Les Gardiens de la Galaxie 2

Les Gardiens de la Galaxie 2
2017
James Gunn (II)

Alors que les films de super-héros pullulent de plus en plus sur nos écrans, le phénomène d’indigestion s’approche à grands pas et on annonce fréquemment que le prochain va se vautrer, sans pour autant que cela ne se vérifie. Annoncé comme différent et bien plus déjanté, Les Gardiens de la Galaxie faisait parti des projets dit « risqués », mais au final le film récolta plus de 770 M$ dans le monde et se classe 5° plus gros succès dans le Marvel Cinematic Universe. Entre la très grande popularité du premier volet et une campagne marketing solide, nul doute que ce second volume frappera encore plus fort, et qui sait, atteindra peut-être le milliard.

Désormais complète et unifiée, l’équipe des Gardiens – composée de Peter Quill (Chris Pratt), alias Starlord, Gamora (Zoe Saldana), Rocket-Raccoon (Bradley Cooper), Groot (Vin Diesel) et Drax (Dave Bautista) – était chargée de protéger les batteries d’une planète, mais c’était sans compter sur leur compagnon raton-laveur cleptomane. Dans leur fuite ils vont faire la connaissance de Ego (Kurt Russell), le père biologique de Peter.

Dès le début le film nous met très bien. Dans le premier, c’était une petite danse en mode « bat les steaks » en plein territoire hostile, cette fois le générique sera aussi sous forme de danse, celle de bébé Groot sur le champ de bataille alors que ses compagnons se font sauvagement attaquer par une bestiole tentaculaire gigantesque. Bien sûr, il est dommage de passer à côté d’un excellent combat, mais ça rend agréable quelque chose d’aussi indigeste qu’un générique. L’humour marche bien et bébé Groot est une vraie trouvaille, et vu les spots et diverses bande-annonce on comprend bien que c’était clairement le but. On découvre ensuite un peuple intéressant au design réussi, chose quasi inédite dans cet univers, le précédent film étant un naufrage artistique sur bien des points tant les différentes races extraterrestres n’étaient que des humains à la pigmentation hasardeuse, pour ne pas dire atroce. Même un personnage aussi important que Gamora est en grande partie raté en terme de design tant le faussé est colossal au niveau « fantasme sur humanoïde vert » par rapport à Garona, la semi-orc de Warcraft. Enfin bon, pour en revenir à cette fameuse nouvelle espèce, en plus d’une posture quasi robotique, d’un regard étrange et d’un revêtement doré qui renforce leur suprématie revendiquée, on découvre pas mal d’aspects de leur culture singulière, nous donnant vraiment envie d’en savoir plus sur eux.

Une mise en bouche réussie qui se confirmera rapidement tant l’histoire avec le père est passionnante, faisant écho aux plus grands thèmes existentialistes de science-fiction. Plus encore, il nous permet de rencontrer son assistante, être à la fragilité touchante qui amènera une sensibilité et un humour très sincères, permettant d’alterner avec les gags de racolage plus classiques. De manière globale, le film gère mieux ses thèmes de SF et se rapproche plus d’un Star Trek que d’un film de super-héros lambda, ce qui n’est pas pour déplaire tant le genre est coûteux et peine à trouver des projets aussi aboutis. Le film développe bien plus la richesse de son univers avec ce nouvel épisode, nous dévoilant entre autre une ancienne alliance de gardiens de la galaxie qui était dirigée par un certain Stakar (Sylvester Stallone), sans compter une poignée de rôles secondaires qui prennent un peu plus d’ampleur, donnant de la légitimité à certains enjeux dramatiques. L’humour est toujours aussi efficace, les effets-spéciaux sont au top et cette cuvée apporte un peu plus de profondeur et de richesse, de quoi clairement relancer l’intérêt. Du divertissement fun, drôle et coloré mais pas pour autant décérébré, donc c’est validé.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Beauté cachée

Beauté cachée
2016
David Frankel

Casting de rêve, histoire bouleversante et magie de Noël, le film avait tout pour être un des gros cartons de cette fin d’année. Peu de surprises en vue avec une bande-annonce efficace qui annonçait un beau film plein d’émotion et de féerie, mais pourtant à sa sortie le film fut assassiné par des critiques abyssales. Publicité mensongère ? Totalement oui, mais en fait non. Attention, ça va spoiler à blinde.

