Ce Qui Nous Lie

Ce Qui Nous Lie
2017
Cédric Klapisch

Le vin, le terroir, c’est toute notre culture française, notre patrimoine. Alors forcément, de temps à autre le cinéma s’empare du sujet, soit pour s’en servir de cadre pour raconter une histoire, soit pour parler de la passion de certaines personnes pour l’art viticole. Enfin bien sûr, on est en France et on ne sait presque rien faire sans y rajouter un drame social ou familial, spécialité du réalisateur Cédric Klapisch qui aime confronter ses personnages à des situations inconnues ou difficiles.

Aîné d’une famille de vignerons, écrasé par la pression et se sentant indésirable, Jean (Pio Marmai) était parti faire le tour du monde et n’était jamais revenu. De passage pour dire au revoir à son père sur son lit de mort, il va retrouver sa sœur (Ana Girardot), gérant tant bien que mal les terres de la famille, ainsi que son frère (François Civil), devenu quant à lui sous-fifre de son beau-père, lui aussi vigneron. Face à des créances de droits de succession intenables et les problèmes de chacun, la terre qui les lie pourrait bien se retrouver menacée.

Avec le recul, le film me fait un peu penser à Interstellar : incapable de se satisfaire de sa vie, un homme part chercher un sens à son existence à l’autre bout du monde, pour au final vivre en étant obnubilé par ses fantômes du passé. La grande différence c’est qu’ici il a réellement trouvé un sens à l’autre bout du monde, tout en ayant l’occasion de renouer avec ce qu’il avait perdu. Ainsi, l’entièreté de sa mission n’est pas veine, constatant au final qu’il avait déjà sauvé l’humanité avant de partir (paradoxe de la boucle), que la colonisation sur la dernière planète n’a aucun sens dans la mesure où le grand amour de Brand – censé s’y trouver – est déjà mort et que l’humanité a eu droit à son plan A, constatant à son retour que sa raison de vivre est agonisante (donc pas de retrouvailles mais des adieux), perdant ainsi la seule chose pour laquelle il s’est battu et pour laquelle on méritait de se battre. Un non sens au même titre que le plan B, puisque non seulement le projet de partir avec une seule mère porteuse est une aberration (si elle meurt en couche le projet tombe à l’eau, et mieux vaut n’engendrer que des filles le premier siècle car il faut rapidement penser aux prochaines gestations), mais en plus à quoi bon sauver l’humanité si c’est pour perdre les raisons pour lesquelles on voulait qu’elle survive ? Oui, effectivement, j’ai revu ce chef d’œuvre de la SF. Mon respect pour le travail accompli est toujours aussi immense, mais je reste en profond désaccord avec nombre de points du scénario, notamment toute la fin, ses paradoxes et ses désillusions.

Tout ça pour dire qu’on en revient toujours à la même conclusion : le seul et unique but ou sens de la vie est d’aimer et d’être aimé. Trouver sa place, ce n’est pas trouver où vivre, mais avec qui vivre. Après c’est sûr, matérialiser les lois de la physique avec brio, inventer un univers post-apo avec un aventure spatiale colossale et une petite fille qui vous fait fondre en larmes, ça a tout de suite plus de gueule que deux frères et une sœur faisant les vendanges. En parlant de frère, on en parle du pauvre frère de Murphy ? Alors que pendant 20 ans il était le seul à envoyer des messages à son père, ce dernier ne pensera jamais à lui et ne demandera même pas de ses nouvelles avant de faire une seconde fois ses adieux à la civilisation. Certes, il est sous-entendu qu’il est mort depuis le temps, mais quelle a été sa vie post évacuation ? Le choix de la version adulte de Murphy est aussi très discutable, jouant la carte de la femme forte, perdant la fragilité et l’émotivité désarmante de sa jeunesse. On dit que les roux n’ont pas d’âme, eh bien pour le coup ça m’a fait l’effet de perdre l’essence de cet amour source de toute chose. Qu’importe le temps qu’il nous est imparti, il vaut toujours mieux un instant de bonheur qu’une éternité de malheurs. Qu’importe que la Terre soit condamnée tant que je meurs dans les bras de l’être aimé. Pardonnez-moi pour cet aparté, car le film n’a pas démérité, mais quand chaque pensée vient vous hanter, vous n’avez de choix que de l’expulser. L’expression est une libération, la critique symptomatique, la rime c’est pour la frime.

