Mary

Mary
2017
Marc Webb

Alors qu’il devait enchaîner sur un troisième Amazing Spider-Man, Marc Webb fut finalement libéré de ses obligations malgré le succès solide du second opus, l’occasion pour lui de s’éloigner un peu des superproductions pour se focaliser sur un film plus modeste mais potentiellement plus ambitieux, car divertir n’élève pas autant qu’une belle leçon de vie. Présent sur la fameuse black-liste des meilleures histoires, le film a connu un maintient incroyable, amenant ce petit film indépendant à près de 25 M$ sur le seul territoire américain. Une jolie performance pour un film qui l’est plus encore.

Certaines vies sont marquées par le drame, mais elles ne tournent pas forcément ma pour autant. Abandonnée avant même sa naissance par son père, la petite Mary (Mckenna Grace) se retrouva peu après sa venue au monde orpheline, sa mère ayant mit fin à ses jours, la laissant ainsi à son frère Frank (Chris Evans). Mary a aujourd’hui huit ans et vie pleinement heureuse avec son oncle, épaulé par une voisine (Octavia Spencer) qui s’est rendue indispensable en tant mère de substitution. Seulement voilà, obligée d’intégrer l’école, Mary va exposer au monde son statut de génie précoce, amenant sa grand-mère à refaire surface et s’immiscer dans sa vie.

Ce film est juste magique. On découvre au début simplement la vie de Frank et Mary, un père exceptionnel et une fille non moins incroyable. Il fait tout pour la rendre heureuse et elle de son côté nous épate de par son intelligence et sa précocité. À l’âge où les autres apprennent péniblement les additions, elle maîtrise déjà les équations différentielles et dépasse le niveau des étudiants d’université. Une surdouée qui n’en reste pas moins une enfant avec des joies et des envies simples, arrivant à garder les pieds sur terre grâce au protectionnisme de son oncle qui a bien vu ce que le travail acharné et la vie de bourreau de travail a donné sur sa regrettée sœur. Leurs rapports sont loin d’être conventionnels et à l’image de Captain Fantastic ils prônent la vérité inconditionnelle, donnant lieu à une bouffée d’honnêteté déstabilisante mais jubilatoire avec à la clef des dialogues particulièrement soignés et savoureux. Le talent des acteurs est dingue – notamment le boy-scout au bouclier et sa petite qui sont bluffants – et ils arrivent à restituer énormément d’émotion, nous faisant vibrer à chaque instant tant chaque passage a une ampleur énorme. Le choc à l’école est monstrueux, les révélations sur le passé sont de véritables séismes et le coup de l’affiche frôle l’arrêt cardiaque avant un tonnerre d’applaudissement intérieur. L’impact est gigantesque, la morale indiscutable. Un film aussi brillant qu’inspirant.

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Spider-Man Homecoming

Spider-Man Homecoming
2017
Jon Watts

Bien avant que Marvel et Disney ne relancent la mode des super-héros, ils se faisaient plus discrets au cinéma et peu pouvaient prétendre attirer autant les foules que la trilogie originelle des Spider-Man débutée en 2002. Seulement voilà, si le personnage fait parti des plus iconiques de l’histoire et que tout le monde attendait avec une impatience colossale un quatrième volet, en 2012 Sonny a déçu bien des fans en préférant carrément rebooter la franchise. Malgré des qualités indéniables, The Amazing Spider-Man n’était en fait rien de plus qu’un remake déguisé, reprenant la même trame, copiant certains plans et même son méchant était en fait une copie de celui du premier film avec lui aussi la voix de son double maléfique dans sa tête. Les résultats furent décevants dans la mesure où il a été le moins rentable de tous, mais avec 758 M$ pour un budget de 230 M$ l’opération restait très rentable et ils voulaient croire en l’avenir, planifiant pas moins de trois suites et une poignée de spin-off. Seulement deux ans plus tard quand la suite sortie, le public resta une fois de plus dubitatif face à une histoire qui sentait encore le réchauffé, l’ombre des « vrais » Spider-Man planant toujours. Budget en hausse, résultats en baisse : il fallait réagir. Face aux Marvel de Disney, Sonny ne valait plus grand chose et nombreux étaient ceux à attendre une seule chose : le retour de leur héros préférés chez les Avengers. Après d’âpres négociations (Marvel fait le film et touche l’argent des produits dérivés tandis que Sonny assume les frais de production et touche l’intégralité des recettes en salle) le rêve de beaucoup a prit forme. Après une introduction remarquée et très appréciée dans Civil War, il était temps de voir le petit Spidey voler de ses propres ailes dans un film solo.

