Dunkerque

Dunkerque
2017
Christopher Nolan

Après avoir donné une trilogie dantesque à l’une des plus grandes icônes héroïques qui soit, après avoir révolutionné la SF au travers de deux œuvres étourdissantes, la pression était phénoménale pour le réalisateur Christopher Nolan quant à son prochain film, d’autant que pendant ce temps-là son frère offrait au public une série majeur, peut-être même la plus aboutie de tous les temps : Westworld. Le voir s’attaquer à la Seconde Guerre Mondiale était donc source d’inquiétude tant le sujet lasse de par l’overdose perpétuelle qui nous assaille. Inspiration en berne, film de commande ? Oh non, l’homme avait une idée bien précise et le film n’est clairement pas ce qu’on pouvait imaginer.

Si on vous parle de Dunkerque et de Seconde Guerre Mondiale, avant le film vous m’auriez surement parlé du débarquement américain, mais l’histoire se déroule en 1940 avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis et il ne sera fait nulle mention de ce futur pseudo allié (merci mon sauveur, mais si vous auriez pu éviter de raser nos villes au passage ça aurait été mieux). Non, le film parle de la débâcle de deux armées, celles britanniques et françaises, laminées par le géant allemand qui dominait tant stratégiquement que technologiquement. Centré sur les anglais, le film raconte l’évacuation des quelques quatre cent mille soldats laissés sur place et incapables de ne serait-ce qu’empêcher l’ennemi d’avancer. Sur les 400 000, Churchill espérait en ramener potentiellement 30 à 40 000, soit au mieux 90% de pertes humaines. Un revers historique méconnu.

Le film commence en nous mettant directement dans le bain avec plusieurs soldats anglais tués par des tirs préventifs de leur propre camp : le summum de l’incompétence. On voit ensuite un soldat faire les poches d’un cadavre, un autre truander pour fuir au plus vite. Si bien sûr le film dressera le portrait de quelques héros à l’aura quasi légendaire, l’écrasante majorité des protagonistes du film seront des lâches ou des traîtres rentrant la queue entre les jambes. Dans ce film, la guerre est subie, à aucun moment maîtrisée et on prend d’autant plus conscience de l’impact et de l’horreur de la guerre. Parler de la fameuse Seconde Guerre Mondiale sans évoquer ni le nazisme ni les américains est aussi particulièrement revigorant, d’autant qu’aucun peuple n’est montré comme le juste face aux méchants, se contentant de relater les faits avec un parti prit vraiment minime voir inversé. Choisir de ne pas mettre de stars en tête d’affiche est aussi un pari très osé, laissant les rôles principaux à de quasi inconnus pendant que Tom Hardy, Kenneth Branagh, Cillian Murphy et Mark Rylance se contentent de rôles de soutien plus ou moins figuratifs (sauf le premier dont l’importance est assez énorme). D’excellentes bases, mais si le film marque des points c’est aussi d’un point de vu technique.

Parce que raconter une histoire tel quel c’est bien trop facile, le réalisateur nous propose un montage croisé avec trois timeline différentes : le jetée, le sauvetage et l’escouade aérienne, se déroulant respectivement sur une semaine, un jour et une heure. Les trois avancent parallèlement entre elles avec le même point d’arriver, faisant que certains événements sont aperçus dans une temporalité avant d’être réellement découverts dans une autre. Cela donne parfois au spectateur le sentiment de savoir déjà ce qu’il va se passer, mais quand les éléments se recoupent on se rend compte du talent de mise en scène de l’homme qui nous berne à chaque fois, jouant sur ce sentiment et certains angles de caméra trompeurs pour mieux nous surprendre. Un procédé brillant qui dynamise le récit et amplifie l’angoisse et le suspense, d’autant plus grâce aux thèmes musicaux oppressants de Hans Zimmer qui prennent aux tripes. Privilégiant l’utilisation de véritables engins de l’époque, incluant des destroyers massifs, faisant appel à des milliers de figurants et n’utilisant presque aucuns effets-spéciaux, l’immersion devient très vite monstrueuse quand on ajoute à cela un tournage en Imax 70mm (même si encore une fois toutes les scènes ne sont pas dans ce format et on retrouve le même problème de ratios changeants que dans Transformers 5) et un son et un montage son irréprochables. Un spectacle grandiose au plus près de l’action, saisissant de réalisme, empli de scènes marquantes et offrant une leçon d’histoire bluffante. On ne parlera pas de film de guerre ultime dans la mesure où le film n’en est pas vraiment un, n’allant jamais au front et ne montrant pratiquement aucune possibilité de riposte, mais c’est une belle leçon de cinéma.