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Je ne suis pas là pour être aimé

Je ne suis pas là pour être aimé
2005
Stéphane Brizé

Voilà un titre on ne peut plus vrai. Pas loin d’être le métier le moins aimé du monde, Jean-Claude Delsart (Patrick Chesnais) est un huissier de justice, celui qui vient prendre vos biens pour payer vos dettes en cas de décision de justice suite à de multiples défauts de paiement. Une vie professionnelle peu engageante, mais sa vie privée est encore moins jouasse. Lui qui fut lui-même obligé de reprendre le cabinet familial, il s’apprête à obliger son propre fils à vouer sa vie au malheur des autres, sa vie sentimentale est inexistante et ses seules sorties en dehors du travail sont pour rendre visite à son père, vieil homme acariâtre et infecte avec tout le monde, surtout lui. Un beau jour, il va apercevoir par sa fenêtre un cours de tango et se dire pourquoi pas. De son côté, Françoise (Anne Consigny) préparait son mariage et s’était inscrite au cours pour ne pas être ridicule devant ses convives, mais impossible d’y traîner son fiancé (Lionel Abelanski) accaparé à écrire son roman. Jean-Claude et Françoise vont donc faire connaissance grâce au tango, échappatoire à leur morne quotidien.

Le cinéma peut avoir bien des buts. Offrir un pur divertissement, apporter un point de vue sur une question de société ou sur l’histoire, nous faire voyager, frissonner, réfléchir ou ressentir des choses, mais il existe un type de cinéma assez particulier et très représenté en France : le drame social ennuyeux. Le but est de nous faire découvrir des personnages dépressifs à la vie morne et pathétique, non sans rappeler celle du spectateur. La proximité rend l’empathie immédiate, mais il n’est pas forcément bon de rappeler la détresse du spectateur, qui cherche plus souvent à s’évader qu’à être ramené à la réalité sans qu’on ne lui apporte de réelle piste de réflexion ni de vague semblant de solution. Pire, la construction du film est archaïque, piochant allègrement dans les clichés les plus éculés, allant du fameux discours courageux présenté devant une chaise vide, ou encore le coup du « je m’en fout mais en fait j’ai quand même tout gardé », histoire de montrer de façon éculée et gnangnan que derrière la carapace se cachait un cœur. Si les prestations sont honorables et les personnages attachants, l’écriture manque beaucoup trop de profondeur pour permettre au film d’avoir un quelconque impact.

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#Chef

#Chef
2014
Jon Favreau

On ne peut pas peser un bon quintal sans s’intéresser un minimum à la nourriture, et durant trois ans l’acteur / réalisateur Jon Favreau avait animé une émission de télé culinaire. Le voilà cette fois à la tête d’un long-métrage sur le sujet qu’il a lui-même réalisé, écrit et où il campe le personnage principal, celui de Carl Casper, chef cuisinier d’un restaurant classique et particulièrement côté, appartenant au très dirigiste Riva (Dustin Hoffman). Une excellente place, mais n’ayant aucune liberté sur les menus, son art culinaire se mourrait, et le jour où un critique de renom (Oliver Platt) va descendre en flèche son absence totale de prise de risque et d’imagination, il va tout plaquer et se remettre en question, l’occasion pour lui de se redécouvrir créativement et surtout de se rapprocher de son fils qu’il délaissait depuis quelques temps.

