local va voir cette expansion d’un mauvais œil, prévoyant d’y mettre le feu en piratant le système de l’intérieur. Il commettra néanmoins une erreur fatale : impliquer par hasard la famille de Sawyer.

Après The Rock face à un tremblement de terre, The Rock contre de dinos, voici The Rock face à immeuble d’un kilomètre de haut en flamme. On tient là au passage le cascadeur le plus fort de l’histoire, capable d’escalader à mains nues une grue montant au delà du centième étage d’un immeuble. Tout est dans la démesure, et pourtant le film arrive à créer une espèce de cohérence au milieu de tout ça en nous proposant un héros certes increvable et infatigable, mais non moins usé. Il n’est plus le jeune militaire qu’il était, sa démarche est pesante, gérant bien la prothèse, intelligemment utilisée tout le long du film d’ailleurs. Rien de fou pour le scénario en revanche, c’est cousu de fils blancs (sauf peut-être le coup de la sacoche) et ça ne justifie pas grand chose. Côté action le film est plutôt décevant, proposant peu de course-poursuites, combats ou phases musclées. Une certaine tension se dégage tout de même, notamment grâce à une mise en scène efficace, se permettant même quelques effets sympathiques et originaux avec la fameuse sphère. Il ne faut donc pas attendre grand chose d’un tel film, mais étrangement ça tient plutôt bien la route entre des scènes qui en imposent et un héros charismatique, donc pourquoi pas.

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Aquaman

Aquaman
2018
James Wan

Apparu de façon très peu convaincante dans l’immense échec Justice League, Aquaman semblait sceller l’univers étendu de DC tant il n’avait aucunement le potentiel pour redresser la barre, et le naufrage était annoncé. Un démarrage en demi-teinte et des critiques très mitigées ont alors confirmé la tendance, mais faisant fi de toute vraisemblance et profitant comme nulle autre des fêtes de fin d’année et d’une Chine s’étant ruée dessus, le film a pulvérisé tous les records pour un film de super-héros DC, terminant sa course au delà des 1,1 milliards de dollars dans le monde, battant même le précédent recordman The Dark Knight Rises. Folie collective ou réelle bonne surprise ? Eh bien pour moi ça sera plutôt la première option.

Héritier de l’Atlantide, Arthur Curry (Jason Momoa) est né de l’union de la reine des atlantes (Nicole Kidman) et d’un humain lambda, faisant de lui un paria vivant loin du royaume censé être le sien. Néanmoins entraîné depuis des années par Vulko (Willem Dafoe) pour potentiellement reprendre un jour le trône à son petit frère (Patrick Wilson), l’idée va devenir une urgence à concrétiser pour le bien de tous puisque ce dernier prévoit de déclencher une guerre pour que le peuple atlante prenne le pouvoir. Fuyant de surcroît un mariage arrangé, Mera (Amber Heard) va tout faire pour pousser Arthur à réclamer ses droits et prendre le trône de l’Atlantide.

Mélange de drame shakespearien et de La Petite Sirène, l’histoire du film est cousue de fils blancs, peinant à susciter un quelconque frémissement quant aux enjeux et destins de chacun. Ne restait alors que peu d’arguments possibles pour nous convaincre : l’ambiance, les personnages ou les qualités visuelles. Le film joue la carte de l’humour gros bof, et c’est à peu près ce qu’il y a de plus réussi dans le film. Alors qu’il était tout sauf sympathique dans le grand rassemblement, Aquaman est ici bien plus charismatique et cool et l’acteur fait très bien le taf, mais difficile de ne pas se dire qu’on a là une pâle copie de Thor. C’est d’ailleurs le seul : que ce soit les méchants ou les rôles secondaires, c’est une avalanche de personnages stéréotypés, et les acteurs peinent à leur donner de la consistance. Reste le visuel alors ? Un peu, mais globalement pas du tout. Quelques scènes sont épiques et les créatures marines ne sont pas trop mauvaises, mais on a rarement vu des fonds verts aussi criards : c’est bien simple, on n’arrive jamais à croire à ce qu’il se passe à l’écran. Pire, surtout pour un tel film, on ne croit pas une seconde aux effets aquatiques. Alors certes, le mouvement des cheveux passe plutôt bien, mais on en ressent ni la texture ni la pression de l’eau, et côté éclairage c’est une catastrophe absolue, la gestion du noir des abysses est absent, comme si les eaux du monde étaient devenues d’une limpidité incroyable. En résulte un blockbuster sans âme, vite oublié malgré un héros attachant, quelques bonnes scènes et un effort de réalisation louable, massacré par des effets spéciaux pas au niveau. On ne peut pas non plus dire que le film est passablement raté, ça reste du divertissement honnête, mais difficile d’y trouver plus d’intérêt.

