The Discovery

The Discovery
2017
Charlie McDowell

Parce que le cinéma ça n’est pas qu’au cinéma, voici l’une des dernières productions de Netflix, désormais acteur incontournable du septième art. Alors que la France accuse un retard de deux mois et dois encore attendre jusqu’au 22 novembre pour découvrir la suite de L’Expérience interdite, voici un nouveau film traitant d’expériences visant à découvrir ce que cache l’au-delà, mais l’approche est cette fois bien différente.

L’heure n’est plus à la théorie mais à la pratique. Spécialiste en sciences neuronales, le docteur Thomas Harbor (Robert Redford) a découvert des déplacements énergétiques post-mortem qui prouveraient que notre conscience change de plan après la mort. Pour quatre millions de personnes à la vie probablement insupportable, il n’en fallait pas plus pour mettre fin à leurs jours, mais tous ne croient pas que l’expérience soit indiscutable, et même en cas de « seconde vie » rien ne nous assure qu’elle soit meilleure. Pour Will (Jason Segel), fils de Harbor, les preuves ne sont pas assez solides et il pense que son père est responsable des millions de morts et voudrait le convaincre de revenir sur ses déclarations pour stopper la vague de suicides.

Parler de la mort n’est pas évident, c’est même le principal sujet d’angoisse pour une majorité de gens. L’idée de départ provoque donc malaise et curiosité morbide : si il y a effectivement une vie après la mort, quelle est-elle ? Sur le papier, le film est donc un quasi repompage de L’Expérience interdite, mais en réalité le film diffère d’emblée en remettant d’une part l’expérience en cause, et en rendant les résultats publique d’autre part. Pendant une grande partie du film, on reste à la fois happé par le sujet et terrifié par le doute, d’autant que de vraies études scientifiques sont abordées comme la réminiscence électrique post-mortem du cerveau, restant encore actif pratiquement un mois après un décès. Les choix de test y font écho d’ailleurs, semblant dans un premier temps valider la thèse de l’illusion programmée, sorte de défense naturelle de l’organisme qui s’active pour offrir plus de douceur dans le trépas. Mais est-ce pour autant incompatible avec un plan astral ou divin ? Là était la question, et avec son dénouement le film y trouve une brillante conclusion qui nous ouvre les yeux sur un degré de lecture insoupçonnable, fort et plein de poésie. Une force qui nous vient pour beaucoup de la charmante Rooney Mara, mais surtout de l’éblouissant Jason Segel, figure de la comédie qui trouve ici un rôle à contre-emploi total carrément bluffant. Passionnant en théorie, le film déçoit par son manque d’ambition dans un premier temps, puis nous révèle finalement toute son ampleur et on en ressort conquis.

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Marie-Francine

Marie-Francine
2017
Valérie Lemercier

Je me souviens qu’on en avait beaucoup parlé en bien et que j’avais moi-même apprécié Palais Royal!, l’une des précédentes réalisations de Valérie Lemercier (même si en réalité les spectateurs avaient très majoritairement détesté), et c’est donc serein que j’abordais ce nouveau film, loin de me douter qu’il s’agissait d’une œuvre sans intérêt souffrant de l’une des pires écritures de la décennie.

Larguée par son mari (Denis Podalydès), virée de son labo où elle était chercheuse, Marie-Francine (Valérie Lemercier) va se retrouver à devoir retourner chez ses parents à 50 ans. Une situation déjà difficile, mais quand en plus ses parents vont la pousser à tout pour retrouver n’importe quoi, que ce soit en travail hors-sujet ou en prétendant insortable, le moral sera encore moins au beau-fixe. Petit rayon de soleil dans son morne quotidien, un cuisinier portugais (Patrick Timsit) va tout faire pour lui remonter le moral et nous une amitié, et plus si affinités.