C’est vrai pour à peu près toute forme d’art, la structure et la routine cassent l’inspiration, et quelle que soit la situation il est toujours bon de se remettre en question. Voyage touristique, culinaire et spirituel, le film véhicule donc de bonnes valeurs dans une ambiance festive malgré le poids ineffaçable de la dure réalité. Le film décolle d’ailleurs vraiment quand le héros décide d’ouvrir son esprit et accepte enfin la proposition de l’ancien compagnon de la mère de son fils, homme d’affaire incarné par nul autre que Robert Downey Jr. Question casting le bougre se fait d’ailleurs sacrément plaisir, puisque non content que de fricoter avec Scarlett Johansson, il se paye en plus Sofia Vergara pour camper la mère de son fils. Actrice personnellement vue à une seule autre occasion où elle servait de morceau de viande vulgaire, elle trouve ici un rôle sensible et sensuel, montrant qu’en plus d’avoir un corps de rêve elle possède aussi un charme ahurissant et une classe folle. Mais une déesse pareille ne fait pas à elle seule le film, dans l’ensemble plutôt plan plan et trop superficiel, même son approche des réseaux sociaux caressant trop le spectateur dans le sens du poil. Si on s’amuse par moment et que la passion culinaire est joliment communiquée, il manque ce soupçon de poésie qui aurait pu le démarquer.

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Baby Driver

Baby Driver
2017
Edgar Wright

Pas disponible cet été pour aller voir ce film en salle, j’attendais avec impatience le nouveau long-métrage du génial Edgar Wright qui jusqu’alors enchaînait les sans-faute. Même son projet avorté Ant-Man transpirait son génie et le film est tout simplement le Marvel le plus drôle, bien qu’il aurait probablement été encore meilleur s’il était resté attaché au projet jusqu’au bout puisque les scènes d’actions rajoutées par le studio étaient plus dommageable qu’autre chose. Entre des critiques extrêmement positives et un succès colossal au box office, plus du triple de son précédent record, l’excitation était à son comble et j’attendais beaucoup de ce film. Beaucoup trop.

Orphelin qui a dû apprendre très jeune à se débrouiller, Baby (Ansel Elgort) a un jour volé la mauvaise personne : Doc (Kevin Spacey), cerveau d’un gang de braqueurs. Depuis, pour racheter sa dette, il officiait comme chauffeur pour lui, s’étant découvert un talent au volant. Une dernière mission et c’était fini pensait-il, mais on ne se sépare pas comme ça de sa patte de lapin dont dépend la poule aux œufs d’or.

Après une invasion de zombies, une ville de dégénérés, des alcooliques face à des extraterrestres et un super-héros braqueur, on s’étonne de voir le réalisateur en venir pour la première fois à quelque chose de très classique. On trouve là un héros lambda, pas mauvais de nature et qui se retrouve contre son gré mêlé au banditisme. Trois ans après Les Gardiens de la Galaxie, on retrouve encore un héros nostalgique qui pleure sa maman et qui écoute de vieilles musiques intradiégétiques, justifiant une bande-son assommante par le besoin de couvrir le sifflement des acouphènes dudit protagoniste. Un matraquage sonore quasi non-stop qui devient vite pénible, d’autant que le mixage sonore laisse à désirer. Côté motivations on a encore et toujours le proche handicapé et la belle demoiselle pour qui on ferait l’impossible : Debora (Lily James). Bien que je sois complètement amoureux de l’actrice et que sa présence m’enthousiasme au plus haut point, elle n’en reste pas moins un enjeu classique. L’écriture est paresseuse, l’ambiance funky déjà vue, le casting sympa sans plus (comprenant Jon Hamm, Jamie Foxx et Jon Bernthal), les meilleures scènes d’actions ne valent à aucun moment les pires des Fast & Furious, et même côté humour le film n’est pas si convaincant. Pour preuve, le passage qui m’a fait le plus rire c’est quand Baby et Doc sont dans l’ascenseur, imaginant le pauvre se faire violer par le désormais tristement célèbre prédateur. Si le film reste globalement sympa et distrayant, le réalisateur nous avait habitué à plus de folie.