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Mowgli : la légende de la jungle

Mowgli : la légende de la jungle
2018
Andy Serkis

Voilà bien un projet qui me laissait de marbre. J’avais détesté le classique d’animation du Livre de la jungle, et l’auto-remake de Disney était un chouia moins bancal mais toujours aussi pauvre en terme de scénario, et les effets spéciaux n’étaient pas ouf. On était loin de L’Odyssée de Pi où la frontière entre imagerie numérique et véritables animaux était pratiquement indécelable. Prévu pour sortir lui aussi en 2016, face au mastodonte qui frôla le milliard au box-office, le film fut reporté d’une année entière, puis plus rien. Prenant la poussière au fond d’un tiroir, le film fut finalement sorti par Netflix en décembre dernier, déjà acquéreur du précédent film du réalisateur, Breathe. Censée être une version plus sombre et mature, et de fait bien plus attendue par certains, le film aura donc été privé de sortie en salle, mourant dans un catalogue surchargé où il est difficile de briller.

Toujours adapté du roman de Rudyard Kipling, le film nous narre une énième fois le passage à l’âge adulte d’un petit d’homme appelé Mowgli, humain dont les parents ont été tués peu après sa naissance par le terrible tigre Shere Khan. Il fut ensuite élevé par des loups, protégé par Bagheera la panthère et Baloo l’ours. Un équilibre qui fonctionnait tant bien que mal malgré les réticences de certains, mais entre des hommes de plus en plus envahissants et un Shere Khan se sentant un peu plus menacé par Mowgli chaque jour, la vie paisible de la jungle va basculer.

Il n’y avait visiblement rien d’autre à tirer du roman d’origine et on comprend pourquoi le film a été repoussé de plus de deux ans : pour laisser aux gens le temps « d’oublier » cette histoire qu’on connait par cœur. Les différences en terme d’histoire sont minimes, le film jouant toute fois dessus, comme lors de l’enlèvement des singes où il n’y aura pas de roi. En découle quelques « rebondissements » un peu méta, tentant de nous prendre à rebrousse poil en jouant sur notre connaissance de l’histoire, mais en réalité cela nous en sort puisque faisant appel à d’autres films, cassant ainsi le quatrième mur. De même, on s’étonnera de certains ajouts grossiers dignes d’un Disney, notamment l’ami albinos avec l’éternelle scène où une amitié se brise avec des propos méchants. Une facilité scénaristique pour créer des enjeux émotionnels, et ça ne prend pas. Reste l’aspect visuel, de loin le plus gros problème du film. Alors que la version Disney 2016 était déjà un peu limite, bien que plus convaincante sur les décors, cette version est ici largement en dessous. Les animations sont plus expressives mais si peu réalistes, et en terme de modélisation c’est un naufrage, aucun animal n’arrivant à créer l’illusion une seule seconde. Au moins pour les éléphants cela nous offre un assez beau spectacle, mais tous les autres sont lamentablement ratés. Trop grossière pour les adultes, pas aussi féerique que la version Disney, cette énième itération avait un certain potentiel mais semble s’être perdue en chemin.

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L’Heure de la sortie

L’Heure de la sortie
2019
Sébastien Marnier

Une seule bande-annonce m’avait largement suffit : je me devais de voir ce film. Faute de salle le diffusant, il a fallut attendre qu’il soit disponible en support physique pour le voir, et nous y voilà enfin. Film sombre et inquiétant, le film met en avant un certain Pierre (Laurent Lafitte), professeur remplaçant arrivant dans un collège abritant une classe de surdoués. Mais s’ils sont apparemment des prodiges, c’est surtout pour faire peur aux autres qu’ils excellent. Pour Pierre il ne fait aucun doute qu’ils cachent un lourd secret et que leurs petits jeux n’ont rien d’anodin. Quelque chose se trame et seul lui semble s’en inquiéter.