Dans le genre comédie-romantique ultra prévisible, le film se pose comme une référence. On pensait que plus personne n’oserait faire preuve d’un tel manque d’originalité, mais il faut croire qu’il n’y a plus de limites à l’accumulation de clichés. Tout y passe : le mari qui se taille avec une petite jeune mais elle va bien évidemment se faire la malle et lui va revenir la queue entre les jambes ; le coup de la sœur jumelle qui va bien évidemment créer à un moment donné un quiproquo qui aurait pu tout faire rater (oh la la le suspense de dingue !) ; le mensonge de présentation qui va bien évidemment éclater au grand jour ; le câlin mal interprété que oh la la gros suspense encore ; et j’en passe des plus insupportables. Difficile de rire ou de feindre la surprise quand tout se voit venir à des kilomètres et l’avalanche de facilités d’écriture est absolument honteux. Ne reste qu’une chose à sauver : Patrick Timsit, étonnamment bon acteur en l’occurrence, mais porter un film seul n’est pas aisé. Un film éculé, fainéant et ennuyeux.

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On l’appelle Jeeg Robot

On l’appelle Jeeg Robot
2017
Gabriele Mainetti

Dire que le cinéma italien est confidentiel serait un euphémisme tant leurs productions n’arrivent presque jamais jusqu’à chez nous, mais grâce à un prix du jury reçu à Gérardmer, le film multi-récompensé aux Césars italiens (les David di Donatello) avait eu droit en mai dernier à plus de cent salles sur notre territoire. Malgré ça et les critiques positives, la barre des cent mille entrées n’a largement pas été atteinte. Pourtant, à l’heure où les comics Marvel et DC font encore le plein et trustent le haut des charts, un film de super-héros italien avait de quoi intriguer un peu plus que ça.

Une cavale qui tourne mal, un saut dans l’eau pour se cacher, une cuve de pétrole et paf, Enzo Ceccotti était devenu un surhomme. En ingérant une substance noire, sa force et ses capacités régénératives avaient décuplé, faisant de lui aux yeux de la fille de son voisin un Jeeg Robot, héros d’un anime japonais qui l’obsède. Seulement Enzo n’a rien d’un héros, trouvant son bonheur dans la solitude et les larcins et exécrant son prochain. Surnommé « Le Gitan », un chef mafieux va tout faire pour mettre la main sur lui, persuadé qu’il pourrait devenir son atout phare suite au visionnage d’une vidéo où un homme masqué arrache un distributeur de billets à mains nues.

Des vrais antihéros aux supers-pouvoirs, on en a rarement vu au cinéma, et la plupart du temps le concept est tué dans l’œuf à l’image de Hancock. Ici, hormis pour les beaux yeux d’une demoiselle, le bougre ne pense pas une seule seconde à faire quelque chose pour son prochain, profitant même de ses pouvoirs pour gagner en ambition criminelle. Et comme les autres personnages du film sont une folle, un psychopathe, des mafieux et des hommes de main, on échappera aux sermons habituels pour s’immerger dans un milieu pas jojo. L’histoire n’est pas forcément très originale mais le ton est atypique, quasi surréaliste par moments comme lors d’une discussion avec du porno en toile de fond ou lorsque le Gitan fait un arrêt brutal pour lancer un discours important à ses sous-fifres, tout en se faisant engueuler et insulter par les automobilistes en même temps. L’humour varie entre l’absurde et le trash sans complexe, et l’un comme l’autre le résultat est très bon. Il est dommage que la dernière partie prenne un tournant classique, mais même à ce moment là le film trouve des pistes originale comme avec le tournage au téléphone (par contre, évitez de confier de la pseudo incrustation Youtube à un stagiaire, ça se voit que le type n’y connaît rien). Un film singulier et drôle, pas révolutionnaire mais qui nous assure un bon divertissement.

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Kingsman : Le Cercle d’or

Kingsman : Le Cercle d’or
2017
Matthew Vaughn

Avec plus de 414 M$ de recettes dans le monde pour un budget cinq fois moindre, le premier Kingsman fut assurément un très joli succès, d’autant qu’il s’est fait sur la durée grâce à un excellent bouche à oreille largement mérité. Face à des franchises d’espionnage vieillissantes à l’intérêt décroissant, voir un nouveau venu proposant une vision fun et décomplexée représentait une bouffée d’air incroyable, d’autant que le résultat était particulièrement efficace entre le dynamisme, l’humour British et le casting prestigieux. Reposant sur une série de comics, le film se prêtait bien à de multiples suites, et voici la première d’une série qu’on espère la plus longue possible si la qualité reste au rendez-vous.