Lui qui se voyait déjà comme un des Avengers, Peter Parker alias Spider-Man (Tom Holland) s’en est finalement retourné à sa vie de lycéen banal, ou presque. Il continue à essayer d’éradiquer le crime, mais la plupart du temps ses actions ne servent à rien et il attend fébrilement le coup de fil de Tony Stark (Robert Downey Jr.) ou de Happy (Jon Favreau). Ayant le sentiment de ne pas être prit au sérieux, quand Peter va découvrir qu’un réseau d’armes extraterrestres s’est organisé autour de sa ville, il va mener lui même l’enquête, se confrontant à une grande menace : le Vautour (Michael Keaton).

Le film partait avec un énorme handicap : il met en avant un troisième interprète différent pour l’homme-araignée en l’espace de quinze ans. The Amazing Spider-Man en avait largement souffert, mais les choses étaient très différentes. En 2012 le film était un remake quasi intégral d’un film sorti tout juste dix ans plus tôt, reprenant la même origin story et bien d’autres éléments tant scénaristiques qu’artistiques. Ici, le film ne revient pas une énième fois sur l’origine du super-héros, tout juste l’évoque t-il. On le retrouve directement avec sa tante May (Marisa Tomei), en costume, déjà introduit dans un précédent film et porté par une franchise riche de déjà 16 opus avec les présences plus ou moins importantes de figures de l’univers comme Tony Stark, Happy, Pepper (Gwyneth Paltrow) ou encore Captain America (Chris Evans). Ça n’est plus un film à part qui se passe dans sa bulle, l’univers reste cohérent avec lui-même contrairement à certains autres film centrés sur un seul héros. Rien qu’en terme d’intentions, le film avait déjà bon.

Dans sa construction, le film reste très similaire aux autres films Marvel, à savoir un héros face à un méchant, avec une ou deux confrontations avant le combat de fin, le tout à la sauce habituelle avec ce qu’il faut d’humour et d’action, même si côté spectaculaire on a vu mieux. Néanmoins, chose intéressante ici, le méchant n’en est pas totalement un, ses intentions étant presque louables à la base, voulant réparer une injustice première. Comme à chaque fois la formule marche bien, d’autant que Spidey est un plutôt bon personnage, le jeune fougueux de la bande, entouré par des acolytes sympathiques comme « Michelle » (Zendaya), la rebelle qui envoie chier tout le monde sans complexes, sans compter qu’elle a un charme fou avec sa crinière ébouriffée. Le film nous réserve aussi de belles surprises avec la combinaison de Spidey, loin d’être aussi anodine qu’une simple tenue moulante. La cuvée n’est pas exceptionnelle et on est loin du visuel grandiose des trois premiers Spider-Man, qui étaient en revanche plombés par des scénarios un peu vides et un côté cartoonesque parfois insupportable, mais entre un fun très présent, un dynamisme indéniable et quelques perles comiques, on tient là la meilleure itération cinématographique du super-héros tisseur de toiles. Un peu trop facile et la recette Marvel mériterait d’être quelques fois bousculée, mais l’efficacité est une fois de plus au rendez-vous.



Disponible en version vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=JFfEjTadUg0

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Chacun sa chance

Chacun sa chance
1930
René Pujol

Récemment restauré, ce film du début du cinéma parlant a aujourd’hui un intérêt qui était à l’époque loin d’être soupçonné, ou en tous cas pas dans de telles propensions. En effet, cette comédie-musicale fut la première occasion qu’à eu le public de voir sur grand écran celui qui deviendra par la suite l’une des plus grandes légendes du cinéma français : Jean Gabin.