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Le Dernier jour de ma vie

Le Dernier jour de ma vie
2017
Ry Russo-Young

Tout juste sept ans après la sortie du roman de Lauren Oliver, son best-seller passe par la case cinéma pour le bonheur de quelques fans, mais surtout l’indifférence générale. Si les critiques furent plutôt bonnes, c’est à peine plus d’un million et demi de spectateurs qui se sont déplacé aux Etats-Unis pour voir le film, refroidissant largement les diffuseurs dans le reste du monde où son exploitation fut marginale. Certes, les coûts de productions furent minimalistes (cinq millions de dollars), mais avec seulement 14 M$ dans le monde, l’échec fut sans appel. Petit bijou passé inaperçu ou petit film de niche qui ne parlera qu’aux fans ?

Si je vous parle de boucle temporelle, vous allez immédiatement penser – à priori si votre culture cinématographique vous le permet – à deux excellents films du genre : Un jour sans fin et Edge of Tomorrow, tous deux sous le signe de le comédie bien que le second soit aussi un bon gros film de guerre SF. Eh bien ici le principe est reprit dans le cadre d’une teen-comédie classique où une certaine Samantha (Zoey Deutch), lycéenne en dernière année, revit en boucle sa dernière journée. Morte dans un accident de voiture le 13 février à 0h39, elle continue pourtant de se réveiller sans cesse la veille à 6h50, comme si de rien n’était.

Si vous saviez que demain serait votre dernière journée et si vous saviez exactement ce qui va se passer, que feriez-vous ? Voilà exactement ce que propose le film entre incrédulité, énervement, amusement, auto-destruction et tentative de rédemption. On nous dresse le portrait d’une ado lambda, un peu fâchée avec sa famille, entourée des mauvaises personnes et qui ne sait pas comment être elle-même au milieu d’une masse uniforme où chaque tentative d’originalité est perçu comme une agression ou une hérésie à combattre. Au fond c’est assez réaliste et parmi tous les clichés ambulants certain s’y retrouveront, et ne serait-ce que pointer du doigt la moutonnerie ambiante et les dérives de la victimisation c’est déjà énorme, d’autant que le principe cyclique donne un emballage plus séduisant et recherché au film. Néanmoins, entre l’aspect téléfilm et les acteurs pas toujours au top, mais aussi et surtout des réactions un peu trop plates et longues à arriver (peut-on réellement revivre exactement la même journée deux fois de suite sans tiquer ? Et comment peut-on mettre des semaines à comprendre ce qui saute aux yeux d’emblée ?), il est difficile de s’enthousiasmer outre mesure. Une petite idée sympa et globalement le film est plutôt réussi, mais clairement le scénario aurait mérité d’être plus poussé.

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La Planète des Singes – Suprématie

La Planète des Singes – Suprématie
2017
Matt Reeves

Monument de la science-fiction, le roman de Pierre Boulle a pour le moment donné lieu à neuf films dont voici le dernier en date, clôturant une trilogie, démarrée en 2011 avec La Planète des singes – les origines, se posant comme un préquel au roman. Choisissant de s’éloigner un peu du support d’origine pour proposer une histoire originale, les deux premiers films de cette trilogie se posaient tout de même comme des versions alternatives – et heureusement bien plus réussies – des épisodes de 1972 et 1973, à savoir La Conquête et La Bataille de la planète des singes, bien que l’épisode de 2014, L’affrontement, ne recoupait pas jusqu’à la fin du dernier film de la pentalogie première. C’était donc tout l’enjeu de ce dernier film, clôturer la boucle, avec bien sûr le suspense d’une réalité alternative comme pour son ancêtre.