Point de repos pour les services secrets britanniques du Kingsman : une nouvelle menace se profile. À la tête du plus gros cartel de drogue au monde, Poppy Adams (Julianne Moore) menace de mettre à mort tous ses consommateurs à travers le monde si ses exigences ne sont pas satisfaites. Des junkies en moins, une bonne chose pour certains, mais là n’est pas la question pour Eggsy (Taron Egerton) et Merlin (Mark Strong), bien décidés à tout faire pour l’arrêter et distribuer le vaccin. Pour les aider dans leur quête, leurs homologues américains du Statesman (Jeff Bridges, Halle Berry, Channing Tatum et Pedro Pascal) vont leur prêté main forte.

Encore une fois, le réalisateur Matthew Vaughn nous propose une aventure haute en couleurs avec une formule toujours aussi efficace. On commence avec de l’action survitaminée et magnifiquement chorégraphié avant d’enchaîner sur de l’humour imparable sonnant le retour de la fameuse princesse. Le dîné de famille achève de nous convaincre en moins de dix minutes, justifiant largement cette suite. Aventure, rythme, folie et drôlerie sont bien là, nous faisant voyagé aux quatre coins du monde pour une grande diversité de paysages, y mêlant tour à tour des gags percutants et des séquences musclées improbables. Ah c’est sûr, des combats comme ici on en retrouve nulle part, mais ça n’est rien comparé à un Elton John en dindon jouant les esclaves. Largement spoilé dans les bandes-annonces, le retour de Colin Firth est malheureusement beaucoup moins réjouissant, jouant des cartes aussi éculées et ennuyeuses que l’amnésie, et au final s’il amène tout de même quelques bonnes idées amusantes, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Effectivement, sa classe infinie a énormément contribué au succès du premier et l’idée pour le faire revenir a le mérite d’être originale, mais dans la pratique le résultat n’est pas là. La gestion de certains personnages est d’ailleurs assez indigne, notamment Lancelot qui nous laisse incrédule, nous faisant presque espérer un running-gag sur les retours impromptus. Ces quelques regrets font que le film est un peu moins abouti que le premier, mais la formule reste très sympa et les fans y trouveront leur bonheur.

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Miss Sloane

Miss Sloane
2017
John Madden

Quand on ne fait qu’enchaîner les gros films d’action décérébrés et commerciaux, pas forcément tous divertissants d’ailleurs, il est difficile de redorer son image quand sa piètre réputation est en grande partie mérité. Pour EuropaCorps les enjeux étaient donc élevés et l’ambition énorme. En se positionnant comme sérieux compétiteur pour les Oscars en mettant la main sur certains des meilleurs acteurs et actrices qui soient, le film a en partie réussi son pari puisque les critiques furent excellentes et que l’actrice principale fut nominée aux Goldens Globes, mais avec 9 M$ de recettes dans le monde le film fut surtout un énorme échec commercial. Ah c’est sûr que quand on habitue son public à de la purge d’action et qu’on se retrouve face à un thriller psychologique dénonçant la politique corrompue des Etats-Unis, ça change.

Alors que les affaires de fusillades aux Etats-Unis ne cessent de faire la une des journaux, la vente d’armes reste totalement libre et non restrictive, conformément au deuxième amendement. Il faut dire que le lobby des armes à feu est le plus gros mastodonte de l’économie du pays, et dans de telles conditions ce sont eux qui dictent les lois. Lobbyiste de renom qui souhaiterait voir l’accès aux armes plus réglementé, Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) va accepter de rejoindre le cabinet défendant une nouvelle loi qui empêcherait les criminels et autres civils dangereux de se procurer des armes légalement. Un combat qui semble perdu d’avance compte tenu des moyens illimités du clan adverse, mais il en faut plus que ça pour l’arrêter.

Alors que les médias se plaignent sans cesse de la représentation des femmes dans la société et notamment au cinéma, voici un film qui leur fera plaisir. On tient là une femme forte, indépendante et déterminée dont l’intelligence ne souffre aucun égal. Faisant avancer de concert la bataille militante et juridique, le film possède une double narration avec d’un côté le combat médiatique pour faire adopter la loi, et de l’autre un procès dont on comprend progressivement les enjeux et rouages. L’enquête et les méthodes sont très intéressantes, d’autant que chaque camp possède sont lot d’acteurs charismatiques avec Gugu Mbatha-Raw et Mark Strong face à Alison Pill, John Lithgow et Michael Stuhlbarg. Idéologiquement le film interpelle, structurellement il attise la curiosité et scénaristique il impressionne. Un puzzle passionnant et efficace.