La chance, ça tourne. Simple ouvrier du textile qui était jusqu’alors persuadé d’être sous une mauvaise étoile, Marcel Grivot (Jean Gabin) va voir sa chance arriver un beau jour. Une erreur de consigne va changer sa vie quand la personne chargée des vestiaires va lui rendre les affaires du mauvais Marcel, en l’occurrence un certain baron de Monteuil. De coïncidences en erreurs d’interprétation, il va se retrouver prit au piège d’un mensonge pas désagréable où il jouera les grands seigneurs, le genre riche qui va au théâtre, offre des bonbons et le champagne au restaurant. Pendant ce temps, le vrai baron va passer une très mauvaise soirée, étant prit pour un usurpateur.

Coup vieux comme le monde, le film nous ressort le couplet des rôles inversés entre le prolétaire et l’aristocrate, assorti d’une petite romance des familles qui va bien. Tout est ainsi incroyablement téléphoné, d’autant plus de par le côté comédie-musicale, qui ne passe pas très bien au passage de par la qualité sonore de l’époque, souffrant même après restauration de désagréables grésillements. Les performances sont au mieux acceptables, mais peu auront le recul nécessaire pour le tolérer, la platitude des dialogues et chansons n’aidant pas. Un intérêt qui se résume donc à voir le tout premier rôle d’une légende, et effectivement le bougre démarrait très fort avec une présence loin d’être transparente. En dehors de ça, le film n’a pas de raisons de survivre à l’épreuve du temps…

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La Fille du train

La Fille du train
2016
Tate Taylor

Si vous êtes passé dans une librairie ou au rayon livre d’une quelconque grande surface au cours des neuf derniers mois, il est peu probable que vous soyez passé à côté de ce best-seller de Paula Hawkins. Il est vrai que les romans policiers se vendent bien plus facilement que les autres pour d’obscures raisons, amenant à relativiser les succès du genre tout comme pour les romances, mais cette fois l’histoire semblait pas mal et le casting était juste dingue. Mouef.

Devenue alcoolique suite à une incapacité à tomber enceinte, Rachel (Emily Blunt) est désormais sans famille ni travail, son ex-mari (Justin Theroux) ayant refait sa vie avec une petite secrétaire (Rebecca Ferguson). Sa vie se résumait jusqu’alors à prendre le train toute la journée, ne focalisant son attention que sur Megan (Haley Bennett) et Scott (Luke Evans), un jeune couple d’apparence très heureux et qui occupait une maison non loin de celle qui fut la sienne. Seulement voilà, au lendemain d’une cuite monumentale, elle va se réveiller couverte de sang et va apprendre que la fameuse Megan est portée disparue.

Le film se construit assez intelligemment comme un puzzle où on découvre progressivement toutes les pièces de telle sorte que le coupable idéal change constamment en fonction des révélations. Le début est un peu lourd dans la mesure où il ne se passe pas grand chose, que les personnages sont stéréotypés et que le coup de « l’ivrogne qui a tout oublié » est bien trop pratique, mais on fini par se laisser emporter par l’enquête, d’autant plus grâce au casting impressionnant qui compte aussi dans ses rangs Edgar Ramirez en psychologue et Lisa Kudrow en femme de l’ex patron. Au final on reste dans du policier assez banal mais ça n’en reste pas moins solide et appréciable.

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EXTREME HARDCORE ULTIME CHALLENGE

C’était un samedi comme tant d’autres : petite sortie entre potes. On se remémorait alors la plus infâme des mixtures jamais inventée, la « Marmite ». Et c’est alors qu’un débile, moi, a sorti un « franchement, comparé à un arbre de vie qui n’entend plus son écho et qui est privé de ses déesses (cherchez pas à comprendre), manger une tartine entière de Marmite c’est pas grand chose ». Le défi était lancé, et on ne me traite pas de dégonflé. Bon après comme ça faisait léger, rien de tel qu’une bonne séance de sport pour agrémenter le tout.

https://www.youtube.com/watch?v=BlRcgKQFfro&t=25s

Si vous compatissez ou que vous avez trouvé ça drôle, n’hésitez pas à en faire part et soutenez la vidéo en la partageant et en mettant un pouce bleu.