Suite à la confrontation entre l’humanité et les singes évolués, la question se posait de savoir si une cohabitation allait être possible ou si une guerre devrait déterminer qui des deux dominerait la planète. Emmenés par leur leader César (Andy Serkis), les singes avaient décidé de vivre reclus dans leur forêt, laissant l’humanité s’entre-déchirer de son côté, mais Le Colonel (Woody Harrelson), chef d’une armée humaine, va passer à l’offensive. Le virus qui a décimé la quasi entièreté de l’humanité et rendu les singes plus intelligents a muté : désormais les quelques survivants humains sont frappés par un syndrome dégénératif les faisant régresser à un stade quasi primitif. L’homo sapiens est menacé d’extinction mais la situation des singes est elle aussi très précaire, rendant la confrontation déterminante.

L’enjeu premier du film était de rejoindre les événements du film originel La Planète des singes, ceux du roman / de la version de 2001 ou du moins quelques chose d’équivalant. Etant donné que nulle guerre nucléaire n’a eu lieu et que les événements sont bien trop rapides pour laisser le temps à l’humanité d’évoluer comme dans Le Secret de la planète des singes, probablement le fruit de millénaires ou du moins de centaines d’années de mutation, la première hypothèse est d’emblée écartée. Les autres n’ont pas tellement plus de crédibilité tant le problème de continuité temporel est infranchissable, faisant de cette trilogie une entité à part entière et qui ne peut se rattacher à aucune autre. Ça n’est pas faute de multiplier les clins d’œil comme avec Nova, mais ça n’en reste pas moins gadget. Avec la mutation du virus et ses répercutions, le film se dote une fois de plus d’une logique plus convaincante que n’importe lequel des autres films en dehors de la nouvelle trilogie, donnant une raison scientifique à un changement improbable. Malheureusement, ce sera bien là le seul argument scénaristique du film, le reste étant particulièrement prévisible et se contentant d’opposer moralement les deux camps. Ceux qui espéraient un affrontement au sommet seront fortement déçus, la fameuse « guerre » étant de petite échelle et pas du genre qu’on pouvait espérer. Les retournements de situation sont faciles et la fainéantise est parfois énorme comme avec le coup du trou bien pratique trouvé par hasard. Le film tente quelques pointes d’humour, sans grand succès, de l’émotion, tant bien que mal, de l’action violente, trop peu, et un questionnement moral et politique, assez superficiel. La claque visuelle n’a plus lieu d’être après L’affrontement, les progrès étant moins stupéfiants, et en terme de rythme le film a de nombreux soucis, les 2h20 se sentent bien trop par moments. La conclusion est propre, possède sa propre logique et nous offre quelques grands moments avec quelques séquences de grand spectacle, sans compter les prouesses d’animation toujours d’actualité, mais la grandeur des deux précédents ne rayonne pas aussi fort et j’en attendais probablement trop.



Critique disponible en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=upygkC55QQU&t=25s

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Le Placard

Le Placard
2001
Francis Veber

De temps à autre les français se ruent sur une comédie bien basique sans qu’un soupçon de piste ne se dégage. Il y a de ça plus de dix ans, plus de cinq millions de spectateurs se sont jetés sur ce film au pitch bien gras et au résultat qui n’avait pourtant pas convaincu grand monde. À moins qu’à «l’époque» rire sur l’homophobie était d’un niveau de provocation inédit, un peu comme Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? avec le même problème à l’arrivée : le film est exactement ce qu’il dénonce.

Grande tradition du réalisateur pour les têtes de turc qui se font victimiser au cinéma, le film met en avant un François Pignon (Daniel Auteuil) qui va apprendre par un concours de circonstances que son poste est plus que menacé : son renvoi est acté. Désespéré et voulant en finir entre son licenciement, son divorce et son fils qui le rejette, il sera secouru par un voisin qui lui soumettra une idée qui pourrait le sauver. En faisant son coming out, le virer reviendrait à un crime homophobe. Il va donc décider de sortir du placard.

