Ready Player One

Ready Player One
2018
Steven Spielberg

Voilà un film qui a largement fait parler de lui au début de l’année. Presque tout le monde s’est excité dessus en criant au chef-d’œuvre et le film a engrangé pas loin de 600 M$ au box office mondial, et étant donné qu’il s’agit d’une adaptation littéraire et qu’un second livre est en cours, nul doute qu’un nouveau film verra le jour à l’horizon 2021. Le public et la presse n’ont pas tari d’éloges et dès la bande-annonce la hype était monstrueuse. Pourtant, tel un blasé de la vie qui a besoin plus que de simple divertissement pour s’émerveiller à nouveau devant son écran, les premiers visuels m’ont fait fuir devant une avalanche d’effets spéciaux en images de synthèses dégoulinantes. Eh bien après avoir enfin vu le film, je ne comprend toujours pas pourquoi cette clémence envers un film à ce point banal et souffrant de problèmes monstrueux qui ont pourtant été acclamés.

Alors que la réalité virtuelle est une technologie hors de prix, pas du tout au point et dont le marché de niche semble stagner, le film se situe en 2040 alors que tout le monde, même les pauvres (surtout eux d’ailleurs étrangement), se réfugie dans un monde virtuel appelé l’OASIS, sorte de MMO RPG un peu foutraque où on peut trouver à peu près tout de par les innombrables mods (ce qui n’a aucun sens, mais j’y reviendrais plus tard). Homme dépressif et profondément solitaire (et pourtant adulé et qui véhicule lui-même une image de narcissique fini, y a t-il un seul point cohérent de ce scénario bordel !), à la mort de son fondateur James Halliday (Mark Rylance) – et le co-fondateur incarné par Simon Pegg tout le monde s’en fout – l’OASIS est aussi devenu un terrain de chasse de plusieurs dizaines de milliards de dollars puisque l’intégralité de ses parts ont été cachées dans le jeu et une seule personne, celle qui trouvera les trois clés, en héritera de la totalité.

Pour suivre cette quête de richesse complètement démesurée, le film nous plonge dans la peau de Wade Watts (Tye Sheridan) alias Parzival dans L’OASIS, nom britannique du mythique Perceval, chevalier qui trouva seul le saint Graal. Sauf que non, même si ce dernier se déclare « anti-groupe », il n’empêche qu’il traîne toujours avec les trois mêmes potes. C’est ce qu’on appel communément une alliance connard ! C’est la même chose ! Pire, il sera rejoint par la joueuse Artemis (Olivia Cooke), dont cinq c’est clairement pas du solitaire. Enfin bref… Ce Perzival est donc un grand passionné de pop culture (donc le mec est un mouton qui n’a pas d’avis personnel et qui est incapable de remettre en cause les standards que d’autres ont imposé de façon arbitraire) mais aussi de James Halliday (parce bê mon gourou) et s’implique fortement dans la quête des trois clés pour devenir riche. Mais ne vous inquiétez, cette avidité va céder sa place aux hormones puisque pour sa dulcinée il va faire genre de devenir altruiste. Oh moins tout ça… Et puis comme il faut un grand méchant une société de « on sait pas trop quoi » fait tout pour gagner en premier. En même temps quand y’a des milliards à la clé, le monde entier devrait être dessus et il devrait y avoir des centaines d’entreprises prêtes à aller largement plus loin ! Donc non en fait, pas de méchants, juste une course à l’héritage où les motivations de chacun ont toutes la même finalité.

Le scénario n’a donc rien de folichon, mais en fait c’est presque anecdotique face à la montagne de problèmes d’intérêt, de créativité ou de cohérence du film. Au final qu’à inventé le film ? Des univers virtuels de ce genre existent déjà, et celui-ci ne marche pas : on ne peut pas moder un jeu à moins qu’il ne soit open-source, auquel cas les trois clés auraient été trouvées dans la journée. Et qui dit mod dit possibilité de tricher dans les grandes largeurs, comme s’attribuer de l’argent virtuel en masse, et apparemment l’argent virtuel a une valeur réelle, ce qui est donc un non sens total. Par principe un mode en ligne avec du mod détruit toute forme d’équilibrage ou de méritocratie, donc l’univers de l’OASIS ne peut exister sous cette forme. Qu’à inventé d’autre le film / le livre ? Une combinaison qui permet de faire ressentir réellement (et encore, de manière très superficielle) ce que ressent le personnage virtuel. C’est sûr que si on se fait tirer dans le dos il est important de pouvoir le détecter, mais vous êtes sûr qu’une combinaison qui vous fout à terre avec de larges douleurs c’est une idée de génie ? Permettez-moi d’en douter…

Et voilà, c’est fini, on a déjà fait le tour des idées « neuves » du film. Le reste ? Des tapes incessantes sur notre épaule pour nous dire « regarde, t’as compris la référence ? ». Oui, je suis pas débile et je vis pas dans une grotte. C’est lourd, ça n’apporte rien d’autre que du clin d’œil facile et racoleur, et je le vois surtout comme un aveu de faiblesse sur l’incapacité de l’auteur à créer sa propre mythologie. Au moins, pour la quête de la deuxième clé le réalisateur a réussi à y placer un hommage personnel touchant, donnant un peu plus de profondeur à un univers passablement vide. Côté construction, le recherche d’indices est fade et le développement en trois quêtes peu poussées rappelle les missions annexes écrite avec les pieds de certains jeux. Donc même dans ce que l’histoire emprunte aux jeux-vidéos, elle prend ce qu’il y avait de pire à choisir. Côté personnages, malgré de bons acteurs l’écriture caricaturale empêche toute forme d’empathie et on ne s’intéresse donc ni à l’histoire ni aux protagonistes. Reste donc uniquement un spectacle visuel assez médiocre où la mise en scène efficace ne parvient pas à faire oublier le manque de créativité visuelle. Sans aller jusqu’à dire que le film est visuellement raté, pas un seul plan ne m’aura marqué outre-mesure. Les séquences d’action n’ont rien de dantesque et la bande-originale ne m’aura pas non plus transcendé. Pour un film qui se voulait révolutionnaire, il ne l’est pas sur la forme et encore moins sur le fond. Ça se regarde, mais j’aurais tôt fait de l’oublier.

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Une réponse à Ready Player One

  1. Julien dit :

    Pour une fois, je suis tout à fait d’accord.
    Sauf pour l’acteur principal que j’ai trouvé assez mauvais. Enfin plutôt « mal casté ». Il n’est pas vraiment mauvais, mais je trouve qu’il ne collait pas du tout au personnage.

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