Perdre quelqu’un est tragique, surtout quand c’est la personne la plus cher au monde à vos yeux. Il y a deux ans Howard (Will Smith) perdait sa fille de six ans, depuis le monde s’est arrêté et il déambule tel un mort-vivant. Essuyant échec sur échec en tentant de lui venir en aide, ses amis et associés (Kate Winslet, Edward Norton et Michael Pena) vont à force se retrouver dos au mur tant la désertion de leur ami a plongé leur entreprise au bord de la faillite, et il est urgent pour eux de le faire revenir à la raison pour sauver les meubles en signant un accord avec un repreneur. À l’aide d’un détective privé, ils vont découvrir que Howard envoie régulièrement des lettres à la Mort, l’Amour et le Temps, l’occasion rêvée pour le déclarer fou et signer à sa place en engageant trois acteurs (incluant Keira Knightley et Helen Mirren) pour interpréter les trois entités.

En voyant la bande-annonce, je m’attendais à un film lorgnant du côté fantastique en faisant réellement intervenir trois entités quasi divines, donnant ainsi un aspect très poétique au film. Mais non, la déception sera entière en découvrant que les trois sauveurs ne sont en réalité que trois artistes ratés qui ne seront là que par avidité, enlevant ainsi le mystique fantasmé. On passera alors le film entier à se dire que l’idée qu’on se faisait du film était bien meilleure que celle effective, ressemblant carrément plus à un coup de pute qu’à un sauvetage magnifique et charitable. Pire encore, on passera notre temps à côtoyer des personnages captivants sans jamais entrer vraiment dans leurs vies, donnant une impression de fainéantise quant au développement de chacun. Si le film est malgré tout correct, on ne peut que rager de voir le potentiel lattant inexploité, à moins que… Volte face dans la dernière ligne droite, nous rappelant une petite phrase anodine de la marraine de « La Fée des anges » (Naomie Harris) qui nous revient en pleine face. Un retournement exceptionnel qui aurait dû faire date dans l’histoire du cinéma, mais c’est amené tellement maladroitement entre une direction d’acteur en semi-teinte et une réal de téléfilm qu’on sera tout juste ému. Pareillement, la dernière séquence avec le pont arrive dans l’incrédulité la plus totale, nous révélant qu’on avait en réalité le film qu’on voulait depuis le début mais que les scénaristes ont fait n’importe quoi au profit d’un twist qui se vautre là aussi à cause de la mise en scène bien trop terre-à-terre. Le potentiel du film était colossal, le film a eu les moyens de ses ambitions et le scénario aurait pu faire date. Qu’un film se vautre est une chose, mais arrive un stade où le moral en prend un coup.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Papa ou maman 2

Papa ou maman 2
2016
Martin Bourboulon

On a beau dire des américains et de leur politique de la suite quasi systématique au moindre succès, en France on fait limite pire tant le ratio de films rentables est risible. Avec trois millions d’entrées, Papa ou maman était clairement un candidat en or et les choses n’ont pas traîné : cette suite a débarqué moins de deux ans après le premier. Le capital sympathie était donc encore frais et avec une sortie en plein durant les fêtes de fin d’année, le projet partait largement gagnant, mais finalement c’est moins de la moitié du public qui se sera déplacé avec seulement 1,3 millions de billets vendus.

Après le divorce, place à la vie séparée. Vincent (Laurent Lafitte) et Florence (Marina Foïs) avaient enfin réussi à faire accepter à leurs enfants leur rupture, mais refaire sa vie va s’avérer tout aussi compliqué. Si déjà devoir supporter l’insipide copine (Sara Giraudeau) de leur père sera dur, voir en plus leur mère fricoter avec un frimeur (Jonathan Cohen), rendant leur père malade de jalousie, va les pousser à agir. La vie ensemble était ingérable, mais séparés tout dégénère.