Quand on touche à un sujet polémique, taper dedans en donnant dans le graveleux n’est pas tout à fait ce qu’on pourrait qualifier d’approche subversive. Ah c’est sûr qu’avec Thierry Lhermitte qui transforme un bourru de Gérard Depardieu en petit être sensible à grand coup d’endoctrinement, ça n’est pas gage de finesse. Bon, le principe est marrant deux minutes et le casting est dingue avec en prime Michèle Laroque et Jean Rochefort, mais difficile de faire l’impasse sur les innombrables problèmes. De un le film parle d’homosexualité sans qu’il y ait d’autre représentant que le voisin, dont on ne sait presque rien au final, de deux le film appuie trop sur les barrières psychologiques et ne parle que des à priori, et de trois l’écriture des personnages est médiocre. Le héros a une vie lambda, les autres ne sont pas développés voir oubliés en cours de route, oubliant ou se foutant de leurs enjeux personnels. Le sujet de base est sympathique et assez bien exploité avec quelques gags efficaces, mais c’est d’une telle paresse qu’on ne peut tout excuser.

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The Host

The Host
2006
Bong Joon-Ho

Le cinéma sud-coréen connaît un essor phénoménal, notamment grâce au réalisateur de ce film, Bong Joon-Ho, dont le dernier film en date Okja a fait énormément parler de lui à Cannes et qui est acclamé tant par la presse que par les spectateurs. Si jusqu’à présent l’engouement autour de lui était surtout une exclusivité locale malgré quelques tentatives d’exportation, le voilà désormais dans la cours des grand, l’occasion de s’intéresser au reste de sa filmographie.

Dans la culture asiatique, les kaiju (sorte de gros monstres) ont une importance cruciale, et c’est une nouvelle fois l’un d’eux qui occupe une place centrale dans le film. Suite à l’absence de conscience professionnelle et d’un je-m’en-foutisme ahurissant en terme d’écologie, un labo va rejeter une quantité phénoménale de produit toxiques dans l’eau, aboutissant à la fusion de diverses espèces sous-marine formant un gigantesque et mortel prédateur ultime. Arrivé à maturation dans le fleuve de Séoul, capitale sud-coréenne, le monstre va plonger la ville dans l’horreur entre la violence de ses attaques et la paranoïa ambiante entourant le risque de virus.

Comme pour bon nombre de films du genre, on suit la grande histoire au travers de petits yeux, à savoir une famille frappée par la perte de la petite dernière, prise lors de la première attaque. Dans l’absolu ça peut être une bonne idée, mais le film ne marche pas très bien. Pour un film à si petit budget (11 M$), la créature n’est pas totalement ridicule, ce qui est déjà pas mal, et en terme de réalisation c’est même plutôt esthétique et dynamique, mais le reste est excessivement mauvais. Les acteurs sont atroces et lors de scènes comme le mur des disparus on frise le nanar, mais ce qui passe le plus mal c’est le scénario. D’un côté on a une créature qui fait des centaines de morts et qui semble très facile à trouver sans pour autant que l’armée ne tente quoi que ce soit de sérieux contre elle, et de l’autre on a la crainte qu’une pandémie terrible sans pour autant que des mesures de protection et de confinements à la hauteur ne soient adoptées. On suit péniblement cette grotesque attaque parce qu’elle est plutôt bien mise en scène et que deux trois pointes d’humour fonctionnent de temps à autre, mais globalement c’est assez honteux.

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Julietta

Julietta
1953
Marc Allégret

Voici l’histoire de « comment fumer nuis gravement à la santé ». Alors qu’il prenait le train ce jour-là, André (Jean Marais) va oublier son étui à cigarettes que lui ramènera sa voisine de cabine, Julietta (Dany Robin). Seulement le train ne faisant qu’un arrêt éclair, le temps de rattraper l’étourdi le train repartait déjà et en voulant lui rapporter son étui Julietta va se retrouver piégée à Poitiers à devoir attendre le prochain train pour Paris qui n’arrivera que le lendemain. En bon prince et parce qu’à cause de quelconques festivités locales les hôtels affichent tous complets, André va l’amener chez lui pour la nuit, en tout bien tout honneur dans la mesure où aux premières lueurs du jour il devait partir chercher sa fiancée (Jeanne Moreau). Voulant échapper à un mariage qui ne l’enthousiasmait guère et persuadée que la maison allait rester vide d’après ce qu’André avait annoncé, elle ne prit jamais le train et resta dans sa maison, mais dès le soir suivant André arrivait avec sa promise. Elle faisant sa boudeuse qui veut rester et lui ne souhaitant s’exposer au scandale d’une autre jeune femme présente chez lui, il va la cacher dans son grenier et va alors commencer une cohabitation secrète.

