Pokémon, le film : Je te choisis !

Pokémon, le film : Je te choisis !
2017
Kunihiko Yuyama

Alors que les ventes de jeux se sont peu à peu tassé malgré quelques opus de grande qualité, il faut dire de plus en plus rares et de moins en moins ambitieux, pour ce qui est du cinéma les choses se sont détériorées à une vitesse largement plus impressionnante. Si le japon est resté fidèle avec un public oscillant autour des deux millions d’entrées par film, en France à partir du quatrième opus chaque long-métrage est arrivé directement en DVD, les Etats-Unis ont suivi jusqu’au sixième, et seule une poignée de pays a continué à suivre après cela. Seulement durant l’été 2016 un événement a prit une tournure inattendue : la sortie de Pokémon Go sur téléphone, qui fut un carton phénoménal. Alors que la saga tombait en désuétude, un formidable coup de boost fit replonger les anciens nostalgiques, tout en élargissant plus que jamais le public (j’en fus, y jouant près de trois mois). Sortant un film par an tous les juillets au Japon depuis 1998, c’était là l’occasion de travailler sur un produit qui se destinerait justement aux nostalgiques et aux nouveaux venus : un reboot de la franchise.

Vous connaissez tous l’histoire de Sasha du Bourg Palette ? Arrivé trop tard au laboratoire du professeur Chen, il se retrouva de ce fait obligé de prendre le dernier Pokémon disponible, un Pikachu incontrôlable et qui refuse d’aller dans sa pokéball. Seulement point d’Ondine ou de Pierre dans cette version alternative puisqu’ici Sasha, dans sa quête pour devenir maître Pokémon et rencontrer le grand Ho-Oh, sera épaulé par le hasard des choses par Justine et Honoré.

Pure copié collé de la série pour son premier quart d’heure, le film s’en éloigne un peu par la suite, tout en y incluant tous les arcs narratifs concernant son chenipan (de sa capture jusqu’au moment tire-larme où il part déglinguer la femelle shiny) et son salamèche (la aussi tire-larme avec le vilain dresseur qui l’a abandonné et que Sasha va sauver in-extremis de la mort). On a du mal à comprendre la démarche, le film s’éloignant pour proposer autre chose, et ce qu’il inclus de la série ne marche pas. Quand Pikachu devient docile après deux épisodes (40 minutes), ça a plus d’impact qu’au bout de dix minutes où il n’a été présent que trois ; voir papillusion partir à mi-parcours alors qu’on ne l’a vu que cinq minutes en tout, ça ne fonctionne pas ; et résumer la détresse d’un salamèche près à se laisser mourir pour un maître qui ne reviendra pas en une poignée de minutes, c’est là aussi contre-productif tant l’attachement n’a pas le temps de se faire. C’est en réalité juste là pour rappeler la boule à la gorge qu’on a eu à ces moments précis dans la série, et ça n’est pas très glorieux de vouloir se les réapproprier aussi facilement. De même, ce qui marque dans une évolution de pokémon c’est le chemin accompli, l’expérience qui est récompensée. Quand on enchaîne quatre évolutions durant la seconde moitié, c’est juste du grand n’importe quoi en mode « jean-michel pas le temps ».

Le film trace comme un porc, désamorçant tous ses effets et n’arrivant à aucun moment à créer un attachement aux nouveaux personnages. La Team Rocket fait de la peine, se faisant latter la gueule en arrière plan sans jamais entrer en contact avec la « grande » histoire. Pire, le film verse sans arrêt dans le pathos facile, mais avec son statut de reboot, ça n’a pas le même impact que dans le premier film de 1998 qui avait tout une saison sur laquelle reposer, et encore une fois, vouloir rebooter tout en gardant l’affecte originel est malhonnête. Et que dire du « chouette » de Sasha après l’histoire de la mort d’un pokémon, désamorçant tous les enjeux dramatiques en passant direct à autre chose… On repassera aussi sur les éternels problèmes liés au concept même de Pokémon (qui laisse un gamin de 10 ans parcourir seul le monde bordel !!!), mais globalement si les thèmes sur l’amitié et la persévérance sont bons, tout va bien trop vite pour que le développement soit correct. Côté animation les dessins sont plutôt beaux, mais je reste pour ma part dubitatif à propos de cette idée de repartir de zéro. En dehors du premier film de 1998, le seul bon à mes yeux restera le huitième sur Lucario, plus sombre et à l’histoire bien plus solide. Quitte à rebooter il aurait été ambitieux de prendre de nouveaux personnages, quitte à faire revenir les anciens en tant que mentor par exemple. Et pour le coup, Sasha sur la tombe de Pikachu aurait été un effet dramatique bien plus puissant. Mais bon… La suite étant dédiée à Lugia, plus classe de tous les pokémons et qui n’a eu droit qu’à une suite décevante il y a presque deux décennies, je tenterais l’aventure, mais sans grande conviction.

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