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Take Down

Take Down
2016
Jim Gillespie

On regarde habituellement avec amusement ou dédain les sorties direct to DVD, constatant soit le déclin des carrières de certaines des plus grandes stars d’une époque révolue, soit tout simplement des productions indignes qui ont déjà eu le mérite de se concrétiser. Cela n’empêche pas de temps à autre de tomber sur des petites perles qui n’ont pas été en mesure de convaincre les distributeurs pour d’obscures raisons, et dans le cas présent le synopsis laissait entendre une potentielle bonne surprise.

Fils d’un milliardaire, Kyle (Jeremy Sumpter) était ce qu’on pourrait qualifier de petit bourge né avec une cuillère en platine dans le bouche, et comme bien des autres dans son cas où l’argent ou la réussite ne seront jamais un problème, il a mal tourné. Entre décadence et excès, son train de vie va provoquer l’incident de trop, poussant son père (Sebastian Koch) à agir : comme d’autres dans son cas, il sera envoyé sur une île un peu spéciale. Coupée du reste du monde, l’île est une sorte de prison naturelle où les pensionnaires devront survivre par leurs propres moyens. Une thérapie de choc pour des fils et filles de milliardaires qui vont de surcroît être prit pour cible par des ravisseurs alléchés par la possibilité de rançons mirobolantes.

On a tous au fond de nous quelque chose de communiste, nous faisant rager face au comportement arrogants de certains ultra-riches. Alors quand en plus on voit leurs progénitures se pavaner comme des parvenus, les voir se prendre un bon gros retour d’ascenseur ça fait du bien. Un camp de l’extrême avec des épreuves de survie, c’est exactement ce qu’il leur fallait et finalement on découvre l’humain qui se cachait derrière, arrivant à peu près à créer une attache suffisante pour qu’on s’inquiète de leur sort. Le film a des allures de série B entre un casting stéréotypé de tops-modèles pas toujours convaincants et un décor quasi unique (mais joli) qui fleure bon le budget serré, mais on s’y fait vite et les maquilleurs aident à l’immersion de par leur travail irréprochable. L’histoire ne va pas chercher très loin et le suspense n’est pas vraiment au rendez-vous, sans compter les comportements si prévisibles que s’en devient parfois pénible, mais le concept marche bien et le film l’exploite solidement. Par rapport à tous les slashers qui pullulent sur nos écrans, le film est clairement au dessus de la mêlée et paraît même intelligent en comparaison, donc autant le soutenir.

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Cinquante Nuances plus sombres

Cinquante Nuances plus sombres
2017
James Foley

N’ayant pas lu le livre et n’en ayant aucunement l’envie, il me sera difficile de dire s’il y a eu ou non trahison de l’œuvre originale, mais une chose est sûre : Cinquante Nuances de Grey fut une vaste blague. Vendu comme une comédie-romantique SM, le film était dénué de tout sentiment autre que charnel et la soit-disant extravagance sexuelle faisait pitié. Si du bondage niveau bac-à-sable était tout ce que la saga avait de plus osé à proposer, il n’y avait donc strictement aucun intérêt à lui laisser une seconde chance, mais cette suite était censée aller plus loin. Effectivement, le film va plus loin, mais dans le foutage de gueule.

Petite ingénue toute mouillée en voyant un milliardaire bodybuildé, Anastasia (Dakota Johnson) s’était offusquée après quelques fessées et rapports ligotés et avait largué Christian Grey (Jamie Dornan) à la fin du dernier film. Prise d’un éclair de lucidité en se rendant compte que le bougre n’avait rien fait de mal et qu’elle ne trouverait jamais un meilleur parti, elle va accepter de retourner avec lui. Et c’est reparti pour un tour…

Wahou, plus grand suspense du monde : le couple se reforme en moins de 15 minutes, sachant que le film dépasse les deux heures. Ah mais si, chacun d’entre eux sera « poursuivi » par deux prétendants. Pour elle il y aura son ami artiste, dont tout le monde s’en fout, et son nouveau patron, dont le set-up pay-off est ultra téléphoné et ne servira probablement pas plus que les deux ex de Christian, sorte de boucle cause / conséquence avec Kim Basinger en investigatrice. Même le coup de l’hélicoptère n’arrive à susciter le moindre soubresaut dans cette histoire si plate, mais l’écriture est surtout catastrophique au niveau des dialogues parmi lesquels on trouve des perles aussi ridicules que « j’accepte de manger avec toi, mais uniquement parce que j’ai faim » ou « je suis beaucoup trop couverte » qui sonne comme une mauvaise parodie pornographique, mais c’est probablement à cause de Dakota Johnson qui est tout simplement minable. Si déjà son corps flasque et pas bien généreux là où il faut ne fait pas rêver, sans compter sa tronche de souris enlaidie par un rouge à lèvre dégueulasse et une frange insupportable, son jeu d’acteur plombe le film comme c’est pas permis. Bon, c’est sûr que jouer les cruches qui se rendort comme si de rien n’était alors qu’elle a aperçu quelqu’un au milieu de la pièce, ça n’aide pas, mais y’a des limites à ce qu’on entende le vent résonner dans son crâne. Et puis merde au bout d’un moment, c’est quoi cette pudicité sexuelle ? Un petit doigté en public et encore tout un arsenal de bondage qui se résume à attacher la femme, c’est ça votre maximum de perversité sexuelle ? Mais vous êtes au courant que la plupart des gens ont testé plus de choses arrivé à leurs 15 ans ? Ah, c’est vrai, on a eu droit aux boules de geisha. Mais attention, pas dans le cul s’il vous plait, madame ne veut pas ! Si quelques acteurs essayent de jouer le jeu et que le confortable budget permet quelques plans sympas, le vide scénaristique égal encore une fois une pudibonderie archaïque qui endormira plus que ce qu’elle n’émoustillera.

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Le vieil homme et l’enfant

Le vieil homme et l’enfant
1967
Claude Berri

Si la France n’était pas le pays le plus à plaindre durant la Seconde Guerre Mondiale, y être juif n’était tout de même pas une situation enviable. Pour les parents de Claude, petit garçon juif de tout juste dix ans, passer inaperçu était devenu carrément impossible avec leur turbulent rejeton, enchaînant bêtise sur bêtise. Déménager était même devenu dérisoire face aux doutes planant sur leur famille, au point que rester ensemble devenait dangereux. Pensant à leur sécurité avant leur bonheur, ils vont décider de confier leur petit à un vieil homme (Michel Simon) et sa femme, deux gentils paysans du sud de la France, qui n’était alors pas sous occupation allemande. Si rien ne remplace sa famille, Claude va néanmoins en découvrir une nouvelle des plus chaleureuses.

Le principe du film est simple : attendrir pour mieux éduquer. Seulement cette fois, ça n’est pas uniquement les petits qui sont visés mais aussi les grands. En effet, les jeunes générations se retrouveront peut-être en Claude, cette petite tête brûlée qui n’en fait qu’à sa tête et qui ne pense qu’à s’amuser, montrant aussi qu’il existe plus d’une façon de s’épanouir, mais les grands ne seront pas en reste dans la mesure où on retrouve un vieil homme aigri et pétri de principes qui va se rendre compte que la vie a encore beaucoup à offrir et qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre et reconnaître ses erreurs. C’est à la fois et mignon et simple, tel un souvenir de vacances spécialement heureux et qu’on oubliera jamais. La morale est un peu balancée au forceps, mais le talent des acteurs permet de faire passer la pilule au travers de passages aussi conviviaux que le repas de famille qui offre une parenthèse de gaieté salvatrice au milieu d’une guerre dont on essaye de nous en protéger au mieux. Une œuvre qu’on sent très personnelle, intime même, nous emportant d’autant plus dans ce petit conte d’antan.

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Rock’n Roll

Rock’n Roll
2017
Guillaume Canet

Si les acteurs et actrices font souvent parler d’eux dans des magasines très cérébraux qui s’empresse de faire leur une sur une quelconque excentricité vestimentaire, on ne sait au final pas grand chose de leur vie, même s’il est vrai qu’on en avait pas forcément quelque chose à faire. Néanmoins, le film ne se contentera pas de raconter simplement la vie cachée de célébrités, portant avec lui une auto-dérision hilarante et une critique incisive du milieu du cinéma.

La quarantaine est un pallier qui peut se révéler très difficile pour certains acteurs ou actrices. Lui qui se voyait encore comme un jeune premier prometteur prêt à décrocher les étoiles, Guillaume Canet est en fait en plein vide dans sa carrière, enchaînant film d’auteur sur film d’auteur avec une qualité pas forcément au rendez-vous et qui ne lui ont jamais fait décrocher le moindre César, pendant que sa femme Marion Cotillard a déjà eu pour sa part un Oscar et mène une carrière internationale stupéfiante. En plein tournage d’un film rasoir où il incarne un quasi grand-père, il va prendre conscience que tout le monde le voit comme has-been et va tout faire pour se redonner une image rock.

S’il est facile de se moquer des autres, avoir le recul nécessaire pour se moquer de soi est tout de suite beaucoup plus difficile. Arriver à reconnaître ses défaut et jouer avec, casser son image en se montrant usé, casanier, bedonnant, quasi laid et ne tenant tellement pas l’alcool qu’on le retrouve par terre avec un énorme filet de bave, c’est du pur génie. Le public est las de voir des films ériger ses stars tels des perfections incarnées, et voir l’une des plus grandes vedettes françaises se montrer sous un jour aussi défavorable en présentant le film comme un quasi documentaire, ça fait un bien fou. Y croiser des stars françaises comme Gilles Lellouche, Kev Adams, Yvan Attal, Johnny Hallyday et même l’américain Ben Foster donne une légitimité totale au film, d’autant que réalité et fiction se mêlent si bien que notre crédulité est entièrement acquise. On a vraiment l’impression d’être des privilégiés ayant accès à la face sombre du show-biz, c’est jouissant et la seconde moitié pousse le délire à son paroxysme. Une idée totalement subversive qui abouti à un film complètement décalé, les acteurs sont géniaux, l’écriture très drôle et le concept est assumé jusqu’au bout.

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Transformers : The Last Knight

Transformers : The Last Knight
2017
Michael Bay

Des sagas lucratives, la Paramont n’en a pas beaucoup. En revanche, des grosses tôles au box-office ça n’est pas ça qui manque entre Ghost in the Shell, Monster Truck et le dernier Star Trek, déjà que les deux précédents étaient limite. Pour capitaliser au maximum sur leur seule vraie poule aux œufs d’or avec 3,7 milliards de dollars en quatre films, un pôle de scénaristes fut donc dépêché pour nous pondre un film par ans pour les trois prochaines années. Une ambition qui risque de fatiguer un public déjà las : malgré une campagne publicitaire dantesque, le film a subit un démarrage catastrophique aux Etats-Unis où il devrait péniblement atteindre les 140 M$, soit pratiquement la moitié du moins populaire de la franchise. Même à l’international, certes un peu sauvé par une Chine en pleine essor, les résultats sont très faibles et il n’est pas sûr que le film égale les 709 M$ du premier film de la saga alors même que le dernier dépassait les 1,1 milliards. Si la qualité décroissante des franchises en général peut expliquer le rejet massif dont ce Transformers fait lui aussi l’objet, c’est cette fois beaucoup moins justifié.

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire avec le retour de la collaboration humains / autobots à la fin de L’age de l’extinction, ça n’était qu’une pause dans la répression anti-machines. L’armée (avec le retour de Josh Duhamel) continue de les traquer pour les anéantir sans distinction entre autobots et décepticons, seule l’île de Cuba offrant l’armistice aux robots de l’espace. Luttant de son côté pour protéger ses amis autobots, Cade Yager (Mark Wahlberg) va tomber sur une petite fille orpheline (Isabela Moner) dans les ruines de Chicago, mais aussi un étrange et mystérieux médaillon qui serait lié à une ancienne légende arthurienne (avec au passage le retour de Stanley Tucci dans le rôle de Merlin). Suivant cela de près depuis longtemps, Sir Edmund (Anthony Hopkins) va rassembler Cade Yager, choisit pour être le nouveau chevalier par le médaillon, ainsi qu’une historienne, Vivien (Laura Haddock), qui serait l’héritière des pouvoirs de Merlin. Le temps presse effectivement, les ruines de Cybertron (apparemment pas totalement détruite à la fin de La Face cachée de la Lune) menacent de venir percuter la Terre sous peu.

Mise à part le tout premier, chaque film Transformers était relié à la grande histoire dans la mesure où le second revisitait le mythe des ingénieurs avec des pyramides battis par des extraterrestres ; le troisième faisait état d’un secret caché de l’autre côté de la Lune tandis que le quatrième nous apprenait la « vérité » sur l’extinction des dinosaures. Ici, le vague rapport à l’histoire est un bâton magique confié à Merlin par les autobots au cinquième siècle et qui appartenait en fait à la matrice créatrice des transformers. Rien de bien folichon et la chasse au trésor sera bien loin d’un Benjamin Gates, même si elle nous offrira une scène très drôle au domicile de Vivien, et de l’humour qui marche dans la saga c’est assez rare. Son duo avec Cade est d’ailleurs très efficace, renversant habilement le stéréotype de la femme objet en la présentant elle comme l’intellectuelle raffinée et lui comme la brute décérébrée mais musclée et sexy. Côté écriture ce n’est donc pas si mal, même si la quête des créateurs nous laisse sur notre faim, ne faisant que décrire une boucle où une machine créé des machines, même si l’IA créatrice des transformers a un design sympa. Encore une fois, c’est sur un plan visuel qu’il faudra chercher les réelles qualités du film.

Un film à gros budget, c’est fait pour envoyer du lourd, et de ce point de vue c’est une franche réussite. Bien sûr, passer après Chicago, le saut en wing-suit, l’avalement d’immeuble et le cyclope avec son ver géant, c’est très difficile, mais la dernière partie vaut vraiment le détour. Si le début rame beaucoup et peine à s’imposer, à partir de la plongée sous-marine le régal est total. La sortie des eaux est monstrueuse, la bataille sur les nuages nous fait fantasmer sur une adaptation des – 11 000 de Chrono Trigger et toute la séquence en zéro G est à couper le souffle. Bien sûr la crédibilité est absente du début à la fin entre des ruines gigantesques qui n’auraient pu passer inaperçues et une entrée dans l’atmosphère dont les risibles répercussions sont improbables, mais pour peu qu’on essaye de forcer notre suspension d’incrédulité en disant qu’un champ électro-magnétique aurait pu dissimuler les ruines, que la planète ait activé des rétrofusées ou autre pour se poser le plus sereinement possible, on peut alors passer un bon moment devant un divertissement qui n’a pas d’autre vocation qu’offrir un spectacle démesuré. On pourra aussi pester sur les ratios de cadre changeants, l’inutilité de la quasi totalité des acteurs secondaires et des faiblesses d’écriture terribles (toute l’histoire des chevaliers de la table ronde ne sert que pour le bâton et une seule autre scène), mais en dehors du premier point qui dénote d’une post-production rushée à cause de retards au tournage, qui aurait mérité un report de plusieurs mois minimum, ça fait parti des impondérables presque obligatoires avec ce genre de film. Des soucis le film en a un paquet, probablement plus que n’importe quel autre de ces prédécesseurs, mais à côté de ça l’affecte pour les personnages est assez forte et le spectacle est de très haut niveau, de quoi assurer un bon moment.



Critique disponible en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=HlwA3YodUFo&t=25s

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