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The Bye Bye Man

The Bye Bye Man
2017
Stacy Title

Démarrage canon, maintient exécrable, exportation inexistante. Après le premier week-end aux Etats-Unis, on pouvait presque déjà tabler sur le lancement d’une franchise tant tous les feux étaient au vert, mais la chute fut si historique que les distributeurs du monde entier se sont rétractés, notamment en France où il débarqua en DVD six mois plus tard. Le résultat est-il si indigne ? Pour un film d’horreur lambda qui n’avait pas la prétention de révolutionner le genre, c’est même plutôt plus honnête que la plupart des productions similaires.

Comme toute bonne entité de film d’horreur, le Bye Bye Man n’a que peu de pouvoir, ne pouvant que légèrement témoigner de son existence à ceux qui sont prédisposés à croire en lui. Mais une fois le doute inséminé, plus rien ne peut l’arrêter. Si vous connaissez son nom, si vous le dites, si vous y pensez, son influence ne cessera de croître et il pourra alors prendre possession de votre esprit. Se croyant bien au dessus de tout ça, un jeune étudiant va faire l’erreur de sous-estimer la menace…

Classique, simple, efficace : on prend des jeunes qui se marrent, on montre au spectateur que c’est des cons et que ça va méchamment leur tomber dessus, on fait monter l’angoisse, on montre un être maléfique terrifiant, on créé un background comme quoi l’histoire se répète pour bien faire flipper sur le statut invulnérable de la chose, et de temps à autre on casse les codes du genre pour renouveler un peu l’expérience. Le résultat est moins fainéant que ce qu’on pouvait craindre, trouvant quelques angles d’attaque intéressant comme le jeu sur les illusions ou la duplicité insoupçonnée. Effectivement, le film n’est pas révolutionnaire ni spécialement terrifiant, mais au moins il n’abuse de jump-scare et autres artifices pompeux, jouant plus sur le psychologique. Certes, le film a plus sa place dans les bacs à DVD que dans une salle de cinéma, mais par rapport aux productions Bloom House qui commencent à sérieusement tourner en rond, on reste au dessus de la mêlée.

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Les Flèches brûlées

Les Flèches brûlées
1952
Ray Enright

Dans notre paysage télévisuel, une chaîne assez spéciale ravira tous les nostalgiques de l’âge d’or d’Hollywood : la Paramount Channel, rediffusant en version restaurée leurs vieux films de la belle époque où le studio était encore un fer de lance de l’industrie, et pas un studio mineur en pleine débâcle. Genre délaissé aujourd’hui et qui fut pourtant l’icône majeur du cinéma, le Western vient nous rappeler ici le panache d’antan.

Dans ce genre de films, on a plusieurs thèmes très récurrents : la confrontation avec les indiens, les attaques de diligences, les demoiselles en détresse, les justiciers solitaires et les tueurs sanguinaires. Eh bien si on compile le tout cela donne ce film, où un certain Tex McCloud a tout perdu suite à l’attaque de sa ferme par des indiens et un tireur mythique qui sème la peur sur son sillage depuis près de vingt ans : la Rafale. Il va décider de partir à la rencontre de ce bandit pour lui régler son compte, mais il va aussi se retrouver malgré lui embarqué dans les combines d’une danseuse qui cherchait un usurier pour obliger son créancier à régler ses dettes, cette dernière s’étant attaqué à la promise de son créancier qui se trouve aussi être la nouvelle protégée de McCloud.

