Problemos

Problemos
2017
Eric Judor

Titre de gros bof, comédien / réalisateur à l’humour souvent douteux dont le comparse était bien meilleur, sortie en pleine période de gros blockbusters qui tachent : le film était un projet mort-né dont on avait même pas envie d’entendre parler. Et forcément, ce qui devait arriver arriva, le film se planta dans les grandes largeurs avec seulement deux cent mille entrées. Comme quoi, les à priori ça rend con.

Invitée par son ancien professeur de yoga, Jeanne et son mari Victor (Eric Judor) vont se rendre dans un campement de fortune réalisé pour lutter contre la construction d’un parc qui serait dévastateur pour l’environnement. Pour elle, c’est l’occasion de se retrouver au plus près de la nature, et pourquoi pas bousculer un peu son citadin de mari qui regarde d’un air moqueur les militants écologistes et autres gauchiasses. Seulement quand une épidémie va décimer toute l’humanité, ne laissant qu’eux comme rescapés, les plus bas instincts de l’homme vont se révéler, balayant tous les beaux principes égalitaires et humanistes jusqu’alors défendus.

Ce film est brillant, cinglante et réaliste vision de nous-même. Il est de bon ton de se montrer altruiste, de défendre des valeurs aussi primordiales que l’écologie, l’égalité des sexes et des personnes, mais le film n’en a absolument rien à faire, comme l’écrasante majorité des gens d’ailleurs. Dans le fond chacun vie sa vie dans son coin sans pouvoir prétendre impacter quoi que ce soit, et à l’image de l’anti-héros on trouve ridicule toute cette hypocrisie ambiante. Oui, le film ose se moquer des hippies à la con, des femens dont l’exhibitionnisme est une hérésie contre-productive, les faisant juste passer pour des folles. Le film dénonce l’hyper-sexualisation des adolescents, l’abrutissement généralisé, notamment à cause de la télévision et des nouvelles technologies, mais aussi la fausseté des anti-capitalistes qui ne rêvent que de prendre la place des plus aisés qu’ils jalousent profondément. Et toutes ces vérités, le film les dénonce avec un humour particulièrement fin et efficace, montrant que l’homme peut-être aussi violent physiquement que moralement. Extrêmement condensé avec moins de 85 minutes générique compris, le film est aussi un modèle de dynamisme, exploitant son sujet avec une efficacité rare. C’est drôle, c’est pertinent, c’est percutant. Une des meilleures comédies françaises de ces dernières années.

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Etats de choc

Etats de choc
2008
Jieho Lee

Casting de fou furieux et concept de multi-narration qui se recoupe, le film avait tout d’un grand succès et fut globalement bien accueilli par le public (3,7 sur allociné et 6,9 sur IMDb) mais déjà bien moins par la presse (37% sur métascore). Il faut dire que le timing n’était pas forcément évident, le film sortant moins de deux ans après le sacre de Collision qui poussait bien plus loin le principe de destins croisés. Mais de là à se manger une gamelle historique à moins de trois millions de dollars dans le monde, ça pique.

Trois vies, trois destins mais un même chemin. On suivra tout d’abord un employé de bureau (Forest Whitaker) qui va prendre de mauvaises décision pour tenter de se sortir de la morosité de son quotidien. S’en suivra un pas si clairvoyant que ça garde-du-corps (Brendan Fraser) qui va découvrir que tout n’est pas forcément joué d’avance, puis enfin un docteur (Kévin Bacon) qui va tenter de remuer ciel et terre pour sauver la seule personne qui compte.

Au premier changement de personnage on reste encore bloqué sur le précédent, se demandant s’il s’agissait d’un rêve ou autre tant la conclusion est surprenante, comme si le film allait s’arrêter en même pas 20 minutes. Un changement de personnage principal déroutant, comme à chaque fois qu’on croise une star qui disparaît la seconde d’après, mais qui en réalité aura une importance dans un arc suivant, voir y sera carrément le protagoniste principal. Les différentes histoires ont toutes leur importance et les enjeux de chacun sont clairement identifiés et intéressants, même si peu de passages marquent vraiment. Grosso modo on suit l’impact des différentes vies (on retrouve parmi elles Julie Delpy, Emile Hirsch ou encore John Cho) sur Sérénité (Sarah Michelle Gellar) dans le milieu mafieux géré par Finger (Andy Garcia), et si la narration n’était pas aussi élaborée, l’histoire n’aurait pas un intérêt dingue. Les passages de la trempe de de l’interview de Jon Bernthal sont rares, le coup du deuxième sac à la fin du second acte induit en erreur, faisant d’abord croire à un problème de temporalité, et on aurait aimé une confirmation franche de Heidi, qui ferait une belle boucle. L’idée reste bien exploitée et les acteurs sont assez bons, surtout celle qui me semble fait Heidi, mais le film aurait mérité une complexité accrue pour convaincre encore plus.

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Okja

Okja
2017
Bong Joon-Ho

En France nous avons un système qui s’appelle « chronologie des médias ». En gros c’est une loi sur le cinéma qui stipule qu’un film doit sortir en salle, puis il a le droit de sortir quatre mois plus tard en support physique et dématérialisé, puis neuf mois après sur canal, douze mois après sur les potentielles chaînes partenaires et enfin après 22 mois sur les autres chaîne en fonction de qui achètera les droits de diffusion en premier (enfin à peu près, j’ai pas appris le règlement par cœur). Largement applaudi à Cannes, le film intriguait tout le monde et le succès en salles allait être total vu comment Bong Joon-Ho est devenu un phénomène au cours de ces dernières années, mais la politique de Netflix a quelque peu refroidi les diffuseurs. Bah oui, un film disponible sur le service de vidéo à la demande en même temps que la sortie en salles, ça avait de quoi inquiéter quant au remplissage desdites salles, et en plus cela allait à l’encontre d’un paquet de lois dont celles françaises sur la chronologie des médias. Mais d’un autre côté, étant tout seul dans son coin à avoir financer les 50 M$ du film, Netflix ne voulait pas ramasser les miettes de son propre film un an après l’exploitation en salle selon les législations de certains pays, donc voilà comment l’un des films les plus attendus de l’année s’est retrouvé quasi mondialement privé de sortie en salles. Mais sinon, le film il vaut quoi ?

Dans le monde, des millions de personnes souffrent de malnutrition voir de sous alimentation sévère, et c’est dans cette optique que Lucy Mirando (Tilda Swinton), gérante d’un empire industriel, va développer une nouvelle race dérivée du porc, le super cochon, une nouvelle espèce viable et auto-reproductible qui coûterait moins cher et fournirait plus de viande, offrant ainsi au consommateur une offre plus importante à un tarif imbattable. Après dix ans de phase de test consistant en une démonstration d’élevage aux quatre coins du globe, il était grand temps pour la société d’inaugurer en grande pompe leur nouveau produit, exhibant sur la scène publique leur plus beau spécimen : Okja, une femelle recueillie par une coréenne de douze ans.  Seulement la jeune fille ne va pas tellement apprécier qu’on lui enlève sa meilleure amie et va tout faire pour la récupérer.

Quand on fait un gros monstre en image de synthèse, le plus dur est de justifier sa présence. Dès les premières minutes, le film excelle à la tache : on nous pose d’emblée une raison logique à son existence, et toutes les premières scènes dans les montagnes coréennes bluffent de par la maîtrise des effets spéciaux, venant à nous faire douter de la non existence de l’animal. Les interactions avec l’environnement sont irréprochables et d’une complexité colossale, réussissant on ne sait comment à recréer l’ondulation de l’eau déformée par son passage, la pliure des herbes sous ses pattes, le déplacement de certains objets et même le contact physique avec d’autres personnes, défi le plus ardu dans l’animation. De bout en bout le film s’acharne à réaliser des prouesses techniques pour rendre la présence d’Okja incontestable, et c’est une réussite absolue. Quid du reste ?

En dehors d’un visuel parfait, le film nous narre aussi une histoire belle et touchante, celle d’une amitié profonde entre une petite fille déterminée et un animal au grand cœur. Les rebondissements sont largement moins classiques que dans les autres films du genre même si globalement le développement reste conventionnel, mais c’est surtout dans le ton que le film tente le plus de choses. Très réaliste et se voulant anticapitaliste, comme bien des films du réalisateur, le film alterne habilement entre humour parfois gras et noirceur perturbante. On se demande même parfois comment réagir face à des braqueurs lançant des pétales de fleurs, mais se retrouver déstabilisé est toujours une bonne chose tant cela prouve que le film n’a rien de commun. Se voulant très ouvert au marché international, le film n’hésite pas à faire appel à de grands noms, mais surtout beaucoup d’acteurs anglophones : Jake Gyllenhaal, Paul Dano, Lily Collins, Devon Bostick ou encore Giancarlo Esposito. On apprécie aussi le fait que chaque choix de casting est justifié par l’histoire, barrant la route à toute polémique de white-washing. Un film particulièrement maîtrisé donc, qui viendrait presque nous faire pleurer à la fin même tant la créature a effectivement prit vie devant nous, et pas que. Beau, intelligent et touchant.

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Death Note

Death Note
2017
Adam Wingard

Rien n’est plus chiant qu’un fan. Si vous lui faite une adaptation fidèle, il viendra vous dire que votre œuvre n’a aucun intérêt parce que rien ne peut égaler l’original. Si vous tentez de vous servir du support comme d’une base pour quelque chose de nouveau, ou si vous déviez un tant soit peu du model, vous commettez un parjure colossal qui vous vaudra une vague de haine ahurissante. Après plusieurs films japonais absolument ignobles, Netflix a enfin eu le courage de mettre sur pied la version américaine du manga culte Death Note dont le projet a mit près d’une décennie à aboutir. Et forcément, dès les premières annonces de casting la déferlante de rage s’est fait sentir (mon dieu le héros a une tête de con, Mia n’est pas blonde et L est noir !), condamnant à mort le film ensuite lors de la divulgation de sa bande-annonce. Or comme il m’insupporte de voir des gens juger de quelque chose qu’ils n’ont pas vu, je voulais croire en ce film pour leur montrer qu’ils ont tort, comme en insistant lourdement sur les quelques points pas complètement catastrophiques de Dragonball Evolution, comme par exemple l’idée de la transposition contemporaine et le design des véhicules de Bulma. Bon après il faut aussi avoir des arguments pour défendre un film, et on ne peut pas dire qu’il aide beaucoup à en trouver.

Monde terrifiant qui ne sera même pas évoqué, il existe dans une autre dimension (ou plan astral comme vous voulez) des créatures divines capable de voir et agir sur l’espérance de vie d’une personne : les Shinigamis. L’un d’eux, Ryuk, de passage sur Terre pour briser son ennui éternel, va intentionnellement laisser tomber son Death Note, son cahier magique qui recèle le pouvoir de tuer quiconque y voyant son nom d’écrit dessus. Son destinataire sera un lycéen américain, Light Turner (Nat Wolf), qui va avec l’aide de sa petite amie Mia (Margaret Qualley) décider de se servir de ce pouvoir pour pallier à la justice du monde en condamnant à mort les criminels les plus dangereux ou répréhensibles. Grâce à lui la criminalité va sensiblement diminuer, craignant une justice divine, mais les autorités vont néanmoins essayer de percer le mystère de ces morts et pourquoi pas arrêter la ou les personnes responsables. Dépassées, elles vont faire appel au détective le plus renommé au monde mais que personne n’a jamais vu : le fantomatique L (Lakeith Stanfield).

Grosso modo le film reprend la première moitié de l’arc narratif de la confrontation mythique entre Light (Raito bordel, mes oreilles saignent !) et L. Des changements il y en a un paquet néanmoins : Light n’est plus un génie capable de prévoir des coups monstrueux sur le long terme, c’est presque un gamin stupide qui se fait mener à la braguette par sa copine, et même à l’origine c’est Ryuk qui a poussé cette énorme fiotte à utiliser le cahier. Ah charisme quand tu nous abandonnes ! Bon après le duo amoureux justicier, on en avait rêvé dans le manga, mais le Light (Raito) d’origine était un sacré connard incapable d’éprouver le moindre sentiment, du coup on reste tolérant sur cette liberté là, même si la disparition du second Shinigami créé un manque considérable. De manière globale, avoir fait l’impasse sur la totalité de l’autre monde est largement préjudiciable tant le background s’en retrouve amoindri, d’autant qu’avec une durée largement speedée de 1h30, le film aurait carrément pu prendre le temps de développer l’univers. Côté L, c’est presque une bonne surprise : le brillant mentaliste impressionne toujours autant, ses mimiques ont été respectées et l’acteur a presque autant de classe. En revanche, ses pertes de sang froid sont une gigantesque déception qui brisent son image de programme informatique parfait, censée faire écho au vide intérieur de Light, mais là aussi c’est raté. Reste que le produit est de base est tellement exceptionnel qu’on ne pouvait pas se tromper avec, d’autant que le film apporte tout de même quelques idées sympathiques comme la quête de Watari et la grande roue, et en plus le film jouit d’une grande liberté en terme de censure. C’est bien simple : il n’y en a aucune, la violence étant physiquement très concrète à l’écran. Si on ne connait pas l’anime ou le manga, le film est même assez divertissant et livre un concept fort, mais difficile de rester neutre face d’aussi grosses fautes de goûts qui nuisent clairement à l’ensemble et l’écart qualitatif est gigantesque.

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Everything, Everything

Everything, Everything
2017
Stella Meghie

Sorti en plein durant la période estivale où les blockbusters s’accaparent l’espace médiatique, personne ne donnait cher de cette petite romance d’adolescents adapté d’un roman de jeunesse de Nicola Yoon. Pourtant, après un démarrage tout à fait correct, le film a connu un beau maintient et s’est même imposé dans le monde avec près de 60 M$ récoltés, ce qui est très encourageant pour ce genre de productions. Et effectivement, ça se regarde plutôt bien.

La plupart des gens qui en sont atteint meurent avant d’atteindre les deux ans, mais Maddy (Amandla Stenberg) a eu la chance d’être prise suffisamment rapidement en charge. Atteinte d’une déficience immunitaire sévère, elle pourrait mourir au simple contact de bactéries, faisant de notre monde un danger de mort perpétuel. Vivant dans un environnement stérilisé et totalement hermétique, elle survit depuis 18 ans, vivant par procuration au travers de livres et d’internet. Mais un jour le monde va frapper à sa porte en la personne d’Olly (Nick Robinson), le fils des voisins récemment installés, avec qui elle va nouer une amitié à distance.

Quand on est atteint par le sida, nos anticorps doivent – en plus de toutes les bactéries environnantes – lutter contre un virus qui s’attaque directement à nos défenses. Ici la situation est largement plus critique : Maddy n’a tout simplement aucun anticorps, faisant du moindre rhume de passage une arme assurément mortelle, sans compte à rebours possible. La maladie est originale, l’environnement de vie créé est donc très créatif et la relation qui s’établie souffle un vent de fraîcheur. Mieux encore, l’écriture est moins prévisible que la moyenne et la fin nous réserve même de grosses surprises. Visuellement c’est aussi par moments novateurs comme avec les phases imaginées de dialogues, et puis surtout les deux acteurs sont très bons et forment un couple attendrissant qui arrive sans mal à nous impliquer émotionnellement. Mise à part quelques pirouettes louables, on reste dans du guimauve très classique, mais c’est mignon et on ne dit pas non.

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Ni le ciel ni la terre

Ni le ciel ni la terre
2015
Clément Cogitore

Mise à part une nomination pour le meilleur premier film aux Césars, il est peu probable que vous ayez entendu parler du film, ce dernier n’ayant pas atteint les dix mille entrées lors de sa première semaine ni les six mille lors de sa seconde, laissant peu de place au doute quant à l’indifférence dont il a fait preuve à sa sortie. Pourtant, le sujet avait de quoi intriguer même les cinéphiles les plus désabusé.

Le film prend place en 2014 alors que le désengagement des troupes françaises en Afghanistan a été lancé. La tension n’a jamais été aussi grande entre d’un côté un peuple soumis aux forces militaires qui compte les jours jusqu’à leur libération, et de l’autre des soldats craignant une attaque de dernière minute. Lors d’une garde de nuit, la situation va prendre une tournure explosive : deux soldats vont disparaître, décuplant le climat de tension. Alors que tout le monde était sur le pied de guerre, un troisième homme va se volatiliser mystérieusement, déchaînant la rage du commandant (Jérémie Renier). Seulement voilà, les disparitions vont aussi se mettre à toucher les forces rebelles, ajoutant de la confusion à cette situation chaotique.

Prenant pour cadre un territoire désertique avec d’un côté une base militaire et de l’autre un village local, le film se pose comme un thriller angoissant quasi fantastique où l’on ne sait exactement si les disparitions sont d’ordre humain, surnaturel voir divin. Un mystère qui fascine dans un premier temps, mais encore faut-il en faire quelque chose. Pourtant très bien écrit, posant moult bases et autres pistes de réflexions, semblant parfois parler dans le vide pour mieux nous prendre à revers en réutilisant une information jugée présomptueusement inutile, le film ne va malheureusement nulle part. Si tout se recoupe, les réponses ne convergent pas pour autant : absolument aucune piste évoquée ne sera traitée. C’est dommage car le casting est alléchant (comptant dans ses rangs les prometteurs Kévin Azaïs et Finnegan Oldfield), le rythme est correct et visuellement les idées ne manquent pas. On pense notamment à la vision de nuit et au drap d’invisibilité, marquants et novateurs, mais les yeux dans le dos sont en revanche bien trop gratuits. Seulement quand le ciment du film n’est que poudre aux yeux, quand le scénario n’est qu’une ébauche de concept, tout s’écroule et on en ressort avec l’impression d’avoir été trahis par de vaines promesses.

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Event Horizon

Event Horizon
1998
Paul W.S. Anderson

Joyeuse rentrée à tous, les critiques reprennent ! Depuis longtemps à la recherche de ce film, je me raccrochais au souvenir d’un homme tenant ses yeux dans ses mains avec pour toile de fond un vaisseau spatial. D’abord dissuadé par des mémoires défaillantes m’assurant qu’il ne s’agissait pas de ce film, j’ai voulu en avoir le cœur net malgré la filmographie trop rarement correcte de son réalisateur. Et comme d’habitude, l’homme a d’excellentes idées, de larges moyens (50 M$) et un grand potentiel comme le prouvera son quasi remake Sunshine, mais comme toujours – ou presque – ça reste assez bancal.

Le film se passe dans un futur assez proche, en 2047, alors que la conquête de l’espace ne fait que commencer mais se heurte déjà à un mur : les lois de la physique. Dans un contexte où la vitesse de la lumière est une limite impossible à dépasser ou même égaler, sans compter une force de poussée intenable pour tout être vivant, rendant toute destination en dehors de notre système solaire impensable en raison du nombre d’années nécessaires aux phases d’accélération et de décélération, le scientifique William Weir (Sam Neill) s’était lancer le défi de créer une machine capable de courber l’espace-temps en utilisant des trous noirs. Son projet fut baptisé « Event Horizon », mais le jour de son inauguration le vaisseau fut porté disparu immédiatement après l’activation de son noyau dimensionnel. Sept ans plus tard, le signal du vaisseau fut retrouvé près de Neptune. Embarquant sur l’équipage (comprenant Jason Isaacs) du capitaine Miller (Laurence Fishburne), Weir va lancer une mission secret défense d’investigation de L’Event Horizon.

Ceux qui auront écouté attentivement L’Exoconférence ou qui s’y connaissent un tant soit peu en physique seront enchanté par le premier contact avec le film. Ce dernier prend en effet le temps de se justifier, de poser ses bases scientifiques pour donner une véritable légitimité à la mission et ainsi donner du crédit à l’intrigue qui va suivre. Le film joue même sur notre crainte de série B décérébrée en faisant d’abord mine que « oui mais vous voyez, c’est trop compliqué », mais réclamant tout de même des explications, ne laissant pas le scientifique s’en tirer à si bon compte. Les bases sont donc solides, l’intrigue efficace, le suspense monstrueux et même en terme de direction artistique le film marque pas mal de points. Si déjà le vaisseau en impose, la structure est savamment étudiée, la pièce du noyau est visuellement très marquante et la mise en scène emballe joliment le tout. Les effets-spéciaux n’ont que peu vieillis, les images subliminales jettent un froid et si on aurait aimé voir l’autre côté, les projections sont assez mémorables. Reste que le film peine à convaincre pleinement à cause d’un scénario trop prévisible (et qui aurait mérité de s’arrêter une scène plus tôt), de quelques clichés encombrants (genre le black dragueur) mais surtout à cause d’acteurs en roue libre qui sonnent presque continuellement faux. On est malgré tout sur de la SF de qualité dont la marque à travers le temps est indéniable (Sunshine encore une fois, dont l’avalanche de clin d’œil m’a sauté aux yeux tellement fort), donc pour peu que vous soyez nostalgiques des films SF d’antan à la Pitch Black, vous allez clairement apprécier cette mésaventure spatiale.

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Dunkerque

Dunkerque
2017
Christopher Nolan

Après avoir donné une trilogie dantesque à l’une des plus grandes icônes héroïques qui soit, après avoir révolutionné la SF au travers de deux œuvres étourdissantes, la pression était phénoménale pour le réalisateur Christopher Nolan quant à son prochain film, d’autant que pendant ce temps-là son frère offrait au public une série majeur, peut-être même la plus aboutie de tous les temps : Westworld. Le voir s’attaquer à la Seconde Guerre Mondiale était donc source d’inquiétude tant le sujet lasse de par l’overdose perpétuelle qui nous assaille. Inspiration en berne, film de commande ? Oh non, l’homme avait une idée bien précise et le film n’est clairement pas ce qu’on pouvait imaginer.

Si on vous parle de Dunkerque et de Seconde Guerre Mondiale, avant le film vous m’auriez surement parlé du débarquement américain, mais l’histoire se déroule en 1940 avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis et il ne sera fait nulle mention de ce futur pseudo allié (merci mon sauveur, mais si vous auriez pu éviter de raser nos villes au passage ça aurait été mieux). Non, le film parle de la débâcle de deux armées, celles britanniques et françaises, laminées par le géant allemand qui dominait tant stratégiquement que technologiquement. Centré sur les anglais, le film raconte l’évacuation des quelques quatre cent mille soldats laissés sur place et incapables de ne serait-ce qu’empêcher l’ennemi d’avancer. Sur les 400 000, Churchill espérait en ramener potentiellement 30 à 40 000, soit au mieux 90% de pertes humaines. Un revers historique méconnu.

Le film commence en nous mettant directement dans le bain avec plusieurs soldats anglais tués par des tirs préventifs de leur propre camp : le summum de l’incompétence. On voit ensuite un soldat faire les poches d’un cadavre, un autre truander pour fuir au plus vite. Si bien sûr le film dressera le portrait de quelques héros à l’aura quasi légendaire, l’écrasante majorité des protagonistes du film seront des lâches ou des traîtres rentrant la queue entre les jambes. Dans ce film, la guerre est subie, à aucun moment maîtrisée et on prend d’autant plus conscience de l’impact et de l’horreur de la guerre. Parler de la fameuse Seconde Guerre Mondiale sans évoquer ni le nazisme ni les américains est aussi particulièrement revigorant, d’autant qu’aucun peuple n’est montré comme le juste face aux méchants, se contentant de relater les faits avec un parti prit vraiment minime voir inversé. Choisir de ne pas mettre de stars en tête d’affiche est aussi un pari très osé, laissant les rôles principaux à de quasi inconnus pendant que Tom Hardy, Kenneth Branagh, Cillian Murphy et Mark Rylance se contentent de rôles de soutien plus ou moins figuratifs (sauf le premier dont l’importance est assez énorme). D’excellentes bases, mais si le film marque des points c’est aussi d’un point de vu technique.

Parce que raconter une histoire tel quel c’est bien trop facile, le réalisateur nous propose un montage croisé avec trois timeline différentes : le jetée, le sauvetage et l’escouade aérienne, se déroulant respectivement sur une semaine, un jour et une heure. Les trois avancent parallèlement entre elles avec le même point d’arriver, faisant que certains événements sont aperçus dans une temporalité avant d’être réellement découverts dans une autre. Cela donne parfois au spectateur le sentiment de savoir déjà ce qu’il va se passer, mais quand les éléments se recoupent on se rend compte du talent de mise en scène de l’homme qui nous berne à chaque fois, jouant sur ce sentiment et certains angles de caméra trompeurs pour mieux nous surprendre. Un procédé brillant qui dynamise le récit et amplifie l’angoisse et le suspense, d’autant plus grâce aux thèmes musicaux oppressants de Hans Zimmer qui prennent aux tripes. Privilégiant l’utilisation de véritables engins de l’époque, incluant des destroyers massifs, faisant appel à des milliers de figurants et n’utilisant presque aucuns effets-spéciaux, l’immersion devient très vite monstrueuse quand on ajoute à cela un tournage en Imax 70mm (même si encore une fois toutes les scènes ne sont pas dans ce format et on retrouve le même problème de ratios changeants que dans Transformers 5) et un son et un montage son irréprochables. Un spectacle grandiose au plus près de l’action, saisissant de réalisme, empli de scènes marquantes et offrant une leçon d’histoire bluffante. On ne parlera pas de film de guerre ultime dans la mesure où le film n’en est pas vraiment un, n’allant jamais au front et ne montrant pratiquement aucune possibilité de riposte, mais c’est une belle leçon de cinéma.

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Le Dernier jour de ma vie

Le Dernier jour de ma vie
2017
Ry Russo-Young

Tout juste sept ans après la sortie du roman de Lauren Oliver, son best-seller passe par la case cinéma pour le bonheur de quelques fans, mais surtout l’indifférence générale. Si les critiques furent plutôt bonnes, c’est à peine plus d’un million et demi de spectateurs qui se sont déplacé aux Etats-Unis pour voir le film, refroidissant largement les diffuseurs dans le reste du monde où son exploitation fut marginale. Certes, les coûts de productions furent minimalistes (cinq millions de dollars), mais avec seulement 14 M$ dans le monde, l’échec fut sans appel. Petit bijou passé inaperçu ou petit film de niche qui ne parlera qu’aux fans ?

Si je vous parle de boucle temporelle, vous allez immédiatement penser – à priori si votre culture cinématographique vous le permet – à deux excellents films du genre : Un jour sans fin et Edge of Tomorrow, tous deux sous le signe de le comédie bien que le second soit aussi un bon gros film de guerre SF. Eh bien ici le principe est reprit dans le cadre d’une teen-comédie classique où une certaine Samantha (Zoey Deutch), lycéenne en dernière année, revit en boucle sa dernière journée. Morte dans un accident de voiture le 13 février à 0h39, elle continue pourtant de se réveiller sans cesse la veille à 6h50, comme si de rien n’était.

Si vous saviez que demain serait votre dernière journée et si vous saviez exactement ce qui va se passer, que feriez-vous ? Voilà exactement ce que propose le film entre incrédulité, énervement, amusement, auto-destruction et tentative de rédemption. On nous dresse le portrait d’une ado lambda, un peu fâchée avec sa famille, entourée des mauvaises personnes et qui ne sait pas comment être elle-même au milieu d’une masse uniforme où chaque tentative d’originalité est perçu comme une agression ou une hérésie à combattre. Au fond c’est assez réaliste et parmi tous les clichés ambulants certain s’y retrouveront, et ne serait-ce que pointer du doigt la moutonnerie ambiante et les dérives de la victimisation c’est déjà énorme, d’autant que le principe cyclique donne un emballage plus séduisant et recherché au film. Néanmoins, entre l’aspect téléfilm et les acteurs pas toujours au top, mais aussi et surtout des réactions un peu trop plates et longues à arriver (peut-on réellement revivre exactement la même journée deux fois de suite sans tiquer ? Et comment peut-on mettre des semaines à comprendre ce qui saute aux yeux d’emblée ?), il est difficile de s’enthousiasmer outre mesure. Une petite idée sympa et globalement le film est plutôt réussi, mais clairement le scénario aurait mérité d’être plus poussé.

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La Planète des Singes – Suprématie

La Planète des Singes – Suprématie
2017
Matt Reeves

Monument de la science-fiction, le roman de Pierre Boulle a pour le moment donné lieu à neuf films dont voici le dernier en date, clôturant une trilogie, démarrée en 2011 avec La Planète des singes – les origines, se posant comme un préquel au roman. Choisissant de s’éloigner un peu du support d’origine pour proposer une histoire originale, les deux premiers films de cette trilogie se posaient tout de même comme des versions alternatives – et heureusement bien plus réussies – des épisodes de 1972 et 1973, à savoir La Conquête et La Bataille de la planète des singes, bien que l’épisode de 2014, L’affrontement, ne recoupait pas jusqu’à la fin du dernier film de la pentalogie première. C’était donc tout l’enjeu de ce dernier film, clôturer la boucle, avec bien sûr le suspense d’une réalité alternative comme pour son ancêtre.

Suite à la confrontation entre l’humanité et les singes évolués, la question se posait de savoir si une cohabitation allait être possible ou si une guerre devrait déterminer qui des deux dominerait la planète. Emmenés par leur leader César (Andy Serkis), les singes avaient décidé de vivre reclus dans leur forêt, laissant l’humanité s’entre-déchirer de son côté, mais Le Colonel (Woody Harrelson), chef d’une armée humaine, va passer à l’offensive. Le virus qui a décimé la quasi entièreté de l’humanité et rendu les singes plus intelligents a muté : désormais les quelques survivants humains sont frappés par un syndrome dégénératif les faisant régresser à un stade quasi primitif. L’homo sapiens est menacé d’extinction mais la situation des singes est elle aussi très précaire, rendant la confrontation déterminante.

L’enjeu premier du film était de rejoindre les événements du film originel La Planète des singes, ceux du roman / de la version de 2001 ou du moins quelques chose d’équivalant. Etant donné que nulle guerre nucléaire n’a eu lieu et que les événements sont bien trop rapides pour laisser le temps à l’humanité d’évoluer comme dans Le Secret de la planète des singes, probablement le fruit de millénaires ou du moins de centaines d’années de mutation, la première hypothèse est d’emblée écartée. Les autres n’ont pas tellement plus de crédibilité tant le problème de continuité temporel est infranchissable, faisant de cette trilogie une entité à part entière et qui ne peut se rattacher à aucune autre. Ça n’est pas faute de multiplier les clins d’œil comme avec Nova, mais ça n’en reste pas moins gadget. Avec la mutation du virus et ses répercutions, le film se dote une fois de plus d’une logique plus convaincante que n’importe lequel des autres films en dehors de la nouvelle trilogie, donnant une raison scientifique à un changement improbable. Malheureusement, ce sera bien là le seul argument scénaristique du film, le reste étant particulièrement prévisible et se contentant d’opposer moralement les deux camps. Ceux qui espéraient un affrontement au sommet seront fortement déçus, la fameuse « guerre » étant de petite échelle et pas du genre qu’on pouvait espérer. Les retournements de situation sont faciles et la fainéantise est parfois énorme comme avec le coup du trou bien pratique trouvé par hasard. Le film tente quelques pointes d’humour, sans grand succès, de l’émotion, tant bien que mal, de l’action violente, trop peu, et un questionnement moral et politique, assez superficiel. La claque visuelle n’a plus lieu d’être après L’affrontement, les progrès étant moins stupéfiants, et en terme de rythme le film a de nombreux soucis, les 2h20 se sentent bien trop par moments. La conclusion est propre, possède sa propre logique et nous offre quelques grands moments avec quelques séquences de grand spectacle, sans compter les prouesses d’animation toujours d’actualité, mais la grandeur des deux précédents ne rayonne pas aussi fort et j’en attendais probablement trop.



Critique disponible en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=upygkC55QQU&t=25s

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