Le film aurait aussi put s’appeler « Un Pauvre homme et deux chieuses ». Alors que lui est un homme respectable qui ne demandait rien à personne, de bonne famille et avec un bel héritage immobilier, il va se retrouver dans une situation intenable entre les caprices de l’une et l’hystérie de l’autre. Aucune des deux ne fera jamais la moindre concession ni le moindre effort, créant un climat particulièrement tendu et très peu évolutif. Les seuls changements viendront de la résignation du pauvre homme, ce sur le tard. Ainsi, une fois le contexte installé, la situation devient très vite redondante et figée, créant inlassablement un ennui permissif. Comme en plus le film donne raison à ceux qui ne cèdent pas alors même que moralement et légalement ça n’est clairement pas ça, on se demande bien quel est l’intérêt. Au début oui, c’est amusant, mais ça fini par lasser.

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Mary

Mary
2017
Marc Webb

Alors qu’il devait enchaîner sur un troisième Amazing Spider-Man, Marc Webb fut finalement libéré de ses obligations malgré le succès solide du second opus, l’occasion pour lui de s’éloigner un peu des superproductions pour se focaliser sur un film plus modeste mais potentiellement plus ambitieux, car divertir n’élève pas autant qu’une belle leçon de vie. Présent sur la fameuse black-liste des meilleures histoires, le film a connu un maintient incroyable, amenant ce petit film indépendant à près de 25 M$ sur le seul territoire américain. Une jolie performance pour un film qui l’est plus encore.

Certaines vies sont marquées par le drame, mais elles ne tournent pas forcément ma pour autant. Abandonnée avant même sa naissance par son père, la petite Mary (Mckenna Grace) se retrouva peu après sa venue au monde orpheline, sa mère ayant mit fin à ses jours, la laissant ainsi à son frère Frank (Chris Evans). Mary a aujourd’hui huit ans et vie pleinement heureuse avec son oncle, épaulé par une voisine (Octavia Spencer) qui s’est rendue indispensable en tant mère de substitution. Seulement voilà, obligée d’intégrer l’école, Mary va exposer au monde son statut de génie précoce, amenant sa grand-mère à refaire surface et s’immiscer dans sa vie.

Ce film est juste magique. On découvre au début simplement la vie de Frank et Mary, un père exceptionnel et une fille non moins incroyable. Il fait tout pour la rendre heureuse et elle de son côté nous épate de par son intelligence et sa précocité. À l’âge où les autres apprennent péniblement les additions, elle maîtrise déjà les équations différentielles et dépasse le niveau des étudiants d’université. Une surdouée qui n’en reste pas moins une enfant avec des joies et des envies simples, arrivant à garder les pieds sur terre grâce au protectionnisme de son oncle qui a bien vu ce que le travail acharné et la vie de bourreau de travail a donné sur sa regrettée sœur. Leurs rapports sont loin d’être conventionnels et à l’image de Captain Fantastic ils prônent la vérité inconditionnelle, donnant lieu à une bouffée d’honnêteté déstabilisante mais jubilatoire avec à la clef des dialogues particulièrement soignés et savoureux. Le talent des acteurs est dingue – notamment le boy-scout au bouclier et sa petite qui sont bluffants – et ils arrivent à restituer énormément d’émotion, nous faisant vibrer à chaque instant tant chaque passage a une ampleur énorme. Le choc à l’école est monstrueux, les révélations sur le passé sont de véritables séismes et le coup de l’affiche frôle l’arrêt cardiaque avant un tonnerre d’applaudissement intérieur. L’impact est gigantesque, la morale indiscutable. Un film aussi brillant qu’inspirant.

