Les Cowboys

Les Cowboys
2015
Thomas Bidegain

Quand la réalité dépasse la fiction. Ecrit en 2011 et démarrant au début des années 90 avant même l’affaire Mohamed Merah et que l’enrôlement de jeunes françaises dans le djihad – et pas uniquement d’ailleurs – ne prenne une telle ampleur, le film raconte le calvaire d’Alain (François Damiens), père de famille dont la jeune Kelly, 16 ans, ne rentra jamais à la maison. Inquiet et cherchant des réponses, il découvrira qu’elle entretenait une relation avec un certain Ahmed, 18 ans, devenu au fil des ans islamiste radical et qu’il l’aurait rallié à sa cause. Entre une justice laxiste et des groupuscules musulmans extrémistes bloquant les informations, Alain mènera l’enquête de son côté, épaulé par un fils (Finnegan Oldfield) bien décidé à sauver sa sœur du lavage de cerveau dont elle a été victime.

C’est ce qu’on appelle un film en plein dans l’actualité, un peu trop d’ailleurs. Sorti quelques jours seulement après les attentats du Bataclan, le film faisait vraisemblablement trop écho au drame qui avait ébranlé le pays puisque malgré de très bonnes critiques, une présence remarquée à Cannes et une distribution importante, il a dû se contenter de deux cent mille entrées. Au moins, c’est déjà ça comparé à Bastille Day qui dans un contexte similaire fut carrément retiré des salles au bout de deux jours. C’est néanmoins dommage puisque le film traite intelligemment son sujet, montrant que cela peut arriver sans prévenir et à n’importe qui. Le fait que l’histoire se déroule avant la montée du djihadisme rend l’histoire d’autant plus importante puisque personne n’était psychologiquement préparé à ce genre de choses, faisant d’autant plus patauger l’enquête. On sent la détresse des proches, l’intangibilité du danger et le côté grandissant de la menace. Il faut dire que nos deux cowboys font du très bon boulot, ne parlant en plus que très peu, jouant beaucoup sur l’intériorisation, nous faisant presque oublier la présence étonnante de John C Reilly. Visuellement le film est aussi très fort, n’hésitant pas à nous plonger directement au cœur de la Syrie et ses paysages sauvages, renforçant l’immersion du spectateur qui accompagne nos protagonistes aux quatre coins du globe. Même culturellement le film est pertinent, évitant soigneusement les amalgames en montrant de bons citoyens français et musulmans, mais aussi d’autres nationalités. Un film pertinent et percutant donc, bien qu’abordant une histoire déjà bien trop ancrée dans l’imaginaire collectif.

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