Le Défunt récalcitrant

Le Défunt récalcitrant
1941
Alexander Hall

Avant que la télé ne débarque dans nos foyers avec les rediffusions puis plus tard les supports physiques, les films sombraient dans l’oubli une fois leur exploitation en salles terminée. Il y a tout juste dix ans, ce candidat pour l’Oscar du meilleur film, réalisateur et acteur retrouvait enfin le chemin de nos maisons, s’offrant au passage de prestigieux doubleurs que les habitués reconnaîtront sans mal. N’y avait-il pas eu de doublage français à l’époque ? À moins que la qualité n’eusse été trop mauvaise.

Jeune homme beau et dynamique, Joe Pendleton (Robert Montgomery) avait tout pour réussir dans la vie, étant même promis à un brillant avenir dans la boxe. Oui mais voilà, alors au volant de son avion, il n’a pas survécu pas au crash, c’est tout du moins ce que les croques-morts du paradis avaient cru, laissant même ses proches l’incinérer. Ils vont alors se retrouver avec un esprit vivant sur les bras, devant le recaser dans un corps. Pour cela rien de plus simple, il suffit de l’insuffler dans un corps fraîchement mort, par exemple le riche banquier Bruce Farnsworth tout juste noyé dans son bain par l’amant de sa femme. Une nouvelle vie va alors commencer pour Joe.

L’idée du film est à la fois originale et amusante : le ciel a fait une erreur et va chambouler le monde pour la réparer. On met ainsi un grand bout-en-train dans le corps d’un banquier moribond et détesté, causant un véritable choc pour l’entourage du normalement mort. Ça reste gentillet et le film n’exploite pas complètement le filon, mais ça marche et on a le droit à pas mal de passages drôles, notamment avec l’ex entraîneur de boxe perplexe devant la réincarnation et le croque-mort Jordan, charismatique majordome dans l’âme ne pouvant être vu que par Joe, créant nombre de situations cocasses. Néanmoins, il nous fera un sacré affront à la toute fin, oubliant le principe fondamental de la conscience de soi et du sens de la vie : nous ne sommes que la somme de nos émotions et de nos souvenirs. Le pire c’est qu’on sent que toute l’équipe du film a dû être sacrément fière de leur fin, se disant que c’était « original et beau ». Non, c’est juste gnangnan et psychologiquement plus terrifiant que la mort. L’âme c’est bien gentil, mais c’est l’esprit qui nous dit que l’individu qu’on est existe réellement. Une grossière erreur qui nous laisse sur un arrière-goût désagréable, atténuant la bonhomie qui se dégage de ce conte familiale.

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