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Spider-Man Homecoming

Spider-Man Homecoming
2017
Jon Watts

Bien avant que Marvel et Disney ne relancent la mode des super-héros, ils se faisaient plus discrets au cinéma et peu pouvaient prétendre attirer autant les foules que la trilogie originelle des Spider-Man débutée en 2002. Seulement voilà, si le personnage fait parti des plus iconiques de l’histoire et que tout le monde attendait avec une impatience colossale un quatrième volet, en 2012 Sonny a déçu bien des fans en préférant carrément rebooter la franchise. Malgré des qualités indéniables, The Amazing Spider-Man n’était en fait rien de plus qu’un remake déguisé, reprenant la même trame, copiant certains plans et même son méchant était en fait une copie de celui du premier film avec lui aussi la voix de son double maléfique dans sa tête. Les résultats furent décevants dans la mesure où il a été le moins rentable de tous, mais avec 758 M$ pour un budget de 230 M$ l’opération restait très rentable et ils voulaient croire en l’avenir, planifiant pas moins de trois suites et une poignée de spin-off. Seulement deux ans plus tard quand la suite sortie, le public resta une fois de plus dubitatif face à une histoire qui sentait encore le réchauffé, l’ombre des « vrais » Spider-Man planant toujours. Budget en hausse, résultats en baisse : il fallait réagir. Face aux Marvel de Disney, Sonny ne valait plus grand chose et nombreux étaient ceux à attendre une seule chose : le retour de leur héros préférés chez les Avengers. Après d’âpres négociations (Marvel fait le film et touche l’argent des produits dérivés tandis que Sonny assume les frais de production et touche l’intégralité des recettes en salle) le rêve de beaucoup a prit forme. Après une introduction remarquée et très appréciée dans Civil War, il était temps de voir le petit Spidey voler de ses propres ailes dans un film solo.

Lui qui se voyait déjà comme un des Avengers, Peter Parker alias Spider-Man (Tom Holland) s’en est finalement retourné à sa vie de lycéen banal, ou presque. Il continue à essayer d’éradiquer le crime, mais la plupart du temps ses actions ne servent à rien et il attend fébrilement le coup de fil de Tony Stark (Robert Downey Jr.) ou de Happy (Jon Favreau). Ayant le sentiment de ne pas être prit au sérieux, quand Peter va découvrir qu’un réseau d’armes extraterrestres s’est organisé autour de sa ville, il va mener lui même l’enquête, se confrontant à une grande menace : le Vautour (Michael Keaton).

Le film partait avec un énorme handicap : il met en avant un troisième interprète différent pour l’homme-araignée en l’espace de quinze ans. The Amazing Spider-Man en avait largement souffert, mais les choses étaient très différentes. En 2012 le film était un remake quasi intégral d’un film sorti tout juste dix ans plus tôt, reprenant la même origin story et bien d’autres éléments tant scénaristiques qu’artistiques. Ici, le film ne revient pas une énième fois sur l’origine du super-héros, tout juste l’évoque t-il. On le retrouve directement avec sa tante May (Marisa Tomei), en costume, déjà introduit dans un précédent film et porté par une franchise riche de déjà 16 opus avec les présences plus ou moins importantes de figures de l’univers comme Tony Stark, Happy, Pepper (Gwyneth Paltrow) ou encore Captain America (Chris Evans). Ça n’est plus un film à part qui se passe dans sa bulle, l’univers reste cohérent avec lui-même contrairement à certains autres film centrés sur un seul héros. Rien qu’en terme d’intentions, le film avait déjà bon.

Dans sa construction, le film reste très similaire aux autres films Marvel, à savoir un héros face à un méchant, avec une ou deux confrontations avant le combat de fin, le tout à la sauce habituelle avec ce qu’il faut d’humour et d’action, même si côté spectaculaire on a vu mieux. Néanmoins, chose intéressante ici, le méchant n’en est pas totalement un, ses intentions étant presque louables à la base, voulant réparer une injustice première. Comme à chaque fois la formule marche bien, d’autant que Spidey est un plutôt bon personnage, le jeune fougueux de la bande, entouré par des acolytes sympathiques comme « Michelle » (Zendaya), la rebelle qui envoie chier tout le monde sans complexes, sans compter qu’elle a un charme fou avec sa crinière ébouriffée. Le film nous réserve aussi de belles surprises avec la combinaison de Spidey, loin d’être aussi anodine qu’une simple tenue moulante. La cuvée n’est pas exceptionnelle et on est loin du visuel grandiose des trois premiers Spider-Man, qui étaient en revanche plombés par des scénarios un peu vides et un côté cartoonesque parfois insupportable, mais entre un fun très présent, un dynamisme indéniable et quelques perles comiques, on tient là la meilleure itération cinématographique du super-héros tisseur de toiles. Un peu trop facile et la recette Marvel mériterait d’être quelques fois bousculée, mais l’efficacité est une fois de plus au rendez-vous.