On retrouve ainsi tout ce qu’on aime dans nos bons vieux Western : des personnages charismatiques, de l’action, des villes lugubres, des manigances, du mystère, et le tout avec en toile de fond les paysages magnifiques de l’Ouest américain. Une formule simple, efficace, classique. Trop peut-être ? Le film avait en effet une piste miraculeuse, exceptionnelle quant à l’identité de la Rafale. Attention spoiler, la Rafale est en réalité le faux bienfaiteur de la ville à la pseudo mine d’or qui cache en réalité une affaire d’escroqueries qu’il réalise grâce à ses amis indiens. Pas de twist, d’apparence trompeuse ou de surprise : le sourire carnassier de l’homme trop parfait pour être vrai cachait bien le visage de l’antagoniste de l’histoire. Pourtant, avant la révélation, une piste autrement plus originale, couillue et révolutionnaire semblait encore possible : celle de la jeune indienne. Et si son clan avait fait d’elle un sniper hors pair dès son plus jeune âge et que par amour elle mette son talent à son service ? Un film de 1952 mettant en avant une jeune indienne pour incarner le grand méchant d’un Western, ça aurait tellement été jouissif et avant-gardiste. Un doux rêve qui restera lettre morte, fantasmant sur un mélange de Pocahontas et l’Ange de Verdun. Une ébauche trop calibrée pour son époque, mais promesse d’une potentialité formidable.

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Parkland

Parkland
2013
Peter Landesman

On le sait tous, le 22 novembre 1963 John Fidgerald Kennedy s’est fait assassiné lors de sa tournée de réélection, le tout dans des circonstances étranges. Roulant dans une voiture décapotable dans une avenue pleine d’immeubles non sécurisés, on lui avait presque dessiné une cible sur le front tellement son élimination était facile. Si l’enquête de l’époque n’a pas eu besoin d’aboutir tant un certain Lee Harvey Oswald était le coupable idéal, les rumeurs sur l’implication de la CIA allaient bon train et à l’heure actuelle aucune certitude n’est possible tant les arguments des deux partis sont solides. On pensait qu’il n’y avait plus rien à apprendre de ce chapitre de l’histoire, à moins d’avoir accès à des informations confidentielles, mais il semblerait que le président ne soit pas mort sur le coup dans sa voiture, mais seulement un peu plus tard à l’hôpital. Une révélation d’envergure pour un film qui ferait enfin la lumière sur certains points ? Pas du tout. Le président n’a jamais reprit conscience et il ne s’est rien passé de spécial, le film montrant simplement la réaction des uns et des autres suite à la mort de leur président bien aimé.

Des films, livres ou séries sur le sujet, il y en a eu un paquet, et cette histoire là n’a tout simplement aucun intérêt. Voir des gens pleurnicher suite à l’incident, c’est juste du voyeurisme malaisant, d’autant que le film le fait sans aucune subtilité. Le jeu des acteurs n’est même pas spécialement bon malgré l’avalanche de talents impliqués : on y retrouve Zac Efron, Marcia Gay Harden, Paul Giamatti, Billy Bob Thornton, Jackie Earle Haley, Tom Welling, Colin Hanks et David Harbour. Si le film évoque bien les différentes théories, la prise de partie est totale, positionnant Lee Harvey et sa mère, principaux défenseurs de la conspiration, comme des fous. Un travail de surface pénible qui ne rend pas hommage ni aux investigations de la CIA ni aux freelances qui se sont attaqués à la question. Au lieu de ça, le film nous fait perdre un temps considérable avec des choses inutiles comme l’enregistrement vidéo, ne montrant absolument rien et nous bassinant de par le côté « insoutenable » de son contenu. Pauvres natures… Pire, le film a des allures de téléfilm au rabais entre ses mouvements brutaux et ses zooms immondes, « au plus proche des personnages ». Même si on ne connaissait rien à l’affaire, le film aborde le thème de façon trop superficielle, l’angle choisi n’apporte rien et n’est même pas conservé de bout en bout, on s’éparpille de partout, les enjeux sont creux et les émotions ne passent pas. Sans être un navet complet, le film peine simplement à justifier son existence.