Une idée amusante mais une exploitation minimaliste. Comme pour le premier, cette suite nous propose une situation propice à la comédie où l’ex couple va encore se faire la guerre, non pas pour ne pas obtenir la garde de leurs enfants cette fois mais pour montrer à l’autre qui aura le mieux réussi à refaire sa vie. Un concours de qui a la plus grosse où le cadre est déjà très prometteur puisque le couple divorcé habite désormais dans deux maisons strictement identiques situées l’une en face de l’autre, créant un excellent décalage entre l’affirmation d’indépendance et le besoin de proximité tacite. Parce que oui la flamme ne s’éteint jamais complètement et rien n’est plus tenace que la jalousie. Une suite qui part sur de très bonnes bases donc, mais le développement reste toujours aussi paresseux et prévisible, pas mal de redites dans l’humour et le film gère très mal l’équilibre entre le bon gros délire amusant et le grand n’importe quoi inconsistant. On pense notamment à une certaine scène de célébration où les scénaristes n’ont pas su s’arrêter avant de sombrer dans le grotesque. Dommage car le film avait un réel potentiel, plus grand que le premier encore avec un casting toujours aussi épatant, mais finalement on devra se contenter d’un divertissement du même acabit.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Buffet froid

Buffet froid
1979
Bertrand Blier

Quand on veut se lancer dans le film de genre, le public se refroidi aussi sec. Pas folle la guêpe, l’expérience parle d’elle-même : la plupart du temps quand on parle cinéma de genre ça se fini en œuvre sur-intellectualisée qui se veut faussement subversive alors qu’en fait c’est tout simplement du grand n’importe quoi ennuyeux à souhait avec un rythme atroce. C’est exactement ce qu’il en est ressorti lors de l’exploitation en salles du film, mais d’années en années il a réussi à se forger une réputation de film culte complètement barré.

Parfois on marche tranquillement dans le métro, on laisse traîner son couteau et paf, sans même s’en rendre compte on plante le premier venu. Une maladresse qui a touché Alphonse Tram (Gérard Depardieu), bien désolé pour le pauvre comptable (Michel Serrault) qui a croisé sa route. Ce genre d’accident fortuit est monnaie courante ces derniers temps en ville, et malheureusement pour lui les désagréments vont se succéder. Bah ouais mais c’est chiant aussi de devoir se débarrasser des corps !

Rah la la, mais qu’elle sale manie ils ont les gens de se faire tuer de partout… Dans une espèce de monde amorphe, le meurtre est devenu aussi banal qu’un petit coup de pinard, ça détend et ça remet les idées en place. Même la police constate les assassinats avec la même indifférence que si on leur demandait de quelle couleur est la chaussée. Cela donne un côté particulièrement surréaliste au film, surfant sur la vibe du « meurtre tranquille ». Globalement ça marche assez bien, notamment grâce au jeu des acteurs qui restituent bien cette sensation de blase. Parmi eux on retrouvera Bernard Blier, Jean Carmet, Jean Benguigui et même Carole Bouquet, c’est dire le prestige. Oui mais voilà, ça reste gentillet. Le seul moment où le film se lâche un peu c’est dans l’espèce de manoir, le temps d’une scène, le reste du temps c’est un comique assez routinier qui s’installe. Il n’y a pas de réflexion derrière, pas plus qu’il n’y a d’explication. On est d’abord séduit par le décalage, mais cette folie timide lassera bien vite.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Elle