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Les Insoumis

Les Insoumis
2017
James Franco

On a beau être un acteur populaire et avoir à son actif une pléthore de gros succès au box-office, ça n’ouvre pas toutes les portes. Réalisateur d’une trentaine de films, incluant une poignée de courts-métrages mais la plupart sont des longs, James Franco n’a jamais eu les honneurs d’une sortie d’envergure et aucun de ses films n’a eu droit à ne serait-ce que dix salles dans tous les Etats-Unis, et aucun n’a de près ou de loin avoisiné les cent mille entrées mondiales, c’est dire. Cette fois, le film n’a même pas fait mine d’essayer et a atterri directement dans les bacs. Un sort incompréhensible quand on voit un casting comptant parmi les plus prestigieux jamais vus au service de l’Histoire avec un grand H.

Si peut d’entre nous étaient nés, les années 1930 sont restées gravées dans les mémoires pour la plus grande crise économique et sociale de l’histoire moderne. Avec le crash de 1929, le salaire journalier moyen était passé de 5 à 1$ sans pour autant que le coût de la vie n’évolue dans ce sens. C’est comme si en une poignée d’années, le SMIC passait sous la barre des 300€ par mois avec des prix et des loyers équivalents. Une situation totalement intenable qui était pourtant une réalité pour une grande majorité de la population, et certaines personnes se sont levées pour s’y opposer. Sous prétexte que leur marge avait baissé, les patrons n’hésitaient pas à revoir inlassablement les salaires à la baisse avec une disproportion honteuse, et c’est pour ça qu’à une époque où le syndicalisme était illégal et la grève inconstitutionnelle, deux militants (James Franco et Nat Wolff) ont infiltré un groupe de saisonniers pour y provoquer une révolte au péril de leurs vies.

Si déjà le contexte intéresse forcément, le film dévoile d’emblée un autre atout majeur aux propensions dantesques : son casting. Vincent D’Onofrio, Robert Duvall, Ed Harris, Selena Gomez, Sam Shepard, Josh Hutcherson, Zach Braff, Analeigh Tipton, Bryan Cranston ou encore Ashley Greene, et tous excellents qui plus est. Une avalanche de charisme pour une histoire très importante et qui a le mérite de ne pas idéaliser la résistance. En effet, aussi louable que soit la cause, les méthodes le sont bien moins : mensonges, mise en scène, pièges et coups montés. Néanmoins, face à un patronat qui n’hésite pas à assassiner de sang froid ses propres employés et se servir des forces de l’ordre pour blanchir leurs meurtres, sans compter des techniques d’endoctrinement ignobles, les moyens mis en place semblent même trop gentils, et ça a de quoi énerver. Contre une telle violence physique et morale, on aurait envie (besoin ?) de voir une réponse plus viscérale, plus brutale que de la petite manipulation et une grève assez tranquille. Comment le gouvernement et la population a t-elle pu rester à ce point impassible face à ni plus ni moins que des meurtres ? Quand la justice s’efface, la civilisation s’effondre. De ce fait, si le film est utile, éducatif, bien mis en scène et porté par d’excellents acteurs, il nous laissera ce gout amer d’avoir découvert une face sombre de l’humanité dont la froideur calculatrice nous empêche de développer une quelconque affecte émotionnelle.