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Power Rangers

Power Rangers
2017
Dean Israelite

Immédiatement propulsée série numéro une au monde lors de sa sortie en 1993, les Power Rangers furent un carton phénoménal à la télévision, écoulant par là-même une pléthore de jouets que les enfants s’arrachaient, alliant toutes les choses les plus classes au monde : les supers-héros en armure, les robots et les monstres géants. Depuis la série continue sans interruption et va accueillir sa 25° saison, bien que depuis la saison 7 le casting change tous les ans, mais son succès n’est plus aussi retentissant qu’avant et il était temps de relancer la machine.

N’ayant que peu de souvenirs de la série, la mythologie ne m’est guère familière, mais l’histoire des Power Rangers serait ici née d’un ordre galactique ancestral, préservant la paix dans la galaxie, ayant prit fin il y a 65 millions d’années durant un affrontement contre la terrible Rita Repulsa (Elizabeth Banks). En sommeil depuis tout ce temps, elle va comme par hasard être repêchée et réactivée par un chalutier qui passait par là, et ce à l’exact moment où le pouvoir des rangers va être arbitrairement attribué à cinq jeunes cons (incluant Dacre Montgomery, le BG de la seconde saison de Stranger Things) dont l’un a fait sauter la mine où reposaient les gemmes des anciens Power Rangers. Reprenant les choses là où elle les avaient laissés, Rita va à nouveau chercher à mettre la main sur le cristal de la Terre, ce qui tuerait toute vie sur la planète mais qui lui accorderait une puissance infinie.

Ah quand même ! Dès la première scène on regrette amèrement la théorie sur la destruction des dinosaures dans Transformers 4, bien plus crédible et intéressante que dans cette version où des extraterrestres se font la guerre et décident de pulvériser la planète pour la sauver. Paye ta logique ! On enchaîne ensuite sur le gag le plus fin du monde sur le fameux coup de traire une vache qui n’en est pas une, créant immédiatement une belle empathie pour le futur leader des Power Rangers. Les autres personnages ont eux aussi droit à une belle introduction entre le black attardé, la bombasse connasse et l’asiate rigolo. Ah oui, c’est vrai, il y a l’autre fille aussi, celle qu’on ne sait pas ce qu’elle fait là ni pourquoi elle reste avec eux puisqu’elle mettra presque une heure à ouvrir la bouche. Pour continuer sur de l’écriture de qualité, on notera le plagiat très discret de Chronicle, la présence indispensable et salvatrice de Bryan Cranston, qui livre une prestation murale poignante, sans compter l’enchaînement imparable des événements et la puissance des dialogues. À noter une méchante au charisme peu commun et des effets spéciaux pittoresques, balayant cette notion surfaite qu’est le réalisme. La firme avait de grands projets de saga, prévoyant à l’origine six films supplémentaires, mais inexplicablement le film n’a pas rencontré le succès escompté. Quand on sait qu’un film comme Pacific Rim avait engrangé 150 M$ en Chine, Japon et Corée alors que pendant ce temps celui-ci, visant un public similaire et ayant des intérêts financiers très importants aussi, ne dépassait même pas les 8 M$ sur ces trois territoires réunis, on comprend l’ampleur de la claque. Dommage, ça partait si bien…

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HHhH

HHhH
2017
Cédric Jimenez

Voilà typiquement le genre de film que j’esquive d’habitude. Parler de la Seconde Guerre Mondiale est toujours extrêmement compliqué dans la mesure où on ne doit ni ne peut avoir d’opinion sur le sujet. Aucun parti prit original possible, laissant une marge de manœuvre tout simplement inexistante. De temps à autre des films osent tenter une nouvelle approche comme Il est de retour, mais de mémoire c’est le seul exemple de film sur le sujet qui ne se contentait pas de réciter les livres d’histoire. Cette fois la promesse de raconter une histoire sous le point de vue SS semblait aguicheur, mais ça n’était qu’un subterfuge mensonger.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, sur les quatre H du titre, il n’y a pas de Heil Hilter. Il s’agit en réalité de « Himmlers Hirn heißt Heydrich », ce qui veut dire « Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». Le film retrace donc l’ascension de Heydrich (Jason Clarke), ex soldat de l’armée allemande qui entra dans les services de renseignement de la Gestapo au début des années 30, gravissant petit à petit les échelons jusqu’à diriger le service et devenir le bras droit d’Hitler. Un sympathisant convaincu qui va devenir un moteur principal de son idéologie.