Elle
2016
Paul Verhoeven

Une adaptation française d’un roman français avec des acteurs et actrices français on ne peut plus classiques, jusque là rien d’anormal, mais quand on voit que le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven se tient derrière la caméra à près de 80 ans après dix ans sans n’avoir rien réalisé, l’attraction du projet s’en décuple tout naturellement. Il faut dire qu’un roman un peu osé adapté par celui à qui l’on doit Basic Instinct et Showgirls, ça met l’eau à la bouche. D’ailleurs, à sa sortie le film n’a pas manqué de faire parler de lui entre une forte présence à Cannes et des critiques particulièrement enthousiastes. Avec la période des cérémonies close, on peut là aussi tirer un bilan très positif entre des nominations de partout à l’international et un sacre à domicile entre le César du meilleur film et celui de la meilleur actrice. Et pourtant…

Dans une banlieue pourtant tranquille de la bordure parisienne, une sexagénaire du nom de Michèle (Isabelle Huppert) va être agressée et violée chez elle. Un drame qu’elle ne relèvera pourtant pas, n’en parlant pas même à la police, se contentant de reprendre simplement sa vie normale. Mais voilà, entre un traumatisme d’enfance refaisant surface et un violeur visiblement très satisfait qui va reprendre contact avec elle, sans compter les tracas du quotidien, y trouver l’équilibre et la santé d’esprit ne sera pas aisé.

Il faut vraiment le savoir pour le croire. En sortant du film, difficile de sentir la patte d’un grand réalisateur d’Hollywood tant le film ressemble à bien d’autres productions françaises, que ce soit en terme de mise en scène ou d’histoire. Sous le couvert du vieux fantasme du viol, le film n’est qu’une succession de banalités et de gros clichés entre la grand-mère qui se paye un gigolo, l’ex-mari (Charles Berling) qui se ramène avec une petite jeune (Vimala Pons), le fils transit d’amour pour une folle hippie tyrannique (Alice Isaaz), la chef d’entreprise détestée par ses employés, la sale liaison avec le mari de la meilleure amie ou encore le classique fantasme sur le voisin (Laurent Lafitte), pourtant marié (avec Virginie Efira). Vu le casting assez dingue du film, bien que pas tous très convaincants, on s’intéresse sans mal au devenir de chacun, pour autant ça reste lassant de classicisme et de prévisibilité puisque même l’identité du violeur saute très rapidement aux yeux. Pour ce qui est de la perversion, le film reste très superficiel, la brutalité s’arrêtant dès la mise en four. Il faudra repasser donc pour espérer choquer un tant soit peu la ménagère qui a pourtant tendance à s’exciter pour un rien (50 Nuances de Grey). Un drame humain comme on en voit tant, certes assez bien fait mais en rien révolutionnaire ou ne serait-ce que spécialement osé.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Échec au porteur

Échec au porteur
1958
Gilles Grangier

Restauré il y a de ça pratiquement dix ans, le film a probablement eu son heure de gloire à l’époque pour qu’il bénéficie d’une telle attention, mais impossible de mettre la main sur un quelconque chiffre désormais. Ça resterait néanmoins étonnant car même en replaçant les choses dans leur contexte, on peine à comprendre ce qui a pu marquer qui que ce soit.

Film policier ultra lambda, il nous montre une bande de mafieux de l’Est tentant de mettre sur pied un système de transport de drogues indécelable. Leur apportant la solution avec un prototype de ballon non pas rempli d’air mais de beuh, leur dernière recrue espérait y gagner sa liberté grâce à cette trouvaille, mais sa seule récompense sera une exécution sommaire. Seulement voilà, dans l’interstice un enfant va confondre son ballon avec le prototype, subitement devenu une bombe. Un danger d’autant plus terrible que l’explosif dispose d’une détonation chimique et l’inspecteur de police (Paul Meurisse, sosie officiel de Denisot) n’a que quelques heures pour mettre la main dessus.