Bienvenu dans une version un peu psychédélique de GTO, où un jeune professeur un peu marginal et atypique va se retrouver plongé dans un établissement sinistre et aux élèves encore moins rassurants. Pour créer un décalage encore plus perturbant, le film prend place peu de temps avant la fin de l’année, l’été a déjà bien commencé, la canicule bat son plein et le cadre se trouve être une paisible campagne où il fait bon vivre et où la classe sociale semble plutôt aisée. Mais ne nous y trompons pas : la première scène donne le ton avec le professeur principal de la fameuse classe qui décide de mettre fin à ses jours en se jetant de la fenêtre du second étage en plein cours, devant des élèves pour la plupart impassibles. Si l’écriture est franchement excellente, on regrettera quelques naïvetés qui dénotent, mais dans l’ensemble l’histoire est intelligente. Là où le film frappe vraiment fort c’est en terme d’ambiance et de mise en scène, sans oublier l’excellent casting comprenant Emmanuelle Bercot et Grégory Montel (exceptionnel, étonnant qu’il ne soit pas plus présent au cinéma), mais les deux qui crèvent le plus l’écran sont Laurent Lafitte, au sommet de sa forme, et la jeune Luàna Bajrami dont la carrière sera à suivre de très près. Un film atypique dans le paysage français, et une telle originalité et efficacité sont à saluer.

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Le Grand Bain

Le Grand Bain
2018
Gilles Lellouche

Après avoir vu la bande-annonce, je m’étais fait la réflexion que le film avait l’air particulièrement inintéressant, d’autant plus de par son sujet, et si j’avais dû parier j’aurais dit que le film allait faire un bide et que personne n’en parlerait jamais. Au final, le film fut acclamé, réunissant quatre millions de spectateurs et glanant des nominations dans quasiment toutes les catégories aux Césars, bien qu’il n’y empocha que celui du meilleur acteur dans un second rôle. Eh bien le moins que l’on puisse dire c’est que l’engouement m’échappe complètement.

La France est un pays de dépressifs, mais contrairement au Japon où l’on garde tout pour soi jusqu’à l’implosion, chez nous on rumine, on se plaint et on se bourre de médocs pour éviter d’avoir des pensées trop noires. Licencié il y a deux ans et depuis complètement amorphe et dépité de la vie, Bertrand (Mathieu Amalric) va trouver une forme de réconfort dans un groupe pour le moins improbable : de la natation synchronisé pour hommes (Guillaume Canet, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade). En les côtoyant, il va comprendre que son malheur est symptomatique de l’état d’esprit ambiant et que cela touche tout le monde. On se rassure comme on peut.

Dans ce film bien trop long, on passe tout d’abord plus d’une heure à exposer les malheurs de chacun, nous montrant bien toute la misère humaine, puis la seconde partie ne consistera pas à se reprendre, mais plutôt à accepter sa condition. Bref, ne cherchez pas à devenir meilleur, apprenez à vous satisfaire du peu que la vie vous concède. Un bilan peu glorieux pour un film qui n’est visiblement pas là pour faire rêver, mais à quoi sert-il au juste ? Le film est un relativement bon tableau de notre société actuelle, mais c’est à peu près tout. On retrouvera pas mal de noms connus au générique comme Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs, Mélanie Doutey, Félix Moati ou encore Jonathan Zaccaï, mais le trop-plein de personnages empêche chacun de briller, et certains sont complètement délaissés, comme celui qui a inexplicablement reçu le César, d’autant qu’un physique pareil avec une telle débâcle capillaire et pilleuse nous arrachera les yeux tout du long. C’est d’ailleurs un problème touchant l’intégralité du casting : tous les acteurs se sont laissés allé dans des propensions dantesques, et la virilité est aux abonnés absents. Cela aurait pu être impressionnant si tout le film avait été tourné dans l’ordre et que durant le mois de tournage un entraînement intense aurait permit à tous de retrouver une silhouette digne de ce nom, mais la cohérence de l’entraînement ne sera pas de la partie, perdant une occasion de donner un peu d’espoir au spectateur en lui montrant que les efforts payent. Mais non, la morosité est une fatalité… Mal équilibré, trop long, rarement drôle et pas assez touchant, le film m’a profondément ennuyé, voir agacé.

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