Disponible en version vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=JFfEjTadUg0

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Chacun sa chance

Chacun sa chance
1930
René Pujol

Récemment restauré, ce film du début du cinéma parlant a aujourd’hui un intérêt qui était à l’époque loin d’être soupçonné, ou en tous cas pas dans de telles propensions. En effet, cette comédie-musicale fut la première occasion qu’à eu le public de voir sur grand écran celui qui deviendra par la suite l’une des plus grandes légendes du cinéma français : Jean Gabin.

La chance, ça tourne. Simple ouvrier du textile qui était jusqu’alors persuadé d’être sous une mauvaise étoile, Marcel Grivot (Jean Gabin) va voir sa chance arriver un beau jour. Une erreur de consigne va changer sa vie quand la personne chargée des vestiaires va lui rendre les affaires du mauvais Marcel, en l’occurrence un certain baron de Monteuil. De coïncidences en erreurs d’interprétation, il va se retrouver prit au piège d’un mensonge pas désagréable où il jouera les grands seigneurs, le genre riche qui va au théâtre, offre des bonbons et le champagne au restaurant. Pendant ce temps, le vrai baron va passer une très mauvaise soirée, étant prit pour un usurpateur.

Coup vieux comme le monde, le film nous ressort le couplet des rôles inversés entre le prolétaire et l’aristocrate, assorti d’une petite romance des familles qui va bien. Tout est ainsi incroyablement téléphoné, d’autant plus de par le côté comédie-musicale, qui ne passe pas très bien au passage de par la qualité sonore de l’époque, souffrant même après restauration de désagréables grésillements. Les performances sont au mieux acceptables, mais peu auront le recul nécessaire pour le tolérer, la platitude des dialogues et chansons n’aidant pas. Un intérêt qui se résume donc à voir le tout premier rôle d’une légende, et effectivement le bougre démarrait très fort avec une présence loin d’être transparente. En dehors de ça, le film n’a pas de raisons de survivre à l’épreuve du temps…

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La Fille du train

La Fille du train
2016
Tate Taylor

Si vous êtes passé dans une librairie ou au rayon livre d’une quelconque grande surface au cours des neuf derniers mois, il est peu probable que vous soyez passé à côté de ce best-seller de Paula Hawkins. Il est vrai que les romans policiers se vendent bien plus facilement que les autres pour d’obscures raisons, amenant à relativiser les succès du genre tout comme pour les romances, mais cette fois l’histoire semblait pas mal et le casting était juste dingue. Mouef.

Devenue alcoolique suite à une incapacité à tomber enceinte, Rachel (Emily Blunt) est désormais sans famille ni travail, son ex-mari (Justin Theroux) ayant refait sa vie avec une petite secrétaire (Rebecca Ferguson). Sa vie se résumait jusqu’alors à prendre le train toute la journée, ne focalisant son attention que sur Megan (Haley Bennett) et Scott (Luke Evans), un jeune couple d’apparence très heureux et qui occupait une maison non loin de celle qui fut la sienne. Seulement voilà, au lendemain d’une cuite monumentale, elle va se réveiller couverte de sang et va apprendre que la fameuse Megan est portée disparue.

Le film se construit assez intelligemment comme un puzzle où on découvre progressivement toutes les pièces de telle sorte que le coupable idéal change constamment en fonction des révélations. Le début est un peu lourd dans la mesure où il ne se passe pas grand chose, que les personnages sont stéréotypés et que le coup de « l’ivrogne qui a tout oublié » est bien trop pratique, mais on fini par se laisser emporter par l’enquête, d’autant plus grâce au casting impressionnant qui compte aussi dans ses rangs Edgar Ramirez en psychologue et Lisa Kudrow en femme de l’ex patron. Au final on reste dans du policier assez banal mais ça n’en reste pas moins solide et appréciable.

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