Rien que le postulat du film est bancal. On part sur un ballon rempli d’herbe, mais tout d’un coup c’est un explosif sans que celui qui l’a conçu n’en soit conscient. Ensuite, comme par hasard, le mourant ne donnera que des indications sommaires, sans même parler de ballon, rendant artificiellement l’enquête complexe. Quand on est capable de dire dix fois de suite « petit garçon » et « bombe », en quoi ajouter « ballon » est si compliqué ? Et puis évidemment le ballon n’aura de cesse de voyager, rendant sa localisation d’autant plus ardue. Une écriture atroce qui n’aura d’égal que la nullité des acteurs, spécialement les pseudos mafieux aux accents à couper au couteau dont la logique défie l’entendement. Une investigation bidon pour un film bien trop vide.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Topaze

Topaze
1951
Marcel Pagnol

Pièce de théâtre écrite par Marcel Pagnol et qui connu un grand succès à sa sortie en 1928, elle fut ensuite adaptée au cinéma en 1932 mais le résultat fut jugé honteux par l’auteur qui décida d’en faire sa propre version quatre ans plus tard. Chose étonnante, il a malgré tout refait une nouvelle adaptation de sa propre pièce quinze ans plus tard que voici, pensant pouvoir sans doute se surpasser lui-même, mais difficile de comparer sans avoir vu la première version. À noter aussi une quatrième adaptation qui a vu le jour en Angleterre en 1961, prouvant s’il le fallait l’immense popularité du personnage à l’époque.

Professeur des écoles dans une pension assez miteuse, Albert Topaze (Fernandel) était néanmoins très dévoué, mais pas au point de mentir pour son directeur, fut-il même le père de la gente dame qu’il convoitait. Ainsi, en se fâchant avec une mère peu encline à reconnaître le statut de cancre de son fils et jouissant d’un malheureux concours de circonstances, il sera mit à la porte, l’occasion rêver pour profiter d’un homme à terre. La mère d’un de ses élèves de cours particuliers va ainsi jouer de son charme pour apposer le nom de Topaze sur une affaire d’escroquerie de son amant, faisant basculer un bon et honnête homme dans un sombre chemin.

Ce film me fait penser à la réplique de l’inspecteur Gordon dans The Dark Knight : « ils ont prit le meilleur d’entre nous ». Ici c’est un peu ça, le passage vers le côté obscur d’un être pur. C’est d’ailleurs bien plus intéressant car quoi de plus ennuyeux qu’une personne aseptisée qui ne connaît aucun vice ? La perfection n’est pas de ce monde et ça sonne faux de vouloir nous le faire croire. Un tel naïf est abusif quand il n’y a pas une forme d’aliénation comme dans Le Schpountz. Comme en plus la représentation de l’école n’a rien de spécialement originale ou captivante, la première partie du film s’en retrouve assez plate en attendant que le piège ne prenne place, et même là le bilan n’est pas ouf. Niveau humour on a connu plus fin, l’histoire est assez vide et les acteurs presque mauvais. Pour une fois Fernandel avait enfin une tête un peu différente d’habitude avec son bouc, mais même ça il ne le garde pas. En revanche c’est une idée de mise en scène louable avec la représentativité inversée (le bouc est typiquement assimilé au diable, alors le lui affubler quand il est sur le droit chemin et le lui enlever quand il en sort fait montre d’une certaine réflexion). Enfin bon, l’histoire est sommaire et ne mérite pas qu’on s’y attarde, pas plus que le film d’ailleurs qui fait péniblement son office.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Fast & Furious 8

Fast & Furious 8
2017
F. Gary Gray

C’est ce qu’on appelle une longévité record. Alors qu’on croyait la saga en mauvaise posture après le semi-échec de Tokyo Drift, le troisième épisode, le film suivant a changé la donne en remettant en avant tous les personnages iconiques des deux premiers films, relançant l’intérêt et les recettes. Avec Fast Five, la saga s’est même offert ses lettres de noblesse en se dotant de nouveaux venus de premier ordre et le retour de tous les anciens protagonistes, mais aussi et surtout en se payant un scénario de très grande qualité mettant à la rue bien des films de braquage. Depuis, chaque épisode décuple le score du précédent à plus ou moins juste titre, au point que Furious 7 ait été subrepticement le quatrième plus gros succès de l’histoire avec 1,5 milliards de dollars au box office mondial. Seulement voilà, le héros de la franchise est malencontreusement décédé et il faut bien savoir s’arrêter au bout d’un moment.

