Solo : A Star Wars Story
2018
Ron Howard
Alors que même un spin-off de Star Wars pouvait dépasser le milliard au box office avec Rogue One, rien ne semblait pouvoir arrêter la machine galactique tant le rachat de Lucas Art par le géant Disney était le meilleur investissement de la décennie. Assurément l’un des personnages les plus emblématiques de l’univers de la franchise, Han Solo était le candidat tout trouvé, mais la production a connu un couac monstrueux. Alors que le tournage était en majorité bouclé, le ton trop comique du film a poussé la firme à renvoyer le tandem de réalisateurs, les remplaçant pour ainsi dire le jour même par un Yes Man absolu qui a quasiment tout reprit à zéro sans véritable réécriture de script ou quoi que ce soit. De quoi nous faire très très peur, et au final à sa sortie le film n’a pas eu des retours très chaleureux. Pire, alors que le double tournage a considérablement alourdi le budget au point d’être l’épisode le plus cher de toute la saga avec 250 M$ de budget brut, soit près de 400 M$ avec la campagne marketing, ses recettes furent catastrophiques : 393 M$. N’étant pas fan une seule seconde de la trilogie originale, je n’en attendais rien d’autre qu’un honnête divertissement, mais c’était visiblement beaucoup trop.
Que pouvait-on raconter comme histoire sur la jeunesse du célèbre contrebandier qui devint par la suite pilote pour la résistance ? Visiblement pas grand chose, d’emblée Han Solo (Alden Ehrenreich) est présenté comme un pilote hors pair et en moins de 30 minutes de film il va rejoindre, avec un Chewbacca croisé par hasard, Beckett (Woody Harrelson), Val (Thandie Newton) et une créature CGI copie conforme de Rocket Racoon pour devenir contrebandier. Fin ? Non, il va devoir bosser un vilain pas beau (Paul Bettany) pour retrouver Qi’ra (Emilia Clarke), son grand amour. Et comme par hasard, pour la mission il va demander de l’aide à Lando (Donald Glover), propriétaire d’origine du… devinez ? Eh bim re hasard de dingue, le Faucon Millénium ! Oh bordel…
La première demi-heure du film est une souffrance cinématographique comme j’en ai peu connu. On débarque sur une planète avec des personnages que l’on est pas censé connaître, deux minutes plus tard course poursuite, nouveau lieu, bim saut temporel de trois ans, masse de nouveaux personnages toujours pas introduits ou trop peu, et Chewi qui arrive comme un cheveux sur la soupe avec une discussion en sa langue d’un niveau de connerie peu commun. Bim combat, course poursuite, nouvelle équipe, bim mission sur une troisième planète puis paf, en moins d’un quart d’heure déjà une dizaines de lieux et tout autant de personnages, mais le film continue de bombarder comme un artilleur épileptique. On arrive sur un vaisseau, nouveau lieu nouveaux personnages et nouvelle mission, et paf on re-change de lieu, de planète et on introduit encore de nouveaux personnages. C’est absolument atroce à suivre, c’est foutraque, les connexions entre les gens et le scénario n’ont aucun sens et le film semble rushé dans les grandes largeurs, un peu comme si un réalisateur avait dû retourner un paquet de scènes en un temps record. La suite est un peu plus posée, mais toujours bien trop riche en informations et en personnages, et au final ni eux ni l’histoire n’ont de développement intéressant. Pire, les références et autres clin d’œil sont fait avec la subtilité d’un chasseur de lièvre équipé au bazooka. Les inserts sur les objets sont omniprésents, les phrases faisant écho au lore sont appuyés par des pauses horribles, et dès que le « fan hardcore » est caressé dans le sens du poil la musique originale débarque pour souligner la référence, des fois que les pauses et les gros zoom soient trop subtils.
Le film a donc été écrit, tourné et monté avec un manque de soin ahurissant, mais après tout le film aurait pu être sauvé malgré ça. Il aurait suffit de deux choses : que malgré ces défauts le héros soit à la hauteur de son illustre model, et que côté fun et divertissement le film assure à blinde. Et bien là encore, c’est un ratage complet. Les personnages et les dialogues sont tellement fades que l’énorme casting ne fait que s’y casser les dents, et pas un seul n’arrivera à nous faire adhérer à une histoire aussi bordélique et insipide. Les effets spéciaux sont dans l’air du temps, à savoir quasi intégralement du fond vert qui aseptise tout et dont la grandeur lasse. Quelques scènes auraient pu aguicher, mais quand l’histoire nous indiffère à ce point, difficile de s’y accrocher. Sans être non plus un navet absolu, le film est d’une pauvresse affligeante, échouant à nous raconter une bonne histoire, n’arrivant pas à nous offrir un spectacle à la hauteur, et ne pouvant soutenir une seule seconde la comparaison avec la richesse de la direction artistique d’un Mass Effect tant la race extraterrestre la moins intéressante de toutes reste à des années lumière au dessus de tout le lore Star Wars, du moins celui présenté au cinéma. Plus qu’un mauvais spin-off, c’est avant tout un mauvais film et son échec est pleinement mérité.