Le début du film est très bon, nous montrant un homme comme tant d’autres, qui par amour pour sa femme (Rosamund Pike) va s’engager dans la politique, s’y découvrant une vraie passion. On nous explique et on nous montre tout l’engouement qui a permis l’accession au pouvoir d’Hitler, de comment il a à lui seul sauvé le pays de la ruine et redonné toute sa splendeur à l’Allemagne, car tout monstre est un génie qui n’a pas su refréner sa folie. Bien sûr, il n’était pas question de rendre un futur responsable de génocide sympathique, et très vite les boucheries vont commencer, enchaînant les actes barbares pour montrer le mal lattant. Et puis patatras, changement d’axe et de personnages principaux avant la fin de la première moitié, nous laissant pour la majorité de l’histoire en compagnie de deux parachutistes (Jack O’Connell et Jack Reynor) pour un énième film de résistants, annihilant l’originalité première dans une avalanche de clichés entre les amours de guerre (avec Mia Wasikowska) et les actes héroïques où les allemands passent pour de vrais demeurés. Une seconde partie pénible, supportable uniquement en raison du casting prestigieux, comprenant étonnamment deux français, Céline Sallette et Gilles Lellouche. Si le début recelait un vrai potentiel, le résultat n’est pas là et tout le reste est à jeter. Un film qui ne fait ni honneur à l’histoire ni au cinéma.

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First Kill

First Kill
2017
Steven C. Miller

Dans la famille « je cachetonne à blinde, s’il-vous-plait j’ai très faim », je voudrais deux spécialistes du direct-to-DVD, Bruce Willis et Hayden Christensen. Ce second campe ici un père qui s’inquiète pour son fils, régulièrement victimisé par une brute de son collège. Pour le pousser un peu à devenir un homme qui ne se laisse pas faire, il va l’emmener un beau jour à la chasse, loin de se douter de ce qui allait lui tomber dessus (et je ne parle pas de la pluie). Au détour d’un sentier de la forêt où ils étaient partis, ils vont tomber sur deux hommes en pleine altercation, l’un tenant l’autre en joug puis va lui tirer à bout portant, avant de tirer dans leur direction (bah oui, quand y’a un gosse, forcément qu’il va être con au point de faire du bruit en pareille situation). Obligé de se défendre, le père abattra l’assaillant, constatant après coup qu’il s’agissait d’un policier. Comme une connerie en cache dix autres, il va décider de ramener chez lui le second sur lequel le policier avait tiré, histoire de le soigner, sans savoir qu’au réveil il allait kidnapper son fils pour que le père l’aide dans une affaire de flic ripoux. Voilà voilà.

Un magot dérobé, des policiers corrompus et un homme lambda là par hasard pour que le spectateur s’identifie. Un pitch qui semble relater un film déjà vu une centaine de fois, et c’est effectivement le cas tant rien ne permet au film de s’extirper de la masse, enchaînant les pseudos rebondissements qu’on connaît d’avance et nous livrant une œuvre paresseuse qui se contente de copier tel quel des codes préhistoriques. Pour tenter de camoufler le manque de moyens et d’ambition, le film essaye de caler le maximum d’action et de s’attarder le moins possible, mais difficile de rester concentré quand on atteint des sommets d’absurdités de facilités scénaristiques comme lors d’une course poursuite où comme par hasard deux véhicules avec les clés sur le contact se trouvent sur le chemin. Une série B miséreuse où sont venus cachetonner deux grands noms du cinéma, visiblement plus intéressés par l’argent que par l’art.

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