Toujours sous la houlette du gouvernement américain (Kurt Russell), la bande de Dominic Toretto (Vin Diesel) – incluant Roman (Tyrese Gibson), Letty (Michelle Rodriguez), Ramsey (Nathalie Emmanuel) et Hobbs (Dwayne Johnson) et les autres (sauf Bryan et Mia, en « retraite ») – devait voler un brouilleur électro-magnétique, mais les choses vont mal tourner. En effet, Dom va doubler sa propre équipe pour donner leur butin à une certaine Cipher (Charlize Theron), dangereuse cyber-criminelle. Pourquoi une telle trahison, lui pour qui la famille représentait tout ?

Alors que les trois premiers films s’imposaient comme des productions décérébrées et décomplexées qui n’avaient vocation qu’à offrir du fun, sans parler forcément d’action, par la suite la saga a voulu redorer son blason et s’imposer dans un registre plus sérieux, sans pour autant avoir toujours une histoire passionnante, à l’image de Fast & Furious 6. Cette fois c’est même presque grotesque. Les réactions de Dom ne collent pas et on ne comprend pas son mutisme, Cipher est une méchante bidon qui a la beauté mais ni le charisme ni l’intelligence, nous infligent encore le coup de « oh zut, j’aurais dû vous tuer tant que je le pouvais ». Bah oui connasse ! Comble du comble, même si la cohérence n’est pas de mise, le film est pourtant ultra téléphoné et sonne par moment très faux, comme l’entente express entre Hobbs et Deckard (Jason Statham) ou les interventions de son frère Owen (Luke Evans) et Helen Mirren. Pire, le film nous prend pour des demeurés en nous expliquant lourdement ce qui était implicite. Côté scénario, c’est donc une sacrée déception, mais qu’en est-il du spectacle ?

Après une intro assez grisante nous rappelant les bases de la franchises, à savoir les petites courses clandestines, on enchaînera plutôt bien les phases explosives, sans pour autant faire autant date que la balade avec le coffre-fort ou même le coup du tank sur auto-route. La séquence de baston en prison est trop peu lisible, le contrôle des voitures à distance gère mal l’effet de surenchère, nous faisant même penser à des voitures recréées numériquement, et le coup du sous-marin largement trop montré dans les bande-annonce souffre aussi de cette démesure qui empêche la suspension d’incrédulité. En résulte un dynamisme indéniable mais indubitablement moins savoureux que par le passé, la faute à une écriture plus minimaliste que jamais. Il devient aussi pénible de voir constamment repoussée la présence du héros de Tokyo Drift dans la bande, pourtant actée dans le précédent film mais qui n’est finalement pas présent. Il est vrai que le film était assez bancal sur bien des aspects, mais il reste néanmoins l’un des plus originaux et intéressants de la franchise. On reste sur du divertissement efficace qui envoie du lourd, mais la saga méritait mieux que ça et il aurait été tellement plus fort et respectueux de la laisser reposer en paix avec son humble représentant tant la fin du précédent était parfaite.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Fille du puisatier

La Fille du puisatier
1940
Marcel Pagnol

Malheureusement brisé dans son élan par le cuisant échec de Marius et Fanny dont la sortie simultanée fut l’une des pires erreurs marketing de la décennie, la valse des réadaptations de Pagnol s’arrêta sec, alors même que la version de 2011 de La Fille du puisatier fut une excellente surprise. Mais était-ce une meilleure adaptation que l’original dont l’auteur s’était lui-même chargé ? Une vérification s’imposait.