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Blade Runner 2049

Blade Runner 2049
2017
Denis Villeneuve

Grand classique de la SF qui a bluffé son monde de par ses effets spéciaux prodigieux pour l’époque ainsi que de par la créativité poussée de son univers, Blade Runner s’est progressivement érigé au rang de film culte, notamment au travers de sa version « final cut » (remontage dix ans après la sortie) qui fait loi. Il faut dire qu’entre l’atmosphère surprenante du film, très sombre et faisant appel à des musiques psychédéliques mémorables, et l’ascension fulgurante de la carrière d’Harrison Ford, venant d’enchaîner deux monuments du cinéma, Star Wars et Indiana Jones, toutes les planètes étaient alignées pour en faire un immense succès. Pourtant, sans être non plus un ratage total, avec seulement 27 M$ aux Etats-Unis lors de sa sortie initiale (et probablement aux alentours de 45-50 M$ dans le monde) l’heure n’était pas à la fête et personne ne se serait douté que 35 ans plus tard une suite pointerait le bout de son nez, surtout pas avec un budget ahurissant de 185 M$ (150 M$ après réductions d’impôts). Plus encore, aussi imaginatif que fut le premier, il n’en restait pas moins trop philosophiquement superficiel et son histoire n’était qu’une enquête sommaire prévisible, et l’idée d’une suite pouvait laisser perplexe. Certes confié à Denis Villeneuve, automatiquement propulsé comme génie absolu de la SF avec l’étourdissant chef d’œuvre Premier Contact, le film va tout de même pulvériser toutes nos attentes.

Alors que l’action du premier film se déroulait en 2019, nous voici propulsé en 2049, trente ans après. Suite aux incidents opposant les humains aux répliquants (clones humains robotisés censés servir d’esclaves), plus exactement le modèle Nexus 6, l’intégralité des modèles furent rappelés pour être détruits, ce qui a conduit à une baisse de productivité telle qu’un gigantesque black out obligea le monde à revoir tout son fonctionnement. L’entreprise fabriquant les répliquants ayant fait faillite, c’est désormais un certain Niander Wallace (Jared Leto) qui a reprit l’affaire, mais remplacer un parc entier de serviteurs, non seulement au niveau mondial mais aussi sur les colonies, prend beaucoup trop de temps et une productivité basée sur l’ancien modèle ne suffit plus. Si les répliquants pouvaient se reproduire, les perspectives sur le long terme seraient phénoménales, mais les recherches n’aboutissent pas. Nouveau modèle de répliquant jugé sans risque, l’agent K 2.6 (Ryan Gosling) va faire une découverte qui bouleverserait l’ordre établi lors d’une de ses missions de Blade Runner (ceux chargés de localisé et éliminer les anciens modèles Nexus, dirigés par Robin Wright) : le corps d’une répliquante qui aurait pu avoir un enfant. Si cela s’avérait exact, ce serait une catastrophe pour le gouvernement qui justifie l’utilisation d’humains de synthèse comme esclaves sous prétexte d’une incapacité émotionnelle et reproductrice, tandis que pour l’entreprise de Wallace cette potentialité pourrait être son patient zéro.

Première séquence, première claque historique. On survole des kilomètres et des kilomètres de cultures sous serre avec un vrombissement faisant littéralement trembler les murs dolby atmos, nous immergeant d’emblée entre les sons puissants qui ponctueront le film, l’ambiance sombre parfois glaçante, l’envergure vertigineuse des décors et le mystère planant. Quelques secondes s’écoulent et les questions se bousculent déjà : qui est le pilote de l’appareil, pourquoi vient-il dans un endroit pareil, qui se cache derrière la combinaison (Dave Bautista) et que cultive t-il ? Malgré le fait que Blade Runner ait déjà posé les bases de cet univers, on semble le redécouvrir à chaque plan, à l’image de la pyramide qui passe d’impressionnante à spectaculaire. Exit les maquettes réalistes qui faisaient leur effet à une époque révolue, grâce à une technologie plus au point que jamais chaque plan est iconique, immersif et artistiquement dingue. Les décors donnent d’eux-même le tournis, mais le film sublime les images avec une mise en scène grandiose et des jeux de lumière colossaux. En prenant le pari de prendre son temps et de se poser comme contemplatif à l’occasion, affichant une durée de 2h40 sans pour autant paraître long une seule seconde, le film permet aux décors de parler d’eux-même, certaines visions se passant de commentaires. On en ressort estomaqué, le souffle coupé par une qualité visuelle sans précédent : une nouvelle référence ultime.

Mais le film n’est pas qu’une simple épopée visuelle fantastique dans un univers transcendant, c’est aussi une enquête passionnante et sombre abordant une multitudes de thèmes très profonds. Reprenant le style du premier film en traitant le thème de la nature humaine face aux simulations potentiellement plus humaines que nous, l’histoire première est une investigation sur la face sombre de notre civilisation, mais dans les deux cas le concept est bien plus poussé. Jouant sur les à priori du spectateur, le film nous balade de piste en piste, nous persuadant d’avoir toutes les cartes en main alors même que la vérité sera tout autre. Des rebondissements jamais gratuits pour une construction bien plus subtile qu’il n’y paraît, mais là encore à l’image du premier film l’intérêt se porte davantage sur les thèmes annexes, notamment la nature de la vie. Un organisme créé en laboratoire a t-il une âme ? Une machine peut-elle avoir des sentiments ? Et peut-on à la fois avoir une âme et des sentiments quand on est dépourvu d’enveloppe charnelle ? Le plus bel écho de ces thèmes nous viendra du personnage de la compagne artificielle Joi (Ana de Armas). Si sa technologie holographique s’explique parfois difficilement, son personnage est sans doute le plus intéressant de tous : une IA attachante qui tente d’humaniser un répliquant. On prendra une triple claque philosophique, sensorielle et technique avec la séquence impliquant la prostituée (Mackenzie Davis), véritable prouesse artistique, scénaristique et mécanique. La synchronisation marquera définitivement les esprits.

Un film viscéral, stupéfiant de la première à la dernière image, porté par des acteurs exceptionnels, une histoire immense, un univers vertigineux, un son puissant qui prend aux tripes et dont on en ressort complètement secoué. Espérons qu’après en démarrage en demi-teinte le bouche à oreille en fasse un énorme succès car la porte reste grande ouverte pour un éventuel Blade Runner 2052 après un Dune (prochain projet de Denis) qu’on imagine déjà colossal puisque coup sur coup son réalisateur vient de nous livrer deux chef d’œuvres majeurs. Monsieur Villeneuve, merci.

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The Jane Doe Identity

The Jane Doe Identity
2017
André Øvredal

Festival recelant parfois de jolie pépites, le festival du film fantastique de Gérardmer nous proposait cette année entre autre une bien mystérieuse autopsie. Père et fils médecins-légistes, Tommy (Brian Cox) et Austin (Emile Hirsch) vont un soir recevoir le corps d’une jeune femme pour y pratiquer son autopsie. Inconnue retrouvée enterrée dans le sous-sol d’une maison où ses habitants furent sauvagement assassinés, sa présence et sa conservation parfaite intriguent les autorités. Qui est-elle ? Pourquoi était-elle là ? Comment est-elle morte ? Tant de questions qui pourraient trouver une réponse en étudiant sa dépouille, mais en commençant à l’examiner, les questions vont se faire de plus en plus nombreuses.

Le principe premier du film était génial : tenter de résoudre une enquête en analysant le corps d’une défunte. Les conditions dans lesquelles a été retrouvé le cadavre attisaient notre curiosité et l’idée de réviser notre anatomie par la dissection d’un de nos semblables était gageure. Le début de l’opération est véritablement passionnant entre curiosité morbide et intérêt scientifique, mais pour développer le concept le film va tomber dans le plus terrible des travers : la facilité. Après une bonne amorce, le film va se contenter de basculer vers du cinéma horrifique bas de gamme, prévisible et dénué de toute originalité. On nous fait un insert sur une clochette, et évidemment quelques scènes plus tard elle reviendra exactement comme prévu. Après demi-heure de film, tout devient poussif, vu et revu. Heureusement que le film est cours, sans quoi j’aurais difficilement tenu…

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Conjuring 2 : Le Cas Enfield

Conjuring 2 : Le Cas Enfield
2016
James Wan

On ne peut pas dire que James Wan manque d’imagination quand on jette un coup d’œil à sa filmographie tant il a révolutionné le cinéma horrifique en inventant de nouveaux artifices redoutables, mais pourquoi se fatiguer à inventer des histoires quand la réalité regorge de faits palpitants ? Avec le couple Warren (Patrick Wilson et Vera Farmiga) qui s’est confronté à de multiples manifestations mystérieuses durant les dernières décennies, Warner a même vu les choses en grand en axant une licence entière autour dudit couple et des cas auxquels ils se sont confrontés. Après un premier Conjuring sympathique qui a explosé les compteurs au box-office, le premier spin-off Annabelle a presque atteint un score identique malgré une qualité médiocre, et les deux suites de ces deux films ont chacun dépassé leur prédécesseur. Il faut dire que la mention « tiré d’une histoire vraie » est aguicheuse, mais ça ne fait pas tout.

Le film se penche cette fois sur une affaire datant de 1977, se déroulant dans le quartier de Enfield à Londres. Une famille monoparentale de quatre enfants avait alerté les autorités concernant de terrifiantes et énigmatiques manifestations, mais à force de voir la situation empirer avait ensuite contacté les médias pour faire connaître leur détresse au public. Intrigués par des enregistrements audio semblant venir d’un vieillard mais émanant en réalité d’une anglaise de 12 ans, le couple Warren accepta alors de mener l’enquête.

Si déjà le film ne prend aucun risque en traitant de manière classique une histoire classique, on fait face à deux problèmes majeurs : la gestion de la peur et la véracité. Si  son prédécesseur ne faisait déjà pas grand chose pour nous surprendre tant les mécanismes semblaient antédiluviens, on a ici un phénomène à la fois inverse mais prévisible. En prenant quasi systématiquement le contre-pied des rouages habituels du genre, le frisson est oblitéré par la prévisibilité de ce qui ne va pas se passer. Or quand on sait ce qui n’arrivera pas, on sait par déduction ce qui va arriver. Concernant la véracité, l’histoire nous laisse à bien des moments perplexes. Au bout d’un moment on fini par s’en rendre compte et ça devient risible : les manifestations sont assez bidons lorsque quelqu’un d’autre que la famille est présente, et comme par hasard ceux qui sont toujours aux premières loges sont la fille et sa mère. Complicité ? Tous ceux qui ont étudié l’affaire de près en sont persuadés, d’autant que jouer le jeu permettait au couple Warren ainsi qu’à l’église de se redonner un peu de légitimité en pleine période de lynchage médiatique. Et puis au bout d’un moment, le coup du démon à exorciser, ça va bien. Evidemment, le film essaye de rendre ça le plus divertissant possible en faisant comme si tout était vrai, nous faisant angoisser à l’idée que de pareilles entités démoniaques ou fantomatiques existent, mais entre de trop grosses ficelles, un frisson minimal, une originalité en berne et une durée de 130 minutes nous laissant pleinement le temps de remettre en question ce que l’on voit, l’intérêt décroît fortement.

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Du plomb pour l’inspecteur

Du plomb pour l’inspecteur
1955
Richard Quine

Témoignage du passé, le cinéma porte en lui les vestiges de notre histoire et mérite tout autant notre attention. Alors quand plus de 60 ans après la sortie en salle un studio prend la peine de restaurer un film, c’est la moindre des choses que de s’y intéresser. Genre de prédilection aux Etats-Unis, surtout dans les années 50, le film policier trouvait cette année là un thème très récurrent : l’espionnage (de ses voisins). Sorti la même année que Fenêtre sur cour, le film montre une équipe policière tenter de mettre la main sur un malandrin en épiant sa donzelle, s’étant posté dans l’appartement d’en face. Une opération néanmoins compromise d’emblée sans que la police ne le sache, l’inspecteur Sheridan étant tombé amoureux de la complice présumée dont il avait la surveillance et fomentant de mettre la main sur le magot et de se tirer avec elle. Un double jeu dangereux qui ne pouvait que mal finir…

On enquête sur quelqu’un, on se rapproche de ladite personne et on tombe bêtement amoureux. Un cas d’école pas très original, mais il est vrai que le cinéma a connu plus de représentants depuis qu’avant la sortie du film, donc mieux vaut ne pas lui en tenir rigueur. Néanmoins, même si on fait l’impasse sur la créativité du film qui enchaîne les clichés au point d’être fatiguant de prévisibilité, difficile de passer outre la mollesse outrancière de l’enquête qui piétinera jusqu’au dernier quart-d’heure, mais surtout il est encore plus impardonnable d’avoir à ce point raté le personnage principal. Si déjà sa romance sonne horriblement faux malgré la grosse dizaine de scènes de baisers, sa connerie explosera tous les records, ne faisant attention à aucun détail et fonçant comme une brute lobotomisée. Si la dernière ligne droite réussira à maintenir vos paupières ouvertes, contrairement au reste qui fera plus se décrocher votre mâchoire, une avalanche de soupirs incontrôlables viendront témoigner d’une bêtise sans nom venant de tous bords. Un potentiel très vague souffrant d’une écriture misérable.

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