Le film est centré – comme le laissait supposer le titre – sur Patricia, fille d’un puisatier (Raimu). Aînée d’une famille de six filles, Patricia s’apprête à fêter ses 18 ans et est comme on dirait « bonne à marier ». Félipe (Fernandel), grand ami du puisatier, est très intéressé par elle et pense qu’il ferait un bon mari. Mais le choix de Patricia se portera sur Jacques, un jeune pilote. Seulement voilà, à peine leur amour consumé, Jacques fut appelé par l’armée dans le cadre de la Première Guerre Mondiale. Là où la situation se complique c’est qu’elle est enceinte et que la famille Mazel, parents de Jacques, refuse l’enfant. Patricia se retrouve alors rejetée par son père de par le statut bâtard de son enfant.

L’histoire est assez simple : un triangle amoureux où l’un des deux prétendants est hors-jeu d’emblée, une grossesse précipitée et une situation ingérable. Bien sûr, aujourd’hui les naissances hors mariage sont monnaie courante et il en faut plus pour choquer ou déstabiliser le spectateur contemporain, mais c’est justement pour ça que le film marche si bien. Même pour l’époque le ton solennel et le phrasé dramaturgique dénotent, décuplant l’effet comique des grands discours volontairement exagératifs. Il y a quelques situations qui ne prêtent pourtant pas à rire et prit au premier degré c’est tout de même « un grand malheur » comme le dit si souvent le père, mais on retombe inéluctablement sur l’esprit Pagnol où les joies priment toujours sur les moments plus sombres et on peut voir de la lumière en chaque instant si on sait où chercher. Malgré une durée très longue les situations ne patinent jamais et on se délecte de chaque réplique qui égayent les doubles sens de jolies métaphores et autres jeux d’esprit. Les acteurs surjouent tout naturellement, insistant bien sur la force de caractère des protagonistes, mais c’est en adéquation avec l’image qu’ils cherchent à renvoyer d’eux. Seule ladite fille du puisatier peine à convaincre, mais heureusement le film s’attarde plus sur son père et son ami et ils sont nettement plus intéressants. Si le remake a fait un travail formidable et restitue brillamment l’ambiance et les talents de l’époque, cette première version n’a rien perdu de sa superbe et mérite tout autant notre attention.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Schpountz

Le Schpountz
1938
Marcel Pagnol

Et de trois. Voici encore une histoire originale créée pour le cinéma par le grand Marcel Pagnol – à croire que ce fut le cas pour la majorité de ces films – qui officie également derrière la caméra à la réalisation. Sans doute l’un de ses films les plus connus encore aujourd’hui, cette comédie a même eu droit à un remake 61 ans après, bien que ce fut un sacré désastre d’après les critiques. Et quand on voit les beaux restes de l’original, on se demande bien ce qui pousse certains à vouloir détourner l’attention d’un classique si c’est pour se vautrer derrière…

Qu’est-ce qu’un « Schpountz » ? Pour une bande de techniciens et responsables d’une société de production cinématographique parisienne, c’est leur plus grand plaisir coupable. Pour eux le Schpountz c’est une espèce d’abruti arrogant qui se croit doté d’un incroyable don pour le cinéma et qui est tellement aveuglé par un amour propre démesuré qu’il n’est pas en mesure de discerner la moquerie. En tournage dans le Sud, ils vont tomber sur le plus beaux des spécimens jamais croisé : Irénée (Fernandel). Seulement cette fois la plaisanterie ira beaucoup trop loin.

Reprenant avant l’heure le principe moralement limite du Dîné de cons, le film joue sur la crédulité et la bêtise d’un grand dadais qui possède un talent incommensurable pour déformer la réalité et la faire correspondre à ses attentes. À ce niveau là ce n’est plus de la connerie, c’est du pur génie ! Et le résultat ne se fait pas attendre entre le talent de Fernandel et la plume de Pagnol : c’est un pur régal comique qui ne fait pas seulement sourire mais bien rire aux éclats. Le film enchaîne les pirouettes pour faire retomber le héros sur ses deux jambes, relançant constamment le quiproquo et l’aliénation pour des situations de plus en plus rocambolesques. Il arrive même à créer de véritables enjeux dramatiques par une finesse d’écriture inouïe et on en perd pas une miette du début à la fin. Une brillante combinaison d’écriture complexe et de